A. Ingold. Op. cit., p. H
2. C'(''tait un couvent de religieux Rédemptoristes, établi à mi-côte d'un contrefort des Vosges, à quelques lieues de Strasbourg.
46 LE PEllE GHATUY.
Dieu pour vivre et mourir là, si Dieu le veut? Je vous demande d'y penser. Je crois que cette vie serait bonne, que le sacrifice serait grand et agréable à Dieu; et je pense qu'il faut essayer. Ne vous engagez pas cependant; faites un noviciat et éprouvez votre vocation. L'année révolue, vous vous déciderez après m'en avoir parlé. Mais d'abord, prenez vingt-quatre heures de réflexion pour me dire si vous voulez ou non essayer ce noviciat. Et il ne faut l'essayer que si vous êtes décidé à rester, dans le cas où Dieu le voudrait *. »
Terrible proposition pour un jeune homme aussi ardent, aussi plein de zèle et d'élan! S'enseveKr dans la solitude, éteindre ses facultés, lorsqu'il les sentait si vivantes, si actives; renoncer à la mission qu'il avait rêvée, de propager la vérité chrétienne et de se dévouer au salut du monde, c'était le brusque renversement de ses pensées, la destruction de ses nobles ambitions et de ses espérances! C'était pour lui la même chose que de consentir à mourir le lendemain. Il dormit peu cette nuit-là, on le comprend. <( Soit! se dit-il enfin, la question est donc celle-ci : puis-je donner ma vie pour Dieu? Puis-je la donner demain? J'eus le bonheur de répondre Oui, ajoute-t-il. Dès ce moment, sans aucune arrièrepensée, je dirigeai mon cœur et mon esprit dans ce sens, avec la conviction que je passerais ma vie entière au Bischenberg'. »
Peu après, le 13 mai 1830, il frappait à la porte du couvent.
Cet acte héroïque de renoncement méritait une récompense. La récompense ne se fit pas attendre. Les mois que le jeune novice passa dans cette solitude, ont compté pg.rmi les meilleurs de son existence. Au dehors, tout était rude, pauvre, stérile en apparence; mais la vie intérieure était intense. La paix et la joie inondaient l'âme et débordaient en rires et en gaieté communicative. Ce fut aussi une époque de semailles. Dans le silence de la contemplation, des idées fécondes germaient, qui mûriront plus tard et donneront une splcndide moisson.