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suivre les Hurons. Ses yeux se portaient sur le Jésuite, qui passait sain et sauf derrière les guerriers Hurons. Marchant aussi vite que le lui permettaient ses membres raides et enflés, le père Laval fut bientôt auprès de Fleurdu-matin. Elle serra dans sa main la massue qu'elle tenait, et leva le bras. Le Jésuite lui jeta un regard suppliant; mais l'ame de la jeune fille était en ce moment insensible à la pitié; sa nature sauvage prit le dessus, et elle lai porta un coup terrible. Il trébucha et tomba ; presque aussitôt un des Hurons néophyte le releva et le soutint de son bras. Etourdi, aveuglé par les flèches qui pleuvaient autour de lui, le Jésuite pressait le pas, s'attendant à recevoir le coup fatal qui mettrait fin à ses souffrances, quand soudain il lui sembla qu'une vigueur nouvelle s'infusait dans ses membres, qu'il marchait au milieu de ses persécuteurs d'un pas ferme et sans chanceler, tandis qu'au milieu d'une auréole lumineuse dont il était enveloppé comme d'un vêtement de gloire, une vision d'une beauté céleste apparaissait à ses yeux surpris. La Reine des Cieux, les mains étendues, le regard compatissant, le consolait, l'encourageait, le guidait el le protégeait. Enfin, il se trouva à genoux à côté du poteau, et, avant qu'il eût terminé sa prière d'actions de grâces, la vision céleste avait disparu; jamais elle ne s'effaça de son cœur.
Ce fut un triste spectacle que celui qui s'offrit à lui lorsqu'il jeta ses regards sur le chemin qu'il venait de parcourir. Le grand Huron, le Loup, insensible aux
coups et aux blessures, luttait toujours avec la bande enragée, attirant après lui !& plus grand nombre des poursuivants. Chaque fois qu'il biaisait ou se détour-
| Jésuite, Hurons.
membres de Fleure qu'elle ard supmoment > dessus, t tomba ; leva et le s flèches it le pas, t fin à ses e vigueur archait au ans chaneuse dont oire, une yeux surle regard quidait et à côté du actions de is elle ne
ffrit à lui venait de asible aux la bande >mbre des se détour-
nait, une partie de ses persécuteurs couraient en avant pour lui fermer le chemin ; lui, alors, semblable à un loup, fondait sur eux de toutes ses forces, se frayait un passage, et toujours il rencontrait une nouvelle bande prête à le recevoir. Un groupe de vieilles squaws, armées comme des démons de tous les instruments qu'elles avaient pu trouver, de pierres pointues et aiguës, de couteaux, de bâtons, cherchaient à l'arrêter dans sa course. Il s'élança au milieu d'elles, renversant celle qui se trouvait au premier rang avant qu'elle eût pu l'atteindre ; cette furie se mit à hurler, étreignit les pieds du guerrier et Je fit trébucher. Saisissant alors de ses bras étendus quelques-uns de ses persécuteurs, le Loup les entraîna dans sa chute : les plus rapprochés tombèrent aussi, et celte masse vivante continua la lutte dans une confusion inextricable. On se portait des coups sans savoir si l'on frappait un ennemi. Les guerries Mohawks qui contemplaient cette scène avec plaisir, riaient à gorge déployée. Le Huron parvint à se glisser sous celte masse humaine, et, se retrouvant sur ses pieds, s’élança de nouveau, débarrassé de la plus grande partie de ses agresseurs qui se débattaient encore entre eux ;
ceux qui étaient au dessus, croyaient tenir leur victime,
tandis que ceux qui étaient au-dessous, tâchaient de se
dégager et ajoutaient à la confusion générale. Le Huron
gagnait du terrain.
