NOUVELLES POLEMIQUES. LES SOPHISTES ET LA CRITIQUE
La victoire du P. Gratry sur M. Vacherot n'empêcha point les idées hégéliennes, si obscures, si étranges, si propres à heurter notre bon sens national qu'elles paraissent, de s'étendre et de se propager en France à la façon d'une maladie contagieuse. Douze ans après, toute une école d'écrivains en était infectée et ne cessait d'en répandre le germe de toutes parts.
« Il est un principe qui s'est emparé avec force de l'esprit moderne, écrivait Scherer, et que nous devons à Hegel. Je veux parler du principe en vertu duquel une assertion n'est pas plus vraie que l'assertion opposée...
« La loi de la contradiction, tel est, dans le système que nous avons étudié, le fond de cette dialectique, qui est l'essence même des choses...
« Cela veut dire que tout est relatif, et que les jugements absolus sont faux.
« Cette découverte du caractère relatif des vérités est le fait capital de l'histoire de la pensée contemporaine. Il n'y a pas d'idée dont la portée soit plus étendue, l'action plus irrésistible, les conséquences plus radicales.
<( Aujuurd'hui, rien n'est plus parmi nous vérité ni erreur. 11 faut inventer d'autres mots. Nous ne voyons plus partout que degrés et que nuances, nous admettons jusqu'à Videnlité des contraires. Nous ne connaissons plus la religion, mais des religions, la morale, mais des mœurs, les principes, mais des faits. Nous expliquons tout; et, comme un l'a dit, l'esprit finit par approuver ce qu'il explique. La vertu moderne se résume dans la tolérance*... »