Le Collège Stanislas, p. Zi
adaire d'intelligence, comme on le paraît croire; elle est surtout afl'aire d'âme et de disposition morale. Telle qu'on l'entend d'ordinaire, étude purement spéculative et discussion de systèmes, elle n'est, à ses yeux, qu'une « sophistique ^> bonne à détruire. « Elle force l'enfant à vivre dans je ne sais quelle région intermédiaire qui n'est ni Dieu, ni l'âme, ni la nature; limbes ternes et mortels, où il passe des années à contempler l'abstrait et à retourner en tous sens, et sans cesse, et sans savoir pourquoi, les formes vides du vêtement de la pensée. Que si l'élève est trop docile, s'il a l'esprit naturellement sec et partiel, si le maître ne sait pas corriger par le génie de l'enseignement le vice de la méthode, si le disciple est rivé dans cette voie par le succès et l' amourpropre, je le vois augmenter un jour la secte dangereuse des scribes, des lettrés séparés, des esprits morts, qui peuvent croire que le principe des choses est un principe abstrait, et qui, pour en citer un étrange exemple, réduisent leur conception de l'univers à ce seul point : // n existe que des formules. Ainsi se multiplie le nombre de ceux qui augmentent la tristesse sur la terre, qui entretiennent le doute et les ténèbres, et brisent l'élan du genre humain •. »
La philosophie a des incommensurables comme les mathématiques, « et le jour où elle reconnaîtra ces incommensurables sera pour elle l'aurore d'une vie nouvelle. Mais, pour y entrer, il n'y a qu'un chemin à suivre : il faut aller du mot à l'idée, de l'idée à l'âme, à la nature et à Dieu; il faut surtout retrouver le sens moral, conseiller, pratiquer soi-même la discipline du devoir comme source d'intelligence ^ ». Alors, cet enseignement porte des fruits merveilleux et fait des hommes.
Ainsi l'abbé Gratry ne cessa d'améliorer les méthodes, et il dépensa à ce travail toutes ses forces vives. Il parvint à donner aux études de Stanislas une vive impul-