CHAPITRE XXV li'apostolat de la presse
Un dimanche matin, traversant Broadway près d'une église protestante fréquentée par le monde élégant, nous vîmes les deux côtés de la rue bordés de voitures, avec les cochers et les valets de pied qui trompaient les ennuis de l'attente par la lecture d'un journal. Tandis que le maître et sa famille se carraient à Fintérieur dans leur stalle bien capitonnée, le domestique, au dehors, étudiait les nouvelles du jour et faisait ses dévotions à Tautel de la Presse, — spectacle bien suggestif pour le réformateur social. Pour un esprit religieux , c'était une invitation directe à V Apostolat de la Presse. Les Philippe de nos jours peuvent, au moyen de la parole écrite , évangéliser aussi bien le cocher ignorant que le maître cultivé.
La presse peut être aujourd'hui le véhicule le plus puissant de la religion. C'est comme une atmosphère où vivent et respirent les hommes de notre temps , et la mauvaise presse est à l'hygiène morale ce qu'est la malaria à la santé publique. Personne ne connaissait mieux que le P. Hecker le pouvoir de la parole; mais il savait aussi que la Providence, en faisant au-
jourd*hui de la presse Tintermédiâire mécanique et universel des communications humaines, Ta clairement désignée comme l'auxiliaire nécessaire de l'enseignement verbal de la vérité. Pas de prédicateur sans presse, pas de presse sans prédicateurs! « Pendant un demi-siècle encore, disait-il, la presse sera le grand champ de bataille pour Tattaque et la défense de la vérité. »
Le P. Hecker résolut de consacrer tous ses efforts , toutes les ressources de la communauté dont il était le fondateur, à inaugurer l'apostolat de la presse en Amérique. Les difficultés des débuts, qui sont inhérentes h toute fondation, puis la guerre de Sécession qui, pendant cinq ans, absorba toute autre préoccupation dans l'angoisse patriotique, entravèrent d'abord ses efforts. Mais le premier avril 1865, il put lancer le Catholic World, dont le but est d'introduire la religion dans l'ordre le plus élevé de la littérature périodique. L'année suivante il fonda la Société de publication catholique, destinée à diriger toutes les ressources de la presse vers une mission apostolique. En 1870 il commença Le Jeune Catholique, égal, en mérite littéraire et entaient d'illustration, aux meilleures publications pour les enfants. Enfin , en 1871 , il pensait à fonder un journal quotidien catholique de première importance , et avait déjà en caisse la moitié de l'argent nécessaire à cette fondation, lorsque sa santé chancelante arrêta Texécution de ce nouveau projet.
Le Catholic W^orW fut regardé comme un essai hasardeux. A l'époque où il parut, les quelques modestes tentatives de Revues mensuelles catholiques aux États-
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Unis avaient depuis longtemps échoué. Le public de ces revues était nécessairement limité. Le clergé, surchargé de besogne, avait peu de temps à consacrer à la lecture; les laïques instruits étaient rares et peu adonnés à l'activité d'esprit en matières religieuses. Presque toute l'Église en Amérique était étrangère , ou de naissance ou d'alliances , et appartenait à la classe ouvrière : « Peu de riches, peu de nobles. » On demandait avec raison au P. Hecker : « Qui engagerez- vous à écrire dans votre revue? Combien de catholiques lettrés, hommes ou femmes, connaissezvous? » On adopta une mesure éclectique et prudente, et pendant quelque temps la revue, à l'exception de la critique littéraire, fut composée de morceaux choisis ou traduits, empruntés à des publications étrangères. Malgré les plus grands efforts pour arriver à produire des articles originaux , trois ou quatre ans se passèrent encore en sollicitations , en pénibles rééditions de manuscrits ; la collaboration infatigable des Pères Paulistes ne faisait, heureusement, jamais défaut. Gomme compensation, le Catholic World a fait connaître au public quelques-uns de nos meilleurs écrivains , et il n'a cessé de mettre les talents les plus remarquables des deux hémisphères en contact avec les catholiques les plus intelligents des États-Unis. Il a présenté la vérité catholique de façon à lui valoir le respect du public américain et il a amené la conversion de beaucoup de ses lecteurs non catholiques. L'intention de son fondateur s'était réalisée ; car cette remarquable revue mensuelle catholique a su tenir son rang) non seulement parmi ses propres rivales, mais
encore parmi les publications identiques dans la littérature protestante. Le P. Hecker resta jusqu'à ses dernières années directeur du Catholic World. Les problèmes sociaux qui avaient tourmenté sa jeunesse y tiennent naturellement une grande place. L'étude de ces problèmes , d'après l'esprit du P. Hecker, forme maintenant un des traits les plus accentués de cette publication.
