Sources, 2° partie, p
ivon. Je pensais à consacrer, en effet, ma vie entière à Dieu, bravement, généreusement, à vaincre pour cela toutes les difficultés et à rompre tout lien qui voudrait m'arrêter. Vivre libre pour Dieu! indépendant des hommes, dépendant de Dieu seul!... Tout à coup, j'aperçus pour la première fois, je crois, que mon amour était un lien et un obstacle. A cette vue, je fus consterné, et sentis mon impuissance absolue à rompre cette chaîne vivante de mon cœur. Je ne le voulais pas. Quant à cela, non! non!
« Mais voici qu'une espèce de souffle vivifiant m'entourait et pénétrait dans ma poitrine, et qu'une voix tout intérieure, d'une extraordinaire noblesse et d'une douceur incomparable, me disait lentement et gravement avec un accent d'une insondable profondeur :
— « Ah! si tu voulais! » — « Je ne peux pas vouloir, répondis-je avec beaucoup de douceur et de respect, vous voyez bien que c'est impossible. — Pourtant, si tu voulais! » reprenait la douce voix, toujours plus caressante et vivifiante. — Et moi, je faisais la même réponse, en prenant à témoin le ciel entier que c'était impossible.
— « Tu n'es point obligé à cela, semblait me dire ou l'ange ou la céleste Reine qui parlait; mais cependant si tu voulais!... » C'étaient toujours les mêmes mots, mais avec un sens grandissant. Je voyais les immenses conséquences de cette volonté libre, de ce sacrifice qu'on ne m'imposait pas, mais qu'on me conseillait avec d'admirables promesses..., et la merveilleuse conversation se continuait ainsi toujours, avec la même demande et la même réponse. D'abord, je ne voulais pas vouloir. Quelque temps après, je voulais bien vouloir, mais sans vouloir encore. Il y avait toujours impossibilité. Mais sous l'insistance croissante de la voix, sous l'émotion de la douce haleine qui me remplissait la poitrine et me gagnait le cœur, j'en vins à dire : « Je ne puis^ mais je ne m'y oppose pas : faites vousmême, prenez, coupez... » Et alors, comme si on m'avait mis dans la main un fer tranchant, et comme si on m'avait poussé le bras et pressé la main, je coupai l'artère principale de mon cœur. Je crois ■encore sentir le froid de cette coupure. C'était fini '. >'
Le lendemain de ce jour, il entrait dans une église, Féglise de FAssomption, et, la main étendue vers l'autel, il fit vœu de pratiquer les conseils évangéliques, de rester libre à Tégard de toutes choses, hors la volonté de Dieu, de se dévouer à répandre la vérité, pour arracher, dans la mesure de ses forces, les hommes à leurs ténèbres.
Trente ans après, il écrira : (( Je nai jamais regretté