Lettre inédite du P. Gratry à M^' Dupanloup, 2 août
t26 LE PERE GRATKY.
colles qui, comme moi, surviennent quand l'ennemi est déjà mort^. »
Inutile d'insister ici sur une polémique qui n'offre plus guère aujourd'hui d'intérêt. La Vie de Jésus a duré ce que durent les feuilles, l'espace d'une saison. Disons seulement que Renan, lui aussi, s'inspirait de l'idée hégélicmie. « Dieu, disait-il, ne prend conscience de soi que dans l'homme. En Jésus-Christ, qui était plus parfait que les autres hommes, il a pris de lui-même une conscience plus élevée. La plus haute conscience de Dieu qui ait existé au sein de l'humanité, a été celle de Jésus ^\ » De la sorte, tout en témoignant à la personne humaine de Jésus-Christ une sorte de vénération attendrie , il le dépouillait de sa divinité. Il admettait l'authenticité des quatre Évangiles canoniques; il déniait à Strauss le droit de considérer comme légendaires les faits qu'ils racontent. Mais il se chargeait de les expliquer en interprétant les textes, en les sollicitant doucement, et de montrer que les miracles se résolvent tous en illusion ou en imposture. C'est à quoi il épuisait toutes les fantaisies de son imagination et la souplesse d'un talent prestigieux.
Le P. Gratry a bientôt fait de prouver que l'ouvrage est scientifiquement nul, en désaccord perpétuel avec les textes évangéliques, un pur roman. Même au point de vue de l'art, il n'est qu'une œuvre inférieure et choquante; car, il est composé en deux tons, le ton respectueux et pénétré, et le ton de sereine supériorité, d'ironie insolente et de dédain transcendant. Renan passe de l'un à l'autre sans transition motivée. L'eflot est insupportable. « Ainsi, conclut le P. Gratry, il était réservé à Notre-Seigneur Jésus-Christ, en ces derniers temps, de tond)er aux mains des sophistes. Il lui restait à se voir salué, insulté, souftleté, en môme temps. Les mêmes hommes lui disent sous nos yeux : « 0 roi des hommes,