Le pauvre novice René Bourdoise, exténué de fatigue, souffrant de tout le corps, n’était parvenu qu'à la moitié du chemin qui le séparait du poteau et s'avançait à pas chanceiants. Ah! lorsqu'il avait quitté le beau pays de France, qu'il était loin de prévoir les souffran-
ces et les tortures qu'il aurait à endurer pour l'amour de Dieu dans les déserts de l'Occident. Les compagnons de son enfance parcouraient, eux, les fertiles vallées de son pays natal ; des chansons joyeuses s'échappaient de leurs lèvres, une douce musique retentissait à leurs oreilles, des cœurs aimants les entouraient. Et lui, pour toute musique, n’entendait que les hurlements des Mohawks sauvages prêts à fondre sur sa personne. Cepen dant, se rappelant sa vocation, son engagement solennel, il parvint à se résigner à ses souffrances, étendit les mains vers le ciel, et tâcha d'avancer.
— Mon Dieu, donnez-moi la force de porter ma croix, s'écria-t-il.
Le novice atteignit le ruisseau : il n'avait été que rarement frappé, car les vigoureux Hurons offraient un plus beau jeu à ces chasseurs d'hommes. Les plus jeunes et les plus faibles l’avaient seuls poursuivi, mais, en ce moment, une bande de ces enragés s'élança sur lui, et le pauvre jeune homme tomba sous leurs coups. Ce fut alors que le Loup qui s'approchait de la petite rivière, apércevant le danger du novice, s'élança au milieu de ses persécuteurs et les entraîna à sa poursuite. René Bourdoise se releva ; les Indiens étaient déjà à l'autre extrémité du champ; il traversa le ruisseau, monta péniblement la colline et parvint au poteau. Le Loup avait réussi à prendre l'avance sur sesennemis ; il gagna le haut de la colline et toucha au but. Après lui arriva le dernier Huron.
Les Squaws qui avaient été contusionnées, battues et renversées, s'assemblèrent autour des captifs, et, avec de bruyantes imprécations, menacèrent de la vengeance de toute la tribn ceux qui les avaient si fort maltraitées.
amour gnons allées paient \ leurs |, pour es Mo- Cepen solenétendit
| Cl'OiX,
que raent un Jeunes , en ce ui,et le ut alors , apêrses perurdoise mité du ment la
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ittues et avec de ance de itées.
— Attendons un peu, s'écria l’une d'elle; attendons. Lorsque le Huron sera attaché au poteau, lorsque les flammes s’élèveront autour de lui, nous lui ferons subir des tortures à le faire crier.
— Oui, les femmes Mohawks feront hurler de douleur le guerrier Huron.
Et toutes ces furies se réjouirent à l'avance du sacrifice qui devait avoir lieu. Le Loup les regardait et souriait. ‘
Les prisonaiers furent liés de nouveau, et, lorsqu'on eut accompli les cérémonies usitées au retour de la guerre, on les envoya sous bonne garde à la loge du Conseil, tandis que les guerriers se dispersèrent dans le village, suivis de leurs amis et de leurs admirateurs. Une partie de la bande guerrière appartenait à un autre village; ceux-ci furent conviés à des danses et à des repas, et le soir, contrairement à leurs habitudes, ils partirent, laissant leurs prisonniers qui devaient être jugés en Conseil à une époque assez éloignée.
La forêt qui dominait le village au séptentrion avait un taillis très-épais; son terrain sauvage et rocailleux formait de temps en temps de hautes collines qui descendaient en pentes douces jusqu'au village des Mohavwvks.
Vers la tombée du jour, signalé par le retour de la bande guerrière, un Indien se frayait un passage à travers les broussailles touffues, cffaçant chacun de ses pas, et remettant en place chaque branche et chaque feuille. IL se dirigea vers une des collines les plus sauvages. A mesure qu'il avançait, le terrain devenait de plus en plus rugueux ; bientôt il parvint à un endroit où le roc, formant une saillie énorme et très-escarpée, s'avançait presque au-dessus des arbres. Il s'arrêta un instant au pied de la falaise et en examina la hauteur et le sommet. IL parut satisfait et suivit le pied de la saillie jusqu'à ce qu'il eut atteint un endroit où la pente devenait moins raide et était couverte d'arbustes et de plantes grimpantes qui poussaient à travers ses crevasses el ses ouvertures remplies de terre. Ici il s'arrêta de nouveau, fit entendre un signal auquel on répondit d'en haut, et se mit à gravir le rocher. Près de son sommet, ce rocher se renfonçait et formait une sorte de grotte que les broussailles et les vignes sauvages cachaient com-
avait illeux escenawks.
