Id., ibid., p
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et il hésitait beaucoup, lui aussi. Le P. deUavignan Fencoulageait et finit par le déterminer, et c'est à cet homme de Dieu, pour le dire en passant, que TOraloire doit de s'être relevé en ce siècle. Aussitôt décidé, le P. Pété tôt part pour Rome, où Pie IX le félicite et le bénit. Dès son retour, au grand mécontentement de ses paroissiens et à la stupéfaction de ses confrères, il renonce généreusement aux avantages et aux honneurs d'un poste brillant que des années d'activité féconde lui avaient rendu si cher.
A cette nouvelle, l'abbé Gratry, qui avait employé toutes les forces de sa prière et de son désir à décider son futur supérieur, ne se possède pas d'allégresse. Il écrit à ]\P Dupanloup : « Pour moi, je suis au comble de la joie, et je dirais volontiers : Nunc dimittls. Je préférerais travailler longtemps dans cette société, mais j'accepterais volontiers de la voir fondée et d'y mourir aussitôt. J'attends de là les plus grands biens, si l'on y suit docilement la lumière qui s'efl'orce de nous y diriger ^ . »
Le ton de ses jeunes gens n'était pas moins enthousiaste. « Vous pouvez parler; il n'y a plus de secret, écrivait le normalien Cambier à un jeune avocat de ses amis, son compagnon de demain. C'est hier que le curé de Saint- Roch a remis sa démission entre les mains de l'archevêque, qui l'a acceptée. Dans huit jours toute la communauté de l'Oratoire ici présente sera réunie, et j'espère bien que vous viendrez compléter le nombre. On cherche en ce moment la maison, qui ne peut être que provisoire. On en a déjà deux en vue, quartier Vaugirard. Hier nous avons dîné, M. Gratry, Adolphe Perraud et moi chez le curé, ou plutôt chez notre supérieur, et puis, nous sommes allés nous promener aux Tuileries. Il s'est passé là un de ces entretiens qui mériterait d'être écrit et consigné dans les annales du nouvel Oratoire. Le bon supérieur nous exposa d'une manière quasi ofticielle le but et les conditions de notre institut. Que n'étiez-vous là pour l'entendre ! C'était bien le cas de dire avec les
l. Lettre inC'dite.
LORATOIRË. L IDEAL DU P. GRATllV. 151
disciples d'Emmaûs : Cor erat ardens in nobis, dum laquer etur in via.
« La foule passait au pied de la terrasse où nous étions,) indifférente et distraite; les derniers bruits de la fête expiraient à côté de nous ; et nous, nous nous occupions de régénérer cette foule avide de plaisirs et de divertissements. Ce soir, il y a, encore grafid Conseil aux Tuileries, et ainsi tous les jours, jusqu'à nouvel ordre. Demain, on rédige une note à tous les évêques de France, et une autre que l'on fera insérer dans les journaux, afin qu'on se serve de nos renseignements pour parler de nous et qu'on ne défigure pas notre œuvre ^ . »
Le premier groupe oratorien se réunit d'abord au 21 delà rue de Calais, en novembre 1S52. Il ne se composait que de six membres : le P. Pététot, supérieur, le P. Gratry, le P. de Valroger, chanoine titulaire de Bayeux, âme élevée, esprit éminent, qui apportait à l'œuvre naissante le renom de sa science et un dévouement sans mesure. Les trois autres étaient des jeunes gens : le P. Adolphe Perraud, un disciple de la première heure à l'École normale, qui, depuis deux ans, hésitait entre l'appel de Dieu et la crainte de contrister sa famille, et professait, en attendant, l'histoire au lycée d'Angers; <( esprit d'une prodigieuse facilité 2 », caractère ferme et loyal, et, sous des apparences de froideur, capable des plus généreuses initiatives; le P. Cambier, également sorti de l'École normale, « nature admirable », ardente, exaltée dans le noble sens du mot, éprise d'idéal et de sacrifice, un peu inquiète ; « esprit de fer, qui travaillait un sujet comme une charrue un champ » ; enfin, le P. Lescœur, brillant élève de Stanislas, avocat et licencié es