L'Abbé Cambier, par le P. Adolphe Perraud
84 LE PERE GllATRY.
Le trait dominant de la physionomie de l'abbé Gratry, c'était la candeur, la simplicité et la bonté. Mais, sous ce voile de sérénité extérieure et de mansuétude évangélique, vibrait une âme de feu, battait un cœur d'apôtre, plein de zèle et d'élan. Une imagination riche, prompte aux beaux rêves et facile à l'enthousiasme, couronnait de charme et de poésie ces dons rares. 11 attirait par là. Il attirait aussi par le prestige scientifique. On savait qu'il était sorti de l'École polytechnique et quïl s'était enferme pendant de longues années pour travailler, méditer et se mûrir. Il pensait par lui-même. Toutes ces qualités naturelles ou acquises reluisaient dans sa parole chaude, imagée, originale. « 11 frappait les esprits par la variété de son savoir, par la vigueur passionnée de sa dialectique, par l'ampleur d'une éloquence où la poésie, une poésie imprévue, se mêlait aux abstractions de la logique et la traversait comme d'un jet de lumière aigu*. » Aussi, le dimanche, à l'heure de l'instruction, et en dépit de la liberté laissée à chacun, croyants et incroyants s'empressaient-ils à l'écouter. Personne ne manquait au rendez-vous. Plusieurs de ces cœurs de vingt ans y étaient saisis et transportés sur les hauteurs morales où ils se pénétraient peu à peu de générosité et d'esprit de sacrifice. Les plus rebelles mêmes à la direction de la doctrine entendaient avec curiosité et sympathie cette éloquence <.<■ simple et forte, dédaigneuse des artifices de la rhétorique et toute nourrie de la substance de l'Évangile 2 ».
Quant à M. Vacherot, « ses traits amincis et tirés par l'habitude de la réflexion, ses beaux yeux noirs, pleins de pénétration et d'ardeur, l'expression de son visag-3, éclairé parfois d'illuminations subites, mais plus souvent inquiet et souffrant, comme un homme fatigué par la contention d'une pensée opiniâtre et qui attend ' », dé-