‹ Le père HeckerChapitre 36 sur 77 · INTRODUCTION LUI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LUI

Tel ne fut pas le cas d'Isaac Hecker. Consciemment ou non, je ne sais et peu importe, il regardait FAmérique comme la plus belle conquête pour la vérité divine, et il revêtait des armes qui étaient de trempe et de marque américaines. Le courant américain, qui depuis un quart de siècle coule si manifestement dans l'océan du catholicisme, remonte, ce me semble, en très grande partie au P. Hecker et à ses premiers coopérateurs. On les accusait alors d'être des catholiques « Yankees »; ce reproche est tout leur éloge.

Le P. Hecker comprenait et aimait les institutions de son pays. Il n'y trouvait rien à reprendre ni à changer : il ne désirait ni la pléthore ni le riche marasme des monarchies ou des empires. Son thème favori, dans ses livres comme dans ses discours, était que la constitution des États-Unis réclame comme base nécessaire les vérités enseignées par l'Église catholique sur l'état naturel de l'homme, en opposition aux erreurs de Luther et de Calvin. La république, selon lui, présuppose la doctrine de l'Église, et l'Église devrait aimer un régime qui n'est que l'exprcsgion même de son esprit. Il comprenait le peuple américain; il Taîmait; il constatait en luide splendides qualités naturelles. Avait -il tort? Sans vouloir diminuer le moins du monde le mal effroyable que produit l'absence du surnaturel, je ne crains pas d'affirmer

LTV INTRODUCTION.

ijue pour Tappréciation et la réalisation des vérités et des vertus naturelles, les Américains ne le cèdent à aucun peuple de l'histoire. C'est, semble-t-il, en vue de former une grande nation et un grand siècle , que le Tout-Puissant a fait de l'Amérique le théâtre d'un si extraordinaire développement des forces et des dons naturels , tant dans l'homme que hors de l'homme; oui, j'en ai la ferme confiance, c'est avec la volonté ultérieure de donner à tout cela le glorieux couronnement du surnaturel. Heckcr le sentait bien ; et ce fut sa mission , de prendre en main ces forces naturelles , qui inspirent à l'Américain tant de respect, d'amour et de confiance, — et de les conduire, par une sage direction de leurs tendances légitimes, au terme même où d'instinct elles aspirent : à la vérité catholique, à la grâce catholique.

Le protestantisme n'est plus qu'un nom et un souvenir. L'esprit de l'Américain s'est replié sur lui-même, dédaigneux des négations et des cruautés doctrinales de la Réforme ; il les sent contraires à lui-même et contraires à la nature. Et c'est maintenant que surgit pour l'Église catholique l'opportunité de se montrer la fille du Dieu qui a créé la nature, en ouvrant, sous les yeux de ce peuple, tani de trésors qu'elle possède et qui peuvent rassasier l'âme de liberté, de raison et d'intelligence en satisfaisant ses plus beaux, ses plus purs ins-

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