A. Mézièrcs. ^Jorts et vivants, p
nalisme et de panthéisme semés à l'École ne pouvaient que croître, se multiplier et se répandre au dehors. Les élèves, devenus professeurs, « iraient, au nom de cette même prétendue science, détruire dans Fâme des enfants Ja foi qui donne la vie. Les ténèbres du doute, l'ivresse des sens régneraient par suite sur ces âmes éteintes. » L'abbé Gratry se souvenait d'avoir connu, à quinze ans, cet écoher qui déclare n'être plus ni catholique, ni chrétien, et ne croire plus même en Dieu ! « Pour lui, maîtres, parents, Église et tradition, grands hommes, grands auteurs et grands siècles, Bossuet et Fénelon, Pascal et tous les autres, toutes ces autorités sont nulles et non avenues, tout cela n'est pour lui que mensonge, sottise, hypocrisie, superstition, ténèbres; lui seul sait à quoi s'en tenir, et il s'y tient *. » Pauvre enfant, si ridicule et si à plaindre! Combien, parmi ses pareils, vivent sur ce même jugement, sans y rien changer, pendant toute leur jeunesse et leur âge mûr, et quelquefois jusqu'à la mort! Ne fallait-il pas, une bonne fois, déchirer le tissu des préjugés contemporains et faire reluire au travers la lumière admirable et méconnue de la philosophie chrétienne, enlever l'obstacle qui sépare tant d'intelligences de lavérité,aurisque de sacrifier une situation honorable et d'encourir le blâme des gens du monde?
A ces motifs si élevés et si émouvants s'en ajoutait un autre, s'il faut en croire Saint-René Taillandier, motif un peu moins désintéressé : « L'abbé Gratry, avait pendant vingt ans, préparé une doctrine dont il attendait les plus bienfaisants résultats; il se félicitait d'avoir démêlé la Révolution à la lumière de l'Évangile; il se croyait en mesure de réconcilier le christianisme et l'esprit moderne; il possédait sur toutes les grandes questions un ensemble de principes qui, seuls, dans la crise où nous sommes, pouvait assurer le salut du genre humain; et précisément à l'heure où il va dérouler page à page cet enseignement libérateur, il voit pénétrer d'Allemagne en France une philosophie qui ébranle les fondements de