CHAPITRE XXVin Exposé de la situation de TËg^lise
Pendant ses longues pérégrinations à la recherche de la santé, le P. Hecker prêtait une oreille attentive aux plaintes qu'il entendait sortir de bien des cœurs. L'antagonisme des peuples, dû aux différences de race et de tradition, l'état de la religion en Europe et la persécution soulevée contre les catholiques en Allemagne, en Suisse, en Italie, éveillaient en lui le plus profond intérêt; il avait un intense désir de trouver un remède fondamental aux maux dont souffre VÉglise.
Ce qui le surprenait et l'irritait, c'était Tapathie des catholiques au point de vue politique. Une faible minorité d'antichrétiens fait la loi en Italie et en France, et, dans ces anciens foyers du catholicisme^ déploie, contre tout ce qui est sacré , une férocité païenne ; il semblait au P. Hecker qu'elle ne rencontrât chez les catholiques qu'une timide indifférence, une lâcheté coupable, dont ils croyaient s'innocenter en accumulant les pratiques dévotieusea.
Pour étudier cette anomalie et en présenter le remède , le P. Hecker publia une brochure d'une cinquantaine de pages intitulée : Exposé de la situation
de l'Église en face des difficultés, des controverses et des besoins de notre temps. C'est un abrégé des idées qui avaient pris naissance dans son esprit dès son premier séjour à Rome en 1857-58, et qui avaient achevé de s'y développer soit au concile du Vatican, soit pendant ses récents voyages à travers le Vieux Monde.
A quoi pensent donc les catholiques, se demandaitil, de laisser ainsi une poignée d'incrédules imprégner de paganisme la vie nationale, l'éducation, les arts, la politique générale? D'où vient, chez des croyants, une telle faiblesse de caractère?
Et voici la réponse qu'il trouvait : Le type de dévotion et d'ascétisme sur lequel on les forme n'est bon qu'à réprimer l'activité personnelle , cette qualité sans laquelle, de nos jours, il n'y a pas de succès politique possible. L'énergie que réclame la politique moderne n'est pas le fait d'une dévotion comme celle qui règne en Europe; ce genre de dévotion a pu, dans son temps, rendre des services et sauver l'Église, mais c'était lorsqu'il s'agissait surtout de ne pas se révolter.
« L'exagération , par le protestantisme , du principe d'individualité, dit la brochure, a forcément amené l'Église à réagir et à restreindre les conséquences de ce principe, afin que sa propre et divine autorité pût avoir tout son jeu et exercer sans obstacle sa légitime et salutaire influence. Les erreurs et les maux de l'ère de la Réforme eurent pour origine l'indépendance personnelle aff'ranchie de tout joug. Il fallait y opposer le frein d'une dépendance personnelle plus étroite : Contraria contrariis curantur. L'influence de l'Église fut donc, par les circonstances, amenée à s'exercer en quel-