Vie du cardinal de Bunnechose, t. I, p. 138-139, passim
LE PICRE GRATRY. 4
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quelques heures à la maison maternelle qui se trouvait à peu de distance de la ville ^ »
Comme ses confrères , Gratry se donnait tout entier.
« Quand je commençai à enseigner la rhétorique, dit-il, j'étais convaincu que la parole ne fatigue pas. Je pouvais parler avec chaleur pendant une journée entière. J'en abusai. Je faisais quatre heures de classe par jour ^; je tenais l'étude, je surveillais la récréation, je conduisais les élèves à la promenade. En promenade, en récréation, je causais continuellement avec eux, je faisais la prière du soir qui durait un quart d'heure, je disais mon bréviaire à haute voix. Aussi, à la fin de la première année, j'avais les organes de la voix blessés et ulcérés. Le repos eût pu me guérir. Mais le chef, qui sous ce rapport, s'est d'ordinaire cruellement trompé, n'ayant jamais connu par lui-même la fatigue, m'engagea au nom du dévouement à continuer. Et moi, voyant mon dévouement mis en question, et sachant bien d'ailleurs que j'étais blessé, que les organes de la voix étaient ulcérés jusqu'au sang, et que chaque syllabe me coiitait un douloureux et dangereux effort, que ma brillante santé était perdue, si je continuais, et enfin que ma vie était en danger, je continuai pourtant. Un jour, sentant que le fardeau me tuait, je dis en moi-même : Pourquoi pas? Si j'étais officier d'artillerie, je devrais mourir sur mes pièces, sauf contre-ordre. C'est ce que je dois faire ici. — Un soir, après m'ètre raidi pendant tout le jour contre une fatigue extrêuie, je tombai sans connaissance par épuisement. Je fis une petite maladie et repris mes fonctions*. »
Cette blessure de la gorge se cicatrisa, non sans laisser subsister une faiblesse de l'organe. Le P. Gratry en souffrit toute sa vie. Les grandes chaires lui furent toujours interdites. La peine qu'il en éj)rouvait contribua, pour une part, à lui rendre peu agréable le souvenir de l'abbé Bautain. C'est un nom qu'il ne prononce jamais dans ses ouvrages. Il continua de servir ainsi la société à titre auxiliaire, sans figurer sur la liste de ses membres.