‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 63 sur 263 · Une étude sur la Sophistique contemporaine, p · texte numérisé non relu

Une étude sur la Sophistique contemporaine, p

96 LE l»El{fc; GRATRY.

la raison, rejette toute idée de l'absolu, condamne toute espèce de principes, permet de tout nier et de tout affirmer à la fois. Si de telles maximes s'accréditent, son enseignement de\dent impossible. M. Gratry se sentit, pour ainsi dire, menacé de mort avant d'avoir vécu. Il protesta, il cria de toute sa force, il cria au monde que la sophistique se dressait de nouveau en face des idées de Platon K »

On a beau avoir de la résolution, s'être fortifié par les raisons les plus nobles et les plus convaincantes, si l'on n'aime point la lutte pour la lutte, le cœur bat, l'âme souffre et la volonté hésite au moment de tirer l'épée contre un adversaire honorable, « presque un frère, à côté duquel on travaille depuis cinq ans ». L'abbé Gratry fit tout pour éviter cette extrémité. A l'apparition du troisième vokmie. il alla trouver M. Vacherot, et lui dit : « J'ai examiné votre livre. La partie historique est un tissu d'erreurs et de contradictions ; la partie philosophique aboutit logiquement à une profession d'athéisme. Je vais être obligé de le combattre. Retirez-le de la circulation et corrigez-le. Vous m'é\dterez le pénible devoir de le réfuter. »

M. Vacherot était trop convaincu et trop engagé pour reculer. Plein de confiance en la force de la raison humaine et en sa propre science, un peu irrité de l'opposition qu'il avait déjà rencontrée, il avait jeté, non sans amertume, dans son Avant- Propos, une sorte de défi aux ennemis de la philosophie, « qui s'alarment de ses efforts, qui évoquent à tout propos le spectre de l'anarchie et la fausse image de l'autorité pour décourager et abêtir les intelligences ».

Il refusa.

L'abbé Gratry crut de son devoir alors de déclarer la guerre, non pas à l'homme, mais à la doctrine. Il se mit à l'œuvre avec douleur, et, en préparant sa réponse, « il fut toujours, dit-il lui-même, plus près des larmes que de la colère ».

1. Discours de réception à l'Académie française, ?î janvior 1874.

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