Cf. Le Collège Stanislas, p
sion, sans avoir le temps d'accomplir toutes les réformes qu'il méditait. Les succès furent remarquables. Une année, il y eut, en rhétorique, jusqu'à quinze nominations au concours général.
Cependant, les préoccupations scolaires n'absorbaient pas tout le zèle et toute l'activité de l'abbé Gratry, La question de la liberté d'enseignement commençait à passionner l'opinion. A la voix de Montalembert, les évêques se soulevaient contre le projet Villemain et ses restrictions illibérales : ils réclamaient une liberté sincère, une libre concurrence, soumise à l'État, mais entièrement indépendante de l'Université. Celle-ci se cramponnait au monopole « avec des anxiétés de pot-au-feu », selon le mot de Sainte-Beuve. De là une lutte ardente, où Montalembert se couvrait degloire^ L'abbé Gratry né pouvait rester indifférent au magnifique effort des catholiques. Il écrivit plusieurs lettres sur l'éducation et il se prononçait avec force pour la liberté, dont il attendait un immense progrès. « Il n'y a que peu ou point d'éducation parmi nous, disait-il; la tâche est tellement grande qu'elle dépasse trop visiblement les forces qui s'y emploient Il faut doubler les forces de l'Université et
les multiplier encore en établissant en face d'elle la liberté Les forces du clergé, les forces de l'Université
multipliées par l'émulation, excitées par la concurrence libre, ne sont pas trop pour créer au sein de la société une vraie puissance d'éducation et d'enseignement 2. »
Mais il ne suffisait pas de combattre pour la liberté, il fallait prévoir l'avenir et se mettre en état de profiter de la victoire. Les vrais professeurs ne s'improvisent pas. Science et méthode ne s'acquièrent qu'au prix de longs efforts et supposent d'ordinaire une formation