EXPOSÉ DE LA SITUATION DE L'ÉGLISE
portance de né pas confondre ces deux fonctions du Saint-Esprit. Il ne peut venir à l'idée d'un chrétien sincère et éclairé qu'il puisse y avoir contradiction ou opposition entre l'action de l'Esprit-Saint sur les décisions suprêmes de l'autorité ecclésiastique et les inspirations du même Esprit-Saint dans chaque âme. C'est le même Esprit qui enseigne la vérité par l'autorité de l'Église, et qui dispose l'âme à recevoir la vérité enseignée. La mesure de notre amour pour le Saint-Esprit est celle de notre obéissance à l'autorité de l'Ëglise.
<K En cas d'obscurité ou de doute concernant l'objet de la révélation ou l'origine divine de tel ou tel mouvement de l'âme , il faut recourir au divin Instituteur qui parle par l'autorité de l'Église ; car on doit se rappeler, qu'il a été promis à l'Église, dans son premier représentant saint Pierre et subséquemment dans ses successeurs, « que les portes de l'enfer ne prévaudraient jamais contre elle ». Aucune promesse semblable n'a été faite par le Christ au croyant individuel. On reconnaîtra par conséquent , en cas d'incertitude , le chrétien éclairé et sincère , à la promptitude de son obéissance aux décisions de l'Église.
« De ces vérités l'on peut tirer la règle pratique de conduite qui suit : l'Esprit-Saint est le guide immédiat de l'âme dans le chemin du salut et de la sanctification; et le critérium ou le signe que l'âme est guidée par TEsprit-Saint, c'est sa prompte obéissance à l'autorité de l'Église. Cette règle écarte tout danger d'erreur et, en l'observant , l'âme peut marcher, courir, voler, si elle veut, avec la plus grande sécurité
et une liberté parfaite , dans les voies de la sainteté.
« La fin pratique de toute vraie religion est de soumettre chaque âme individuellement à la conduite de TEsprit de Dieu. C'est lui qui se communique à l'âme par les sacrements de FÉglise. Il agit dans l'autorité de l'Église comme l'interprète de la vérité révélée; il agit dans chaque âme comme le principe de la régénération et de la sanctification.
« Une exposition du christianisme qui réunira les conditions extérieures et intérieures de crédibilité produira chez les fidèles une conviction plus intense et plus éclairée de la volonté divine ; elle stimulera en eux une action personnelle plus énergique, en même temps qu'elle ouvrira la porte du bercail à bien des âmes errantes, sinon perdues. L'action croissante du Saint-Esprit, jointe à une coopération plus vigoureuse de la part de chaque fidèle , élèvera la personnalité humaine à une intensité de force et de grandeur qui marquera une ère nouvelle dans l'Église et dans la société , une ère que l'imagination aura peine à concevoir, que la parole aura peine à exprimer, à moins de recourir au langage prophétique.
« U Exposé n'est pas autre chose que la constatation d'un mouvement qui se produit du dehors au dedans, comme au seizième siècle le mouvement se produisait du dedans au dehors. L'Église ayant affermi et développé son action extérieure , ayant fortifié ce qui était attaqué dans sa hiérarchie , peut maintenant reprendre sa vraie voie normale avec une action plus soutenue.
« Indiquons la nature de ce mouvement :
EXPOSÉ DE LA SITUATION DE l'ÉGUSE. 405
« C'est une action croissante du Saint-Esprit dans rame, résultant d'une plus grande attention dirigée vers la vie intérieure et d'une plus parfaite intelligence de cette vie. C'est Fintelligence claire des rapports entre ce qui est extérieur et intérieur dans l'Église; l'action du Saint-Esprit dans l'âme, ainsi que ses dons, remèdes aux maux de notre temps. C'est le développement du côté intelligible des mystères de la foi , et des raisons intrinsèques de croire les vérités de la révélation divine. Ce mouvement provoquera le retour des races saxonnes. J'étudie attentivement les Celto-Latins dans leurs rapports avec le développement de la hiérarchie, delà discipline, du culte et de l'esthétique de l'Ëglise; je scrute les causes du protestantisme , qui sont l'antagonisme et les jalousies de race ; les persécutions actuelles ; l'idée que se font les Saxons de l'Église catholique... Quelle est la raison de leurs préjugés? Ils ne voient que le côté extérieur et humain de l'Église. — Quel serait le remède à tant de maux? Retour des Saxons, grâce à cette nouvelle phase de développement, et à la manifestation qui sera faite à leur intelligence du côté intérieur et divin de l'Église. Évolution de l'esprit des races; dans l'avenir le Saxon surnaturalisera le naturel , le Celto-Latin naturalisera le surnaturel. »
L'idée-mère de cet Exposé est la recherche ardente, sincère et confiante , des moyens propres à éviter la double catastrophe qui menace le monde, à savoir : l'extermination du catholicisme par les Saxons et l'apostasie du christianisme par les Latins. L'union des deux races dans l'Église, avec leur civilisation ot leur
force, est le vrai moyen de répandre rapidement le christianisme dans tout Tunivers.
« Dans V Exposé, je me borne à suivre simplement les traces de TÉglise dans son histoire, dans les Encycliques de Pie IX et dans les décrets du Vatican. L'Église, c'est Dieu agissant directement sur la race humaine, la guidant à sa véritable destinée; c'est là la route de tout vrai progrès. »
Ces idées, expliquées verbalement à tous venants par le P. Hecker dans le cours de ses voyages en Europe, furent rédigées à la fin de 1874, et la brochure fut offerte par lui à la Propagande, à Rome. On n'y trouva rien k redire ; beaucoup de hauts dignitaires, quelquesuns membres de la Congrégation du Sacré-Palais chargée de la censure, l'approuvèrent hautement et voulaient la faire publier sur l'heure; puis au dernier moment les autorités jugèrent cette publication inopportune ; la brochure fut alors envoyée à Londres , éditée sans nom d'auteur par Pickering, et immédiatement traduite en français par M""® Craven. Elle fut publiée à New-York comme article de fond dans le Catholic World en 1887, en tête de V Église et le Siècle, compilation des dernières œuvres du P. Hecker.
Avec l'impartialité et le recul que peut lui assurer sa nationalité américaine dans les questions européennes , l'auteur étudie le problème religieux actuel, surtout au point de vue des races. 11 signale la différence radicale que symbolisent les termes transalpins et cisalpins , latins et teutoniques. Le second de ces groupes favorise plus spécialement les vertus intérieures de la religion; l'autre s'attache principalement aux