Lettre inédite, 10 mars
LE PKKE GKATBÏ. 9
avec respect et charité. Mais il n'en combattait pas moins avec une vigueur infatigable les erreurs et les habitudes logiques de Fécrivain.
Les deux anciens adversaires furent une dernière fois aux prises en 1869. M. Vacherot venait de publier un nouvel ouvrage, la Religion, où il prétendait établir que le christianisme allait disparaître et fondre, pour ainsi dire, au creuset de la science et de la critique. A l'en croire, les plus récentes révélations des sciences avaient déjà fait perdre à la théologie et au dogme chrétien presque tout leur domaine; bientôt leurs dernières provinces allaient leur être enlevées. La morale ellemême, qui fait toute la beauté du christianisme, avait vieilli; selon lui, elle n'était plus de notre temps. Car elle n'était fondée que sur un sentiment, l'amour. Une morale plus parfaite, sœur de la science et fondée sur la justice, allait la remplacer. Par suite, le moment n'était pas très éloigné où l'Église devrait céder les profonds et Ultimes domaines de la conscience, qui sont ses derniers retranchements.
On devine l'émotion qui secoua le P. Gratry en présence de ces impertinentes affirmations.
(( L'idole du jour n'est plus la liberté, écrit-il. Le peuple s'en est fait une autre. Cette idole nouvelle, c'est la science. La Science! La science a dit! Voilà le mot sacré devant lequel tous les fronts s'inclinent. Hier, c'était la liberté. Aujourd'hui, c'est la science. Je crains bien que demain la science n'ait le sort de la liberté, et ne soit plus qu'une idole brisée. Veut-on savoir pourquoi la foule [)rend et quitte ainsi ses idoles'^ Le voici : ce sont des phases de la grande lutte contre le christianisme. Dès qu'une idée semble contraire au chrislianisme, on la met sur l'autel. Vue de plus près, parait-elle nous favoriser, on la brise et on la foule aux pieds'. »
Les Lettres sur la religion se succèdent rapidement. Elles sont au nombre de dix-huit, et paraissent en partie à'àw&X^ Revue des Deux-Mondes oi (h\\\s le Correspondant. Elles s'attachent d'abord à démontrer une fois de plus que M. Vacherot est toujours prisonnier et dupe de