‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 79 sur 263 · Préface, p. xxv · texte numérisé non relu

Préface, p. xxv

<( Cette morale passera, dites-vous, réplique le P. Gratry, parce qu'elle n'est fondée que sur un sentiment, l'amour, et non sur un principe, la justice.

« Mais, Monsieur, le Discours sur la Montagne, qui est l'exposition de la morale chrétienne, se peut résumer en ces mots : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice. » Et de plus, il se termine ainsi : (( Il ne suffit pas de me dire : « Seigneur, Seigneur! en votre nom nous avons fait des miracles et prophétisé ! ... Je ne vous connais pas, vous tous qui commettez l'iniquité. »

« Donc, si le sentiment qui crie vers Dieu n'est rien sans la justice, si les miracles et les prophéties ne sont rien, et si la justice seule est tout, selon le texte de l'Évangile, il parait bien que la morale chrétienne se trouve fondée sur la justice, et non pas sur un sentiment 1. »

Au sortir de cette pénible discussion, le Père n'eu relève pas moins son adversaire avec bonté, et reprenant quelques-unes de ses belles paroles, il lui montre le chemin de l'éternelle et universelle religion :

« Oui, Monsieur, lui dit-il, vous avez raison : il faut dégager la religion des enveloppes qui la défigurent, il faut la distinguer des religions. Il n'y a qu'une seule religion, comme il n'y a qu'une logique, une morale, un seul Dieu. Il faut enfin débarrasser la pure, immuable et universelle religion des erreurs, des imaginations et des superstitions qui l'enveloppent par toute la terre, il faut enfin, comme vous le dites, annoncer l'Évangile éternel... Vous voulez, dites-vous, entreprendre un effort pour arriver enfin à cette splendide lumière de l'unique religion... Sachez que ce travail est plus avancé qu'on ne pense... L'objet vivant et historique que vous cherchez, le voici. C'est ce que notre théologie a nommé l'âme de VÊgiise. L'àme de l'Église, c'est l'assemblée de tous les hommes unis entre eux et avec Dieu. On fait partie de cette âme de l'Église, on est dans la religion absolue, à une seule condition : la justice. Tous les justes sont en Dieu, et Dieu est en eux et vit en eux. Cette assemblée est universelle, éternelle, de tous les temps et de tous les lieux. Plusieurs sont dans l'Église visible, qui ne sont pas dans l'àme de l'Kiîlise. Plusieurs sont hors de l'Kglise visible, qui font partie de cette ;ime de l'Kglise.

« Voilà, évidemment, la religion, la religion manifestement pure

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