‹ Le pere Gratry, 1805-1872Chapitre 85 sur 263 · Henri Perreyve, p · texte numérisé non relu

Henri Perreyve, p

2. Notice biographique sur le Pi. P. Pélélot, par le P. Lfscœur, p. xxxiii. Cfr. Éloge funèbre du T. R. P. Pététot, par M. l'abbé Le Rebours, curé de Sainle-Madeleine.

Cette généreuse tentative répondait trop bien aux idées de l'abbé Gratry pour ne pas l'intéresser singulièrement. La réputation de iabbé Pététot l'avait déià attiré, dès le temps où celui-ci était encore curé de Saint-Louis d'Antin, en 184-7. Entre ces deux hommes d'élite, si bien faits pour se comprendre, l'estime réciproque fit bientôt place à l'amitié, amitié sensiblement nuancée, chez l'aumônier de l'École normale, de religieux respect et de déférence pour une supériorité d'âge, de dignité et d'autorité devant laquelle il aimait à s'incliner. Il trouvait là un appui, des conseils, une direction éclairée. Bientôt, il fît partie de la petite société, et « le temps vint même où il allait passer tous les dimanches à Saint-Roch, assistant aux offices, dinant avec le curé et ses vicaires et revenant chaque fois plus édifié de ce qu'il avait vu et entendu ^ ».

L'abbé Pététot, né en 1801, approchait de la cinquantaine. Il était à peu près tel alors que le représente le beau portrait d'Henri Schelfer, qui figure à la place d'honneur dans le réfectoire de la maison oratorienne de la rue dOrsel. Le front haut, le crâne dénudé, une couronne de cheveux déjà blancs, il portait plus que son âge et avait, si vigoureux et dispos qu'il fût encore, presque l'air d'un vieillard. La taille était moyenne. Il imposait dès l'abord le respect et la crainte révérentielle, plutôt qu'il n'attirait par l'expression de bonté et de sympathie. L'austérité de ses traits, la froideur de son accueil, ces yeux grands ouverts et ce regard lixe et scrutateur, cette parole nette, brève, décisive, ce je ne sais quoi de sec et de nerveux qui sent l'homme pressé et afî'airé, ménager de son temps, ont glacé bien des gens timides et arrêté des confidences sur bien des lèvres. Il fallait triompher de cette impression première, traverser cette atmosphère réfrigérante, percerl'écorce un peu rude et aller jusqu'au cœur.

Alors se révélaient des trésors. C'était d'abord uin' honnêteté foncière, naturelle et surnaturelle, une droi-

1. P. Lescœur. Notice biographique sur le R. P. Pététot, p. xlii.

ture virile, qui ne connaissait ni les compromis de conscience, ni les détours de langage, ni les équivoques de conduite. Chez lui, il y avait équation parfaite entre la parole et la pensée, entre les convictions et les actes. L'effort et le sacrifice qu'il recommandait aux autres, il avait, à l'exemple du Sauveur, commencé par les pratiquer. Ce n'est pas de lui, remarque le cardinal Perraud, qu'on eût pu dire cette humiliante parole : « Quand je l'entends, je tremble; et, quand je le vois, je me rassure K » Selon le beau mot de Colbert sur Bossuet, lui aussi, M il vivait comme il prêchait ». Ce trait dominant d'une forte nature était fait pour conquérir l'abbé Gratry, qui avait horreur des menteurs et des charlatans, et qui prisait si haut la sincérité et la loyauté. A cette probité humame et sacerdotale, à cette intrépidité au devoir, à cette logique de la vie s'alliaient une foi profonde, ardente, éclairant l'âme et l'échauffant à la fois; une piété intense dont le foyer intérieur se trahissait par des jets de feu et de flamme, un désintéressement à toute épreuve, une humilité exemplaire. Ajoutons-y une noblesse et une simpHcité de manières qui rappelaient celles de l'ancien clergé, une politesse « où l'esprit mondain n'aurait rien eu à revendiquer, mais où la bonne société d'autrefois se fût reconnue ^ » , l'esprit de conversation, l'art de conter agréablement, le don de fine plaisanterie et des réparties heureuses.

On n'a pas de peine à croire que l'estime et l'admiration de l'abbé Gratry allèrent bientôt jusqu'à l'entliousiasme. « J'ai vu, disait-il à un jeune étudiant c[ui est devenu le P. Lescœur, un homme en qui l'amour-propre a presque entièrement disparu sans laisser de trace ^. »

L'impression en fut si pénétrante qu elle changea un moment la direction ordinaire de ses pensées. Lui, dont les préocupations étaient alors entièrement tournées

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