de la à traes pas, euille.
vages.
lus en le roc, ançait ant au mmet.
qu'à ce moins
grimses ouveau, aut, et ce rote que t com-
plètement d'en bas. Deux formes silencieuses et immobiles étaient assises au fond de la grotte, leurs carabines (1) à leur portée. L'Indien entra, s'assit comme ses compagnons ; puis, après quelques instants, faisant un geste pour désigner le village, il dit :
— Les Hurons et la robe noire sont à la loge du Conseil ; le jeu du gantelet est terminé; les guerriers des autres villages sont partis (ici il leva deux fois ses dix doigts pour indiquer leur nombre); les braves, en ce moment au village, sont au nombre de. {et il leva encore ses doigts jusqu'à ce qu'il eût indiqué quarante); il faut donc attendre.
Les Hurons furent de son avis, et Aliasistari continua :
— Les robes noires sont faibles et meurtries et ne pourront se mettre en route pour la rivière d'ici à quelques jours. Les Hurons devront attendre que les blessés soient en état de marcher aussi vite que le Mohawk, sinon l'ennemi aurait le temps de rassembler les tribus et de nous poursuivre.
— Watook aura peut-être réuni les braves, et sera ici avant un autre soleil, dit après une pause un des Hurons.
— Pied-léger, répondit Aliasistari, il serait plus prudent qu'il attendît avec les guerriers à quelque distance de ce lieu. À une journée de marche du village des Mohawks, il y a un petit ruisseau ; nous l'avons traversé
. sur notre route; qu'il se cache sur son rivage. S'il ap-
(4) C'est le mot que nous avons employé dans Je courant de ce récit; peutêtre mousquet eût élé plus exact, quoique, à la date de cette histoire, peu d'Indiens possédassent des armes à feu. Les Mohawks s’en étaient procurés à une époque antérieure, en commerçant avec les Hollandais.
prochait davantage, un Mohawk errant pourrait découvrir ses traces, et alors tout espoir serait perdu. Nous ne devons tenter l'enlèvement des robes noires, que lorsqu'elles seront assez fortes pour voyager avec nous. Watook et ses braves suivent la piste des Mohawks: il faut que Pied-léger aille à leur rencontre et leur dise de ne pas avancer sans de nouveaux ordres d’Aliasistari.
— Bien, dit le Huron; et ramassant sa carabine, il partit, malgré sa fatigue, de ce pas plein d'élasticité habituel à l'Indien. Les autres demeurèrent à leur place.
Aliasistari et ses compagnons ne quittaient pas le voisinage des Mohawks, mais ils n'avaient pu encore tenter aucun effort pour délivrer les prisonniers. L'occasion de les sauver par la ruse ne s'était pas présentée, et les ennemis étaient beaucoup trop nombreux, cinquante en tout environ, pour qu'on eût recours à la force; il n’y fallait pas songer. Le chef était donc obligé de différer ses opérations pour ces motifs qu'il avait expliqués à ses deux compagnons, et aussi dans l'espoir que quelque nouvelle expédition éloignerait du village une partie des guerriers qui y étaient restés, ce qui lui permettrait de l'assaillir avec les braves que Watook devait ramener. En attendant, il résolut de surveiller de près le village, afin d'assurer la fuite de ses amis si l’occasion ou une ruse quelconque leur venait en aide.
Lorsque les Mohawks avaient été près d'atteindre le but de leur voyage, les Hurons n'avaient plus suivi leur piste, mais s'étaient enfoncés dans la forêt, se dirigeant vers les montagnes qu'ils avaient aperçues d'une hauteur, et où, maintenant, ils se tenaient cachés. L'empreinte d'un pas de renard les avait conduits jusqu'à
décou- . Nous 8, que > NOUS.
vks; il ur dise sistari.
