INTRODUCTION LIX
plus belles conquêtes spirituelles. Nous avons quelque tendance à négliger ce fait. Newman a écrit quelque part que dans les chauds pays du Sud, où le soleil brille de tout son éclat, les habitants ne connaissent guère les moyens de se préserver du froid et de Thumidité. Us ont bien leurs jours d'hiver, mais ils sont rares, et l'on juge qu'il ne vaut pas la peine de s'en préserver. On ne sait se chauffer que dans les pays du Nord. C'est ainsi que les protestants, n'ayant à leur disposition que les vertus humaines, ont été amenés à en tirer tout le parti possible : leur seule ressource est de mettre en œuvre ce qu'ils ont; ils sont les cultivateurs anxieux d'un sol ingrat. Les catholiques, au contraire, sentent que Dieu protégera l'Église; et, comme dit Newman, « nous oublions parfois que pour lui plaire et obtenir ses faveurs, il nous faut mettre l'épaule à la roue, user de tous nos moyens naturels jusqu'au bout, sans laisser pour cela de tenir nos regards au-dessus de ces moyens pour puiser notre courage dans l'espérance et dans la foi ». Dernièrement, un spirituel écrivain français nous dépeignait quelques hommes politiques de son pays, agenouillés dans une pieuse retraite, alors que leur présence à la Chambre élait nécessaire pour faire front à rcnnemi. Le catholique du dixneuvième siècle est, dans le monde entier, bien
trop tranquille, bien trop résigné à ce qu'il ap-
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pelle la volonté de Dieu ; ce qu'il sait le mieux faire, c'est attribuer à Dieu même les effets de sa propre indolence et de sa propre timidité.
Le P. Ilcckcr, lui, retroussait ses manches, et mettait la main à la pâte avec une résolution désespérée. C'était vraiment la lutte pour la vie. A quelque heure, à quelque endroit que vous le rencontriez, il était toujours à Touvrage. Sans cesse il regardait autour de lui pour voir ce qu'on pourrait faire. C'était avec une sorte d'impétuosité qu'il accomplissait son œuvre de missionnaire et de pasteur, sortant pour cela de toutes les voies connues. Il haïssait la routine. Peu lui importait ce qu'avaient fait les autres, il ne pensait qu'à ce qu'il pouvait obtenir lui-même. Ses efforts pour la diffusion d'une littérature catholique , sa revue « The Catholic World », ses livres, ses brochures, disent assez son zèle et son énergie. Gréer un journal . quotidien catholique était un rêve favori à la réalisation duquel il n'a épargné ni temps ni labeur. Il a devancé de plusieurs années l'apostolat de nos sociétés de tempérance. La chaire des Paulistes lança de terribles décharges contre le cabaret et contre le cabaretier, à un moment où celui-ci était le grand personnage dans l'État et jusque dans l'Eglise. L'Université catholique de Washington a trouvé en lui un de ses plus chauds avocats. Son zèle , large comme celui de saint Paul même , sa-