Le Jeune Catholique était particulièrement cher au cœur du P. Hecker, et les articles les plus goûtés de sa jeune clientèle sont tous sortis de sa plume. Le calcul le plus modéré des publications pour la jeunesse , rédigées dans un esprit purement séculier, porte leur chiffre de vente à des millions. Les plus répandues sont remarquables au point de vue littéraire et artistique ; mais employer pour les qualifier le mot séculières n'exprime que faiblement l'influence néfaste qu'elles exercent. C'est l'extension de l'école antireligieuse jusque dans la famille. Lorsque le P. Hecker, sa bellesœur et leurs associés, fondèrent Le Jeune Catholique , le danger que nous signalons ne faisait que poindre à l'horizon; ils le voyaient venir et s'employèrent de leur mieux à soustraire la jeunesse catholique à des attractions fatales.
La Société de publication catholiquefui fondée Y Sinnée suivante, dans le but de faire tourner au bien de la religion, et spécialement à la conversii)n des non-catholiques, toutes les ressources dont la presse peut disposer. C'était une œuvre de missionnaire par excellence, qui enrôlait le clergé, mais surtout les laïques, dans un apostolat organisé pour éclairer la foi chez les catholi-
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ques et pour la répandre chez les protestants. Son coup d'essai fut la publication de tracts et de brochures présentant les vérités catholiques sous la forme la plus simple. Des sociétés locales à établir de tous côtés devaient acheter ces imprimés à prix de revient, pour les distribuer gratuitement à toutes les classes capables d'en profiter. Plus de soixante-dix mille tracts furent imprimés et plusieurs centaines de mille répandus dans tout le pays, surtout parmi les institutions publiques, charitables et pénitentiaires. Ces tracts étaient fort brefs : en tout quatre pages de petit format; « trois pages de vérité ont parfois réformé toute une vie d'erreur, » avait coutume de dire le P. Hecker. Le tract intitulé : Est-ce honnête, ne contenait que quatre pages de gros caractères. Il fit sensation, et fut soi-disant réfuté par un ministre qui y employa plus de cinquante pages, environ quinze fois le tract lui-même. Cent mille exemplaires de ce tract furent distribués dans New-York. Nous le reproduisons ci-dessous comme un spécimen de ce que l'on peut appeler la tactique agressive et défensive de la controverse catholique.
EST-CE HONNÊTE
De dire que l'Église catholique défend l'usage de la Bible?
Quand chacun peut acheter autant de Bibles qu'il lui plaît dans les librairies catholiques, et peut voir à la première page du volume l'approbation des évéques de l'Église catholique , qui , le Pape à leur tête , encouragent les fidèles à lire la Bible par ces mots :
u Les fidèles doivent être encouragés à lire l'Écriture sainte » ; et cela non seulement pour les catholiques des Ëtats-Unis, mais pour ceux du monde entier.
EST-CE HONNÊTE
De dire que les Catholiques croient qu'un homme, par son propre pouvoir, peut pardonner le péché?
Quand le prêtre n'est regardé par l'Église Catholique que comme l'agent de Notre-Seigneur Jésus-Christ, agissant en vertu du pouvoir à lui délégué d'après ces mots : « Ceux à qui vous remettrez leurs péchés , ils leur seront remis; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (saint Jean, XX, 23)-
EST-CE HONNÊTE
De répéter sans cesse que les Catholiques paient le prêtre pour se faire pardonner leurs péchés?
Quand c'est une chose absolument inconnue dans l'Église ; quand une transaction de ce genre est stigmatisée comme un péché détestable , mis au môme rang que le meurtre, l'adultère, le blasphème, etc., dans tous les catéchismes et les ouvrages catholiques.
EST-CE HONNÊTE
De persister à dire que les Catholiques croient leurs péchés pardonnes par la simple confession faite au prêtre, sans qu'il soit besoin de contrition ni de ferme propos?
Quand tout enfant peut voir le contraire, distincte-