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le voitenter Casion , et les inte en il n'y lifférer qués à e quel- | partie ettrait rame- Jrès le >casion
idre le vi leur igeant e hau- L'emusqu'à
l'entrée de la grotte, et en même temps leur avait donné l'assurance que ce lieu n'était pas fréquenté par l'ennemi. Quittant alors ses compagnons, Aliasistari s'était glissé furtivement Jusqu'au village, et caché derrière un fourré, il avait été témoin de toutes les scènes qui s'étaient passées à l'arrivée de la bande guerrière, Un seul coup d'œil lui avait suffi pour connaître l'état des captifs. Il avait arrêté son plan, et était retourné à la grotte afin de le mettre à exécution. Avec vingt braves, il n'eût pas hésité à attaquer le village, car il savait de quel avantage seraient pour lui l'obscurité et la surprise, contre un ennemi supérieur en nombre, mais entouré de femmes et d'enfants et nullement préparé au combat. Aucune barrière, aucune fortification ne défendait le village; car les Mohawks inspiraient une si grande terreur, que pas un de leurs ennemis n eût osé franchir leur territoire. Malgré toutes ces raisons, Aliasistari avait jugé plus prudent de remettre à quelques jours sa tentative : d'autant plus que les guerriers du village voisin étant partis sans emmener leurs
prisonniers, il paraissait certain que ces derniers, pour
le moment, n'étaient pas exposés au danger d’une exé- Cution Capitale ; à la vérité, la cruauté féroce des [roquois pouvait les porter d'un instant à l'autre à sacrifier quelque victime, mais, contre ce danger, Aliasistari n'avait rien à opposer.
La nuit qui suivit fut une nuit de fête pour tout je village des Mohawks. On célébra la valeur des braves par de longues réjouissances, et le Conseil décida qu’on enverrait des courriers au Fort-Orange, afin de se procurer, au moyen d'une partie du butin .Conquis sur
l'ennemi, ei qui était considérable, de l'eau de feu pour la fête solennelle de la victoire qui devait avoir lieu. Au milieu de toute cette joie, de longues heures d'insomnie furent la part des deux Français. Meurtris, mal couchés, en proie à de grandes souffrances, le sommeil ne pouvait fermer leurs paupières et leur faire oublier leurs peines : il arriva pourtant.
Les Hurons, habitués à prendre leur repos dans n'importe quelie position, s'endormirent dès qu'ils eurent récité leurs prières du soir. Le jour s’éleva gafment audessus du village ; les rayons d’un soleil brillant pénétrèrent dans la loge du Conseil, et se posèrent en bandes dorées sur son parquet de terre durcie. À mesure que l’astre lumineux poursuivant sa course s'élevait dans le ciel, un de ses rayons venait jouer sur le visage pâle du jeune novice dont les lèvres étaient entr'ouvertes et dont tous les traits exprimaient la douleur. Sa respiration, oppressée et précipitée, dénotait la fièvre qui le dévorait. IL dormait toujours; des milliers d'atomes dansaient dans le brillant rayon qui éclairait sa physionomie triste et fatiguée. Près de lui reposait le père Laval. Les Hurons, plongés dans un sommeil profond, étaient étendus par terre; à la porte de la loge était assise la sentinelle, la tête appuyée sur ses mains, jetant de temps à autre un regard perçant sur les dormeurs, et, à part ce mouvement, aussi immobile qu'eux. Le temps s’écoulait; des sons du dehors vinrent annoncer que le village s'éveillait, et, l'un après l’autre, les Hurons sortirent de leur long sommeil, étendirent, tant bien que mal, leurs membres engourdis, et se mirent sur leur séant. La sentinelle jeta sur eux un
eu pour ieu. Au \somnie al coumeil ne er leurs
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rent ans l’autre, ndirent, Is, et se " eux un
coup d'œil, et ne fit pas autrement attention à leurs
mouvements. Les deux Français dormaient toujours.
