‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 43 sur 263 · Lettre inédite à M. Nourrisson, 1S · texte numérisé non relu

Lettre inédite à M. Nourrisson, 1S

Il est là tout entier, La partie la plus noble et la plus haute de sa tâche devait inévitablement l'entraîner, le prendre peu à peu et l'absorber tout entier.

La formation religieuse de ses jeunes gens fut sa première préoccupation. Pour les pénétrer des grandes idées qui avaient illuminé et réjoui son adolescence et qui avaient transformé sa vie^ il paya de sa personne et se donna sans compter. Chaque dimanche, il se plaisait à faire des conférences à la chapelle. Sa parole originale, élevée, pénétrante, saisissait les esprits. « Ses auditeurs avaient trouvé d'abord sa manière nouvelle et transcendante. Le mot est d'un des meilleurs élèves de ce temps-là. Mais bientôt, ils furent charmés, séduits et s'attachèrent pour toujours à ce jeune directeur, qui d'abord les avait étonnés^. »

Il fit plus. Dans la foule de ses élèves, il eut vite discerné les natures d'élite, capables d'élan et de dévouement à la vérité et au bien. Celles-là, il les groupait à part, il les réunissait chez lui, et de temps en temps à sa table, le dimanche soir. Là, dans des entretiens familiers, il les élevait au-dessus des préoccupations personnelles d'examen ou de carrière, allumait à l'horizon de leur adolescence comme un fanal lumineux, en leur montrant, par delà le cercle de leurs devoirs actuels, les devoirs supérieurs et généraux de tout chrétien dig-ne de ce nom : les hommes à éclairer et à consoler, et le monde à sauver. Ces jeunes gens sortaient touchés, ravis, pleins de fortes et généreuses résolutions. « Plus d'une fois, dit l'un d'eux, à la suite de ces entretiens, j'avais l'àme tellement pénétrée, le cœur si ému, que le sommeil avait grand'peine à venir. Jamais parole humaine n'avait produit sur moi d'aussi profondes et salutaires impressions 2. »

Ceux qui ont eu le bonheur de se former à cette école, sont devenus des hommes dans le plein sens du mot.

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