Grathy, Soxvenirs de ma jeunesse, p. 1G
Tel était le milieu de jeunes homuies intelligents, distingués, pleins d'élan dans lequel entrait Alphonse Gratry le 15 mai 1828. Ils n'étaient encore que des étudiants chrétiens. Gratry fut charmé. « Jamais, dit-il, je n'ai rencontré ailleurs tant d'ardeur ni pareille générosité. On s'était donné sans réserve jusqu'à la mort et jusqu'au sang. C'était un germe que la main de Dieu, je le crois encore, avait planté et arrosait de ses bénédictions. Impossible de dire tout ce que ce petit groupe renfermait d'amour, d'espérance, de ressources en tout genre et quelle atmosphère du ciel enveloppait et couvait cette moisson ^. »
Gratry débordait de joie. Il apportait, lui aussi, un dévouement sans réserve. Et quand ses compagnons lui déclarèrent qu'ils étaient disposés à se faire prêtres pour se vouer à l'étude chrétienne des lettres et des sciences et à l'éducation, il eut le sentiment que cette voie pouvait bien être aussi la sienne. Il était très décidé auparavant à se consacrer au service de Dieu, mais sans savoir où ni comment. La lumière se faisait maintenant dans son âme. Ses anciennes répugnances pour l'état ecclésiastique se dissipaient peu à peu, et il entrevoyait de plus en plus clairement ce qui lui paraissait être la volonté de Dieu sur lui.
Tout en faisant ces réflexions, il accepta provisoirement la charge de professeur d'une classe élémentaire au collège royal de Strasbourg. Ses fonctions ne l'empêchaient pas de suivre les conférences publiques et les entretiens particuliers de l'abbé Bautain et d'assister à ses premiers sermons. C'est, en effet, le moment où celui-ci, n'étant encore que diacre, débutait comme prédicateur, dans la petite église de Saint-Pierre le Jeune.