Enfin, le père Laval ouvrit les yeux. Un moment il re-
garda autour de lui tout étonné, ne comprenant pas où
il était, puis, se relournant, il essaya de se mettre à
genoux, et n'y réussit qu'avec beaucoup de peine. A
son (our René Bourdoise se réveilla, il chercha à se
lever et ne put faire aucun mouvement.
— Ne vous levez Pas, mon fils, dit le Jésuite, vous êtes trop faible ; la prière qui part du cœur est agréable à Dieu, qu'on soit à genoux ou non.
Puis, s'adressant aux Hurons, le père Laval continua :
— Mes enfants, au milieu de nos souffrances, invoquons la miséricorde de Dieu, non pour nos corps qui sont périssables, mais pour nos ames qui sont immortelles. Prions le Père céleste qu'il daigne, par le sang de son Fils, accepter nos souffrances en expiation de nos péchés. Ne nous plaignons pas; nous souffrons, c’est pour la plus grande gloire de Dieu : et, de nos maux, Dieu tirera du bien. Prions donc, joignons- nous de cœur à nos frères de la mission de Sainte-Marie en la célébration du saint sacrifice de l'autel.
Les Indiens écoutèrent en silence, et le Jésuite récita tout haut les prières; plusieurs moments se passèrent ainsi dans le recueillement. Des torrents de consolations divines semblaient se répandre sur le prêtre et son petit troupeau. Absorbés dans une contemplation sainte, ils oubliaient leurs souffrances, et, prosternés en imagination au pied de la croix, leurs peines disparaissaien en présence de la passion infinie du Christ. Le carac-.
tère âpre des Hurons s'adoucissait, et le guerrier indomptable devenait un pénitent contrit.
— Mon père, la férocité des Iroquois est sans pitié; la mort peut nous atteindre à chaque instant, dit le Loup, lorsque la prière fut terminée,
—— Îlest vrai, mon fils, préparons-nous à la recevoir.
Et l'Indien, s'approchant du prêtre, commença sa confession. Lorsqu'elle fut achevée, le Jésuite prononça les paroles d'absolution, en vertu de ce pouvoir transmis par Jésus-Christ à son Eglise : les péchés que vous pardonnerez, je les pardonnerai.
— Allez en paix, dit le prêtre.
Et, l’un après l’autre, les Indiens vinrent s'agenouiller à côté de lui. Dans la simplicité de leur nature, ces sauvages chrétiens avaient maintes fois confessé tout haut leurs fautes, cherchant à s’humilier devant le ciel et la terre, et « montrer, par la mortification de leur orgueil et &e ler amour-propre, leur repentir sincère ; aussi, la présence de leurs frères ies gênait peu en ce moment. Deux d’entre eux n'avaient pas encore reçu le baptême ; ces deux néophytes languissaient après les eaux régénératrices du sacrement. Ils se confessèrent et demandèrent à être baptisés. Hélas! le bon prêtre, dont les pieds et les mains étaient liés, ne possédait pas une goutte d'eau et ne pouvait administrer le baptême.
La pieuse occupation des prisonniers fut interrompue enfin par l'entrée d'un guerrier ; plusieurs autres le suivirent, et bientôt la loge en fut remplie. Un des Mohawks s'approcha du Jésuite, et desserra les cordes qui le garrottaient, puis il ôta celles du jeune novice. Le père Laval resta quelques instants immobile, cherchant
les gnt sau que prié Chr pur au | dan d'or cloc blar d'au
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LE BAPTÈME EN CAPTIVITÉ. ù à à
à vaincre la raideur de ses membres ; pendant ce temps, un Indien entrait dans la loge, tenant à la main un épi de blé fraîchement arraché de sa tige, qu'il,jeta au Jésuite. L'épi tomba à terre. juste sous les rayons dorés du soleil ; sur ses barbes soyeuses, se voyaient quelques Souttes de rosée qui brillaient comme des joyaux à la lumière, et qui étaient en ce moment plus précieuses que tous les diamants de Golconde. Cet épi contenait assez d'eau pour baptiser les deux Hurons captifs. Plein de joie et de zèle, oubliant ses souffrances, le prêtre le ramassa avec joie, se leva el s’agénouilla près des néophÿtes prosternés :
— Oh! mes enfants, la main de Dieu est avec nous. Agenouillez-vous, agenouillez-vous.
