Lcscœur, Notice blograyhiqiie, p
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raissait clairement à personne, pas même à celui qui nous encoura geait le plus à la garder fidèlement dans nos cœurs. C'est cependant cette idée qui, fécondée par la grâce de Dieu, devait décider de la destinée et de la vocation de plusieurs d'entre nous. L'aumônier de l'École était un apôtre tout dévoré de zèle et soufflant de son cœur dans d'autres cœurs la flamme dont il était consumé lui-même... C'était en paroles de feu qu'il nous exhortait à porter nos pensées et nosdésirs audelàdes fragiles espérances de cette vie, nous apprenait au prix de quels combats et de quels déchirements intérieurs il avait passé de l'incrédulité à la foi, et de la simple profession de cette foi au besoin de la communiquer par l'apostolat, et enfin qu'il nous décrivait la joie profonde, toujours grandissante, dont la source s'était ouverte en lui le jour où il s'était consacré pour toujours à Jésus-^ Christ et aux âmes dans le sacerdoce...
« A cette action publique s'ajoutait l'exhortation individuelle allant directementaux besoins de chaque conscience, et créant ce commerce intime des âmes sur lequel le christianisme a mis une auréole toute divine, et dont il a fait une des plus grandes forces qui soutiennent le monde moral...
« Monter, monter plus haut, monter encore, monter toujours;
« Aller de l'égoisme au sacrifice, de la vie naturelle à la vie transfigurée, du bien au mieux;
« Creuser dans son âme par le recueillement et par une attention plus fidèle à la grâce divine de nouvelles profondeurs;
« Se renoncer toujours davantage pour entrer davantage dans la vie universelle de la charité ;
« Nourrir sa pensée de la substance de la pensée divine, en faisant chaque jour à la lecture des Saintes Écritures, et particulièrement de l'Évangile, une place privilégiée au milieu naème de la vie la plus laborieuse;
< Trouver dans la prière, dans la pureté de la vie, dans des relations plus fréquentes avec Jésus-Christ vraiment présent dans l'Eucharistie, le moyen infaillible de connaître mieux la vérité et de devenir plus capable de la communiquer aux âmes;
« Avoir pour ces âmes rachetées du sang d'un Dieu un amour généreux, tendre, dévoué;
« Ne rester étranger à aucune des souffrances de l'humanité, et se pénétrer à leur égard des sentiments de celui qui avait « compassion des foules » : Misereor super turbam * ! »
Tel était l'idéal évangélique dont l'abbé Gratry allumait la flamme dans le cœur de ces jeunes gens. Plusieurs entendirent l'appel d'en haut et généreusement ils résolurent de se donner à Dieu dans le sacerdoce.
l. Derniers jours et Testament spirituel du P. Gratry, p. 209-214, pfi.ssim.
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Ainsi, au presbytère de Saint-Roch d'un côté, à l'École normale de l'autre, deux idées différentes, l'idée de régénérer le clergé par une éducation mieux appropriée au besoin des temps, et celle de défendre et propager la vérité chrétienne par la science, suscitaient à la fois deux mouvements religieux et comme deux courants, dont la réunion prochaine allait bientôt former le nouvel Oratoire.
Le mot fut vite prononcé, u Un jour, écrit le P. Gratry, je reçus la visite de l'abbé de Valrog-er : « N'avez-vous jamais pensé à reconstituer l'Oratoire? » me dit-il... Le soir même, j'en parlai au curé de Saint-Roch, qui fut très frappé de cette idée et qui, dès le premier moment, y vit une ouverture providentielle. On prit jour avec l'abbé de Valroger et quelques autres pour parler de cette fondation. On devait se réunir à Saint-Roch. L'évêque d'Orléans présida la réunion. ' »
Ansi fut projetée la restauration de l'Oratoire.
Seulement, pour répudier les souvenirs gallicans et jansénistes que le nom pouvait réveiller, il fut convenu, sur le conseil du cardinal Fornari, ancien nonce à Paris, qu'il sercdt modifié en celui de l'Oratoire de rimmaculée- Gonception. Tel fut, en eilet, le premier titre de la Gongrégation restaurée; elle le garda jusqu'au décret d'approbation de 1864, qui la désigna définitivement sous celui de l'Oratoire de Jésus et de Marie-Immaculée.
Ainsi, le projet mûrissait et se précisait peu à peu.
Eu 1852, l'heure d'une décision était venue. L'abbé Gratry, après sa démission d'aumônier de l'École normale, avait passé l'année près de 1\F Dupanloup, son conseilhM* et son ami, en qualité de vicaire général d'Orléans. Comme tout homme qui porte une grande pensée, il était
l. Manuscrit inédit.
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agité, il flottait entre la crainte et l'espérance. L'homme naturel hésitait parfois; mais « Dieu le relevait vigoureusement ». Enfin, un jour, il écrivit à M^"" Dupanloup : « J'ai été, depuis hier, éclairé, touché, frappé, délivré, décidé, à un point que je ne puis exprimer. Dieu veuille, ne pas me retirer ceci. Domine, ciistodi hanc volun-, tatem. »
Quant au curé de Saint-Roch, un plus gros sacrifice s'imposait à lui : il lui fallait abandonner sa cure ! Très grave démarche que celle-là! Il ne s'agissait de rien moins que de « quitter une position élevée, enviée, émi-' nemment utile, de laisser là des œuvres florissantes, dont les résultats magnifiques ne pouvaient que s'étendre, et pourquoi? pour s'embarquer dans un avenir incertain, à la poursuite d'un but admirable, il est vrai, mais en tout cas bien difficile, peut-être même impossible à atteindre ' ».
Cependant, 1 aDbe bratry, sans prononcer le nom du curé de Saint-Roch, disait à ses jeunes gens : « Oui, l'œuvre de rOratoire est bonne, très bonne, opportune, nécessaire, et il faut la créer. Mais, personnellement, moi qui veux m'y dévouer tout entier, je suis incapable d'en être ni le fondateur, ni le supérieur. Il n'y a qu'un homme, que je connais, qui en soit capable. Priez Dieu qiie je puisse le décider. » D'autres fois, ajoute le P. Lescœur, sans me faire connaître encore .que c'était sur l'abbé Pété tôt qu'il comptait pour fonder l'Oratoire, il me, disait : « L'abbé Pététot est un saint. Il ne fait rien sans avoir longuement réfléchi, prié, consulté. Mais une fois que son parti est pris , rien ne l'arrête, rien ne le déconcerte, il va tout droit devant lui, renversant tout sur son passage, comme un boulet de canon 2. )>
L'abbé Pététot priait, en effet, et consultait. Il consultait surtout M^"^ Dupanloup et le P. de Ravignan. Car, il ne se faisait pas illusion sur les difficultés de l'œuvre.