Ét'ifhs ^ur la Sophistique contemporaine, p
92 LE PERE GRAÏUY.
Ce fut donc l'abbé Gratry qui entra en lice. Comment s'y décida-t-il ? Comment cette âme sereine, laite pour aimer et bénir, déchaîna-t-elle à l'École normale cette sorte de guerre civile? Comment fut-elle amenée à se jeter dans une polémique irritante, à attaquer un galant homme, dont la maison lui était ouverte depuis longtemps, au risque de lui briser son avenir?
M. Gabriel Monod, maître de conférences d'histoire à l'École normale , attribue sans hésitercette détermination à un motif bas et inavouable, la jalousie. « M. Vacherot, dit-il, était plus qu'un directeur d'études. C'était un directeur d'âmes. Aussi, l'abbé Gratry, aumônier de l'École, voyait-il avec jalousie l'ascendant qu'il avait pris sur les élèves ' . » Une pareille imputation appelle des preuves. M. Monod n'en donne point. Il n'a pu en donner, parce qu'il n'y en a pas. Toute la vie de l'abbé Gratry, son caractère si noble et si généreux, ses ouvrages où transparaît son âme évangélique, protestent contre cette injure gratuite et cette indignité.
Un témoin des événements, M. Gréard, s'en prend, avec plus d'équité, au zèle excessif de l'apôtre passionné pour sa mission, qui, sentant les résistances d'un auditoire sceptique, cherchaitle corps à corps pour enleverd'assaut la position. Il est difficile d'accorder à M. Gréard que « les deux premiers volumes de M. Vacherot avaient paru sans susciter d'autre sentiment que celui d'une admiration unanime pour la profondeur de la science et la sagacité de la critique ». Nous avons déjà vu et nous verrons plus loin ce qu'il en faut penser.
Il est également impossible d'admettre que u les conclusions du troisième volume n'auraient provoqué, en d'autres temps, qu'un intérêt philosophique 2 ». C'est fermer les yeux sur la portée antichrétienne et subversive