Et là, dans cette loge du désert, qu'avaient sanctifiée les prières et les souffrances des fidèles enfants du Sei- Sneur, en présence du Huron chrétien et du Mohawk sauvage, Sans parrain, sans autel, sans autre lumière que celle de Dieu, sans autre encens que celui de Ja prière, le prêtre reçut les néophytes dans le bercail du Christ, dans le sein de l'Eglise, et aspergea, de | pure &u ciel, leurs fronts tournés vers lui. Ce baptême, au milieu de la forêt, en face de la mort, entouré de dangers, avait une solennité imposante. Aucun d'orgue ne vibra pendant la célébration sainte, aucune cloche ne retentit, les néophytes n'avaient d'autre robe blanche que la robe sans tache d’un cœur pur, le prêtre d'autre vêtement que celui da martyre, taché de
— Viennent les souffrances ! vienne la mort!
à rosée
son
sang.
s'écria le
Jésuite, elles me trouveront indifférent, car votre misé-
ricorde a été sans bornes, à mon Dieu!
A peine avait-il prononcé ces mots, qu'un Indien lui ordonna de le suivre. Le père Laval quitta la loge à la porte de laquelle était réuni un groupe de petits garcons ; ceux-ci examinèrent curieusement le prêtre comme il passait au milieu d'eux, mais ne l’insultèrent pas. Son conducteur traversa l'espace découvert qui s’étendait devant la loge et dirigea ses pas vers une tente située à l'extrémité du village, tout près de la forét. Cette rustique demeure était construite à l'aide de perches enfoncées en cercle dans la terre, et inclinées de façon à se réunir toutes au même point, à l'extrémité opposée. Sur cette charpente, s'étendait un dais, fait de peaux de buffles, cousues ensemble avec des fils provenant de tendons de cerf. Cette tente, spacieuse et commode, dénotait l'influence et la considération de son propriétaire. Sur le devant les peaux s ouvraient pour former une entrée, entrée qui se fermait au moyen d'une autre peau de buffle, suspendue en travers, et par laquelle pénétraient l'air et la lumière. Cette tente était fort supérieure à celles qui l'entouraient, lesquelles n'étaient que des huttes grossières recouvertes d'écorces d'arbre. L'Indien fit signe au père Laval d'entrer. Le Jésuite aperçut, étendu sur un lit de peau, le jeune guerrier qu'il avait secouru sur le champ de bataille. Un vieillard était assis auprès de lui; c'était le père de Kiskepila et le chef du village. Le prêtre allait s'approcher du blessé pour lui tâter le pouls, mais le vieillard lui fit signe de ne pas approcher.
Pâle visage, dit-il, dans la langue des Hurons, vous êtes l'ennemi des Mohawks, et, cependant, vous avez essayé de guérir les blessures de Kiskepila.
Le aux vérilé mont
en lui e à la s garomme s. Son endait située Cette erches façon posée.
aux de le tenénotait e. Sur ntrée, eau de traient eure à de des Indien Jerçut, l'avait d était à et le blessé t signe
[urons, L, vous
— Je ne suis l'ennemi d'aucun peuple, répliqua le Jésuite avec douceur; ma mission est de sau de détruire.
— Nes-tu pas l'ami des Hurons? demanda le vieillard.
— Vois-tu le soleil? répondit le prêtre; le Dieu qui l'a créé a voulu qu'il éclaire et le Huron et l'Iroquois. Ses rayons mûrissent le blé dans le pays des Iroquois comme dans les pays situés au delà des grands lacs. Le Mohawk veut-il fermer