Lettre inédite à M*"^ Dupanloiip, l'J juin
jours avant de mourir, au mois de février 18'Î2, il disait à l'un de ses plus chers disciples, qui est aujourd'hui le cardinal Perraud : « Mon enfant, quand vous retournerez à Paris, portez de ma part à M. Vacherot le baiser de paix. Je le lui aurais porté moi-même, si j'avais pu. Il y a quelque temps je voulais lui écrire pour lui dire combien j'étais touché de l'attitude si noble et si loyale qu'il a prise à l'Assemblée. »
En 1895, celui qui écrit ces lignes eut l'hoimeur d'être présenté à M. Vacherot par un ancien élève de l'École normale, autrefois témoin et acteur dans le drame qui vient d'être raconté. La conversation tomba naturellement sur ces événements lointains. « Ah! l'abbé Gratry, s'écria M. Vacherot, c'était un rude jouteur! Il m'a porté de durs coups et il m'a fait beaucoup de mal. Parmi les reproches qu'il m'adressait, il y en avait de mérités et il y en avait de mal fondés. Mais c'était un homme sincère et droit. Aussi, ai-je oublié ces anciennes querelles. »
Ces paroles étaient significatives. On peut dire que ce jour-là, et non pour la première fois sans doute, M. Vacherot rendait au P. Gratry son baiser de paix et la poignée de main franche et cordiale qui réconcilie sur le terrain, après la lutte, d'honorables adversaires.
Quand, après un siècle de discussions, on embrasse d'un coup d'œil toute l'histoire de ce débat philosophique et religieux, dont la polémique entre l'abbé Gratry et M. Vacherot ne fut que la phase aiguë, quand on entre à fond dans la question et qu'on soumet à une froide et impartiale étude les raisons, les textes et les faits allégués de part et d'autre, on ne peut se défendre d'un profond étonnement, celui de rencontrer chez des adversaires du surnaturel chrétien, chez des esprits droits, brillants et même vigoureux, tant d'affirmations sans preuve, tant d'inexactitude scientifique et de faiblesse logique. On en sort plus que jamais convaincu que l'élément inaltérable et irréductible, qui résiste et survit à toutes ces analvses dissolvantes de la critique, ne saurait être qu'un élément divin.