‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 65 sur 263 · Willm, t. IV, p · texte numérisé non relu

Willm, t. IV, p

102 LE PERE GRATIIY.

les deux adversaires, il en est un que M. Vacherot ne saurait récuser. C'est son collègue à l'École normale et son ami, iM. Ernest Ilavet. Or, M. Havet lui écrit, non à propos de ï Histoire critique de l École d' Alexandrie ^ mais à propos de la même doctrine, ces lignes significatives : « Il y a dans votre ouvrage la part de la critique et celle de la croyance. J'adhère pleinement à la critique, non à la croyance, qui me semble un reste d'illusion. Ce que vous appelez le dieu-idée, je l'appelle simplement l'idée; ce que vous appelez le dieu-nature, je l'appelle simplement la nature. Vous savez ce tyran qui voulait que, quand il ne serait pas là, on saluât encore son chapeau placé au bout d'une pique : je suis de ceux qui croient quil ny a plus de Dieu dans votre système^ il n'y a que le chapeau que vous voulez nous faire adorer i . »

Ce mot spirituel est décisif et tranche le débat.

Ainsi, la doctrine de M. Vacherot aboutissait indirectement à l'athéisme.

Une question non moins intéressante, c'est celle de savoir si le christianisme est d'origine surnaturelle et révélée, ou s'il est un composé humain de traditions hébraïques et d'éléments empruntés à la philosophie néoplatonicienne.

M. Vacherot, dans la même réponse k V Univers, s'est encore énergiquement défendu d'avoir soutenu cette assertion rationaliste; il accuse l'abbé Gratry de lui prêter une thèse fausse pour le réfuter plus à l'aise. A l'entendre, il ne dit rien de pareil, et, à preuve, il allègue la phrase suivante : a II suffit de connaître le Christianisme et le Néoplatonisme, leurs antécédents, leurs traditions, leurs instincts fort divers, leurs luttes, pour ne prendre au

1. Lettre inédite, due à l'obligeante communication de M. Arsène Vacherot, 10 février. 1859.

sérieux ni l'opinion qui rattache le Christianisme au

Néoplatonisme » La citation s'arrête ici. Elle est à

compléter; caria fin de la phrase contredit le commencement : «... ni celle qui s'efforce d'établir le contraire »

Qui se trompe ici?

Entre les affirmations des deux adversaires, les textes seuls doivent décider. Ils nous semblent clairs. Voici, en effet, ce qu'on lit dans le premier volume de V Histoire critique de l'école d' Alexandrie :

« Tout ce que le christianisme contient de métaphysique et de morale, ses profondes doctrines sur Dieu et son Verbe, sur le monde, sur l'âme et sa destinée, lui viennent de la tradition hébraïque ou de la philosophie grecque ^. »

Et ailleurs : « Grâce à la science grecque, les Pères Alexandrins convertirent en une véritable théorie la vague doctrine des Écritures sur le Père, le Fils et le Saint-Esprit... Dans la tradition hébraïque, nulle part l'Espritni même le Verbe ne sontconçus comme faisantpartie de la nature divine... Les docteurs alexandrins furent les premiers qui exprimèrent avec netteté la nécessité logique de chacune des hypostases de la Trinité. Ils ont le mérite incomparable d'avoir enrichi la théologie chrétienne de toutes les grandes vérités de la philosophie grecque ^. »

Ces citations ne laissent aucun doute et il serait facile de les multiplier ^. En dépit de quelques autres textes vagues, équivoques, parfois même contraires, qui dénotent une pensée peu siire d'elle-même, la thèse de M. Vaclierot se dégage nettement de l'ensemble de son livre et l'abbé Gratry ne l'a pas inventée pour les besoins de la cause. Il en a donné une formule exacte. Reste à savoir ce que vaut la réfutation.

Pour s'en tenir aux points essentiels, les assertions de

2. T. I, p. 289-90. « L'ancienne loi proclamait clairement le Père, obscurément le Fils. La nouvelle loi a manifesté le Fils et indiqué la divinité du Saint-Esprit, que Jésus ne manifeste que progressivement à ses disciples, » a dit le P. de Régnon dans son savant ouvrage sur la Trinité. Si l'on s'en rapporte à INL Drach {Harmonies de l'Église et de la synagogue), on a les plus fortes raisons de penser que la religion mosaïque comprenait le dogme de la Trinité. La Tradition était beaucoup plus explicite que l'Écriture.

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