‹ Le père HeckerChapitre 4 sur 77 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

catholicisme le plus pur. Quelques années après, il a compris mieux que les plus savants sociologues en quel sens marche le monde moderne el ce qu'il faut faire pour s'y adapter.

Avec une formation aussi personnelle , rien d'étonnant à ce que les Yankees de toute trempe ^ quelles que soient leurs croyances, le revendiquent comme un des leurs; il est connu parmi eux sous le nom d'Hecker, tout court.

Et le fait est qu'il possède leur type , même extérieurement. Le sacerdoce ne lui ôtera rien de son allure américaine : « C'est, écrivait James Parton, dans y Atlantic Monthly en 1868, un gentleman de quarante-cinq ans, grand, beau, robuste et joyeux, doué du talent tout particulier de gagner la confiance et l'estime , talent développé par bien de? années d'exercice » (1). — « Un cachet d'originalité frappait en lui, nous dit le P. Lockhart. Son extérieur n'était pas précisément ce qu'on appelle clé rical... Je l'avais déjà rencontré sur un bateau sanj son costume religieux, et je l'avais pris d'aborc pour quelque commerçant ou patron yankee.. Mais, quand la conversation tomba sur les sujet religieux et qu'il s'anima^ son visage se transfiguri à tel point qu'un artiste eût pu le prendre poui modèle d'un saint François Xavier, se faisant tou

(1) Voir plus loin, p. 348.

PREFACK. XIll

à tous, au milieu des rudes marins qui rentouraient, sur le vaisseau qui le menait aux Indes (1). »

Rien n'est pathétique comme de suivre révolution intellectuelle, morale, religieuse, de sa libre et confiante jeunesse. On voit, dans une sorte de drame intime, Dieu s'emparer de son âme irrésistiblement et la mener, par une impulsion manifeste, jusqu'aux plus hauts degrés de la perfection. Toutes proportions gardées, et avec une différence qui marque bien les temps, il fait penser à saint Augustin. Celui-ci était attiré par Dieu , de la vie corrompue, de l'orgueil de Tesprit, des doctrines extravagantes du paganisme et du manichéisme, à rÉglise; il traversait tout l'espace qui séparait de l'Évangile un Romain de la décadence. Hecker était profondément moral, plein du désir laborieux de la lumière, mais sans règle de foi religieuse et repoussé de l'Église par certains dehors que les catholiques conservent d'un âge qui n^est plus; il a traversé tout l'espace qui sépare de l'Église d'aujourd'hui un Yankee dégagé des institutions accidentelles du passé.

Pendant qu'il suivait cette route par où Dieu l'amenait à Lui-même, il écrivait son journal comme Augustin a écrit ses Confessions, Le même Esprit d'amour et de vérité s'y manifeste par des opérations visiblement surnaturelles, par les élans de

XIV PRÉrACE.

celai qu'il attire, par toutes les émotions de la sensibilité et de rintelligence, par tous les combats et tous les triomphes de la volonté. Si un novelist américain se mettait en tête d'écrire le roman d'une âme en dehors de tout incident extérieur, il ne saurait arriver à saisir le lecteur comme le fait ce journal intime du jeune Hecker à la recherche de Dieu.

Après les écrits où sainte Thérèse constate, avec la rigueur d'un savant moderne, les phénomènes surnaturels dont elle est le sujet, il n'est guère de livres qui nous puissent renseigner plus nettenaent sur les faits de cet ordre que le journal et les écrits de cet Américain du dix-neuvième siècle. On ne s'étonne pas, après l'avoir lu, d'entendre l'évêque Connoly, du New-Brunswick, dire à Pie IX, en parlant de lui et de ses premiers compagnons : « Saint-Père, je ne serais pas du tout surpris que vous eussiez un jour à canoniser l'un de ces Yankees (1). »

Dieu l'a élevé à un état d'âme qui est en dehors du commun, mais que justifie la mission extraordinaire qu'il lui destinait. Comme tous les grands élus de la Providence, il avait parfaitement conscience d'une pareille vocation, et il demeurait assuré d'y répondre dans les temps mêmes où il en semblait éloigné davantage par les circonstances

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