LXII INTRODUCTION
Certes, les critiques ne lui ont pas manqué. Qui donc a essayé de faire quelque chose en dehors de la routine sans avoir vu des mains se lever contre lui, des accusateurs méconnaître ses intentions et ses actes? Un vénérable ecclésiastique crut un jour avoir porté un coup redoutable au P. Hecker en lui disant que ses Paulistes devraient bien prendre pour devise le mot paulatim^ c'est-à-dire peu à peu. Le brave homme aurait sans nul doute donné le même conseil à TApôtre des Gentils. Les partisans du « peu à peu » ont trop souvent laissé les roues du char du Christ enfoncées dans Tornière. C'est pour cela que nous nous réjouissons de voir quelquefois des enthousiastes apparaître sur la scène du monde. Les missions des premiers Paulistes, où le P. Hecker donna avec tout son cœur, ont sonné le réveil de ce pays. Aujourd'hui, après trente ou trente-cinq ans, on se les rappelle comme un événement partout où elles furent prèchées.
Notre ami avait la profonde conviction qu'à l'heure actuelle le mot d'ordre doit être l'action individuelle : chacun faisant pleinement son devoir, sans attendre l'impulsion des autres. Il revenait sans cesse sur cette idée lorsqu'il parlait de l'action du Saint-Esprit dans les âmes.
Il y a eu, dans l'histoire, des époques où l'Église, sacrifiant ses avant-postes et ses tirailleurs pour conserver son centre et ses forteresses essentielles.
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— c'était une conséquence nécessaire du genre de guerre qu'elle subissait, — a comprimé fortement l'activité individuelle et a fait mouvoir ses soldats en masses compactes. Alors c'était le rôle et la gloire de chacun^ de marcher en colonne. Aujourd'hui, plus n'est besoin de cette compression. L'autorité de l'Église et de son chef suprême ne court plus le moindre risque d'être méconnue ou obscurcie ; chaque soldat chrétien peut s'élancer à la bataille suivant l'impulsion de cet Esprit de vérité et de piété qui souffle en lui, et sentant que ce qu'il peut il est tenu de le faire. Il y a de l'ouvrage pour tout prêtre, pour tout laïque individuellement, et, dès que la tâche est aperçue, elle doit être accomplie. La responsabilité pèse entière sur chacun ; l'indifférence du voisin ne sert d'excuse à personne. Le P. Hecker disait un jour à un ami : « On compte trop sur l'action des autres; le laïque attend le prêtre, le prêtre attend l'évêque, et l'évêque attend le Pape, tandis que l'Esprit-Saint adresse à chacun ce reproche qu'il nous appelle tous et que personne ne bouge. » Idée originale, comme l'étaient toutes les siennes, comme l'étaient ses méthodes ; il n'y avait chez lui rien de routinier, pas plus en théorie que dans la pratique.
Je ne puis que faire allusion au fait qui a été , si je le comprends bien, décisif dans sa vie : son dé-
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part d'un ordre religieux établi sur des bases anciennes , pour fonder le nouvel institut des Paulistes. J'en dirai tout ce que j'en pense. A mes yeux, la Providence n'est jamais intervenue plus clairement dans la suite de son existence. Je suis moimême présentement occupé des pensées qui, je n'en doute pas, étaient les siennes pendant ce mémorable séjour à Rome où il fut affranchi de son ancienne obédience. L'œuvre de l'évangélisation de l'Amérique demande des méthodes nouvelles. Il est temps de tirer de notre trésor ces « nouvelles choses » dont parle l'Évangile ; assez longtemps nous avons offert les « anciennes » .
Ces méthodes modernes exigent un équipement à la moderne. Le clergé des paroisses conviendra sans peine qu'il ne peut, à lui seul, faire toute l'œuvre que Dieu demande à son Église dans ce pays. II est trop lourdement chargé par les devoirs ordinaires du ministère : instruire le troupeau, administrer les sacrements, bâtir des temples, des écoles, des asiles , ce sont autant de devoirs qu'on ne peut remettre et qui laissent bien peu de temps pour des études particulières ou des œuvres spéciales. En organisant la communauté des Paulistes, le P. Hecker a fait faire un grand pas à la conversion de notre pays. C'est une vue très sage, que celle qui lui a fait établir un corps de prêtres à la fois plus disciplinés que ne l'est habituellement le clergé
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paroissial, et plus souple, plus libre dans ses règles, que ne l'ont été jusqu'à présent les autres ordres religieux.
Nous considérerons toujours Isaac Hecker comme Tornement et le joyau de notre clergé américain, eomme le type qu'il faudrait voir se reproduire le plus possible parmi nous. Sans doute on trouvera encore à améliorer les détails , et ce sera à l'avantage de la religion; mais pour les lignes principales qui constituent la personnalité de cet homme éminent, sachons les conserver avec amour, et tâchons de les reproduire dans la formation de notre futur clergé.
J. Ireland,
Archevêque de Saint-Paul.