‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 46 sur 263 · Le Collège Stanislas, p · texte numérisé non relu

Le Collège Stanislas, p

On ne saurait méconnaître que ces mesures révèlent un sens pédagogique très éclairé, et, dans la matière, un esprit délié et véritablement pratique.

En même temps qu'il reprenait l'enseignement par la base, l'abbé Gratry le couronnait au sommet par une École préparatoire diWi. grandes écoles du gouvernement. Sans doute, M. Liautard avait déjà établi des cours supérieurs de sciences et de lettres pour les jeunes gens qui désiraient compléter leur culture générale ou approfondir telle ou telle science en particulier. Il en sortait chaque année des candidats à Saint-Cyr et à l'École polytechnique, qui faisaient honneur à leur formation-. Mais c'est l'abbé Gratry qui eut le singulier mérite de donner à l'idée sa forme précise, d'organiser l'jÉco/e préparatoire telle qu'elle existe aujourd'hui, d'en arrêter le plan d'études, de la développer enfin de manière à l'élever au niveau des écoles spéciales les plus renommées. Il n'eut rien de plus à cœur que le succès de cette grande œuvre. Grâce à ses belles relations, les professeurs les plus distingués de Paris viennent examiner ses élèves; un éminent répétiteur de l'École polytechnique, dont le nom sera bientôt illustre, Leverrier, accepte une chaire de mathématiques et la garde deux ans. MM. Courtois, Desains, Compagnon, par l'éclat de leurs leçons scientifiques, M. Lenormant, par son cours d'histoire, contribuaient également à donner du renom au collège Stanislas.

Ce qui est remarquable, d'autre part, chez l'abbé Gratry et ce qui dénote une hauteur de vues peu commune, c'est que, tout en assurant à ses élèves un enseignement scientifique de premier ordre, il tenait à les mettre en garde contre un exclusivisme étroit et stérilisant. Il pensait déjà, avec Descartes, que l'usage exclusif des mathématiques isolées, « nous rend impropres à la

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})hilosophie, nous désaccoutume peu à peu de Tusagc de notre raison, et nous empêche de suivre la route que sa lumière nous traCe ». De même, continuait-il, une terre est épuisée par tel produit unique, revenant chaque année, mais elle le supporte par alternances... C'est ainsi, par exemple, que les mathématiques isolées brûlent et dessèchent l'esprit; la philosophie le boursoufle ; la physique l'obstrue, la littérature l'exténue, le met tout en surface, et la théologie parfois le stupéfie. Croisez ces influences, superposez ces cultures diverses : rien de bon ne se perd, beaucoup de mal est évité.

« Il faut superposer les deux éducations nécessaires de l'esprit, faire pénétrer la science dans les lettres, trop vides et trop banales sans ce vigoureux aliment, et, par contre, donner à la science la chaleur lumineuse, le feu, qui seul en transfigure la masse, et la change en diamant. Le premier qui, en France, instituera sur une base durable cette pénétration mutuelle des lettres et des sciences dans la première éducation, celui-là doublera les lumières de la génération suivante, et deviendra peut-être le Charlemagne ou le Richelieu d'un grand siècle*. »

C'est dans cet esprit qu'il traça les grandes lignes du programme à suivre. « Aujourd'hui, disait-il, l'enseignement scientifique, absolument isolé de toute appKcation élevée, de tout principe et de tout commentaire philosophique ou religieux, engage l'esprit dans une direction exclusive, stérile, souvent fatale au développement de l'intelligence. Le rapport de la science à la foi, celui de la science à la philosophie, sont brisés. On oublie que les grands inventeurs, les créateurs du mouvement scientifique moderne, Kepler, Newton, Leibniz, Euler, Descartes et d'autres, avaient un égal enthousiasme pour la science, pour la philosophie et pour les divins trésors de leur foi. Ce développement complet d'intelligence et d'àme faisait leur force et leur fécondité. Telle est la voie

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