Préface, p. xxii
et dégagée de toute erreur. Voilà la nécessaire et infaillible religion. Tel est l'enseignement de l'Église catholique *. »
Le P. Gratry, nous le verrons plus loin, acheva sa carrière d'écrivain comme il l'avait commencée et continuée, par une ardente et suprême polémique. Spectacle piquant et dramatique! Cet apôtre de l'union et de l'amour, dont l'adolescence fut enchantée par la vision d'une cité de paix idéale, qui a écrit un volume éloquent sur la Paix pour convier les peuples à un embrassement, qui ne cesse d'appeler de ses vœux le règne de la concorde et de la fraternité parmi les hommes, n'a, pour ainsi dire, point cessé de porter les armes et de faire la guerre. Déjà, dans la Connaissance de Dieu et dans la Logique, à chaque instant, il pousse des pointes contre les panthéistes de l'école hégélienne. On peut dire que, de 1851 à 1870, sa vie n'a été qu'un combat à peu près ininterrompu. On sait que, finalement, il reçut de cruelles blessures et qu'il en est mort.
Comment expliquer ce contraste et cette apparente contradiction?
Visiblement sous les formes aimables d'une nature délicate et cordiale bouillonnait un tempérament militaire, généreux et ardent. Adolescent, il s'éprend d'admiration pour le génie et la force de Napoléon, et, aussitôt, il se demande s'il ne serait pas possible d'aller l'arracher à sa prison de Sainte-Hélène et de l'aider à relever l'Europe de son aplatissement. Plus tard, dans cette crise de tristesse mortelle qu'il traverse à l'École polytechnique, un tambour qui bat la retraite avec netteté, nerf et entrain, suffit à lui rendre, pour un moment, quelque ressort, tant les fibres de tout son être sont impressionnables et vibrantes! Le pas rythmé d'un régiment qui défile, musique en tête, le fera toujours tressaillir. Sur le terrain des idées,