La Civilisalionel la Croyance, p
mené do la tristesse critique et de l'orgueil à l'estime et à la poursuite de cet état d'amour etde bonté qui est l'état où notre Père met l'âme de ceux qui veulent devenir ses enfants. Peu à peu, il entrevit « qu'il est un règne de la justice et de la vérité qui approche et dont l'avènement dépend de nos efforts ; que la sainte compassion pour tant de larmes et de souffrances ne sera pas toujours stérile ; et qu'enfin l'Évangile de Jésus est l'annonce de cet avenir, l'instrument de ces transformations, la loi nouvelle de ce monde meilleur... Alors, continuet-il, avec une joie immense et un indicible transport, embrassant ma fortune et mon bien de toutes les forces de mon âme, je consacrai ma vie, comme je l'avais juré, à faire connaître, à faire régner cette vérité, espoir de tous les peuples, ressource de tous les hommes dans la vie et la mort » ^.
Ce ne fut pas toutefois sans douloureux combats.
Renoncer à la richesse, se faire pauvre à la suite de Jésus-Christ, s'affranchir de la sujétion des biens temporels pour être plus libre de faire le bien et de propager la vérité, était un sacrifice relativement léger pour une nature aussi généreuse. Mais ce qui était plus difficile, c'était de renoncera un amour d'autant plus puissant et doux qu'il était absolument pur. La fleur qui en évoquait le souvenir était toujours là. Le céleste idéal de l'adolescent planait dans la lumière. Comment s'en détacher? L'ange qui traçait la route au futur apôtre n'avait pas encore osé toucher ces fibres si délicates et si sensibles.
Il faut lù'e les pages si fraîches et d'un pathétique profond où Gratry retrace la lutte suprême entre son âme et Dieu. Ou les dirait tirées des Confessioi\s de saint Augustin, tant le drame est saisissant et peint au vif!
« Peu de jours après le premier sacrilice, dit-il, étant dans cette même chaint)re solitaire, où j'avais saii|;lolé en ronifiant avec ma vie littéraire passée, je fus iulerieurement appelé à une vi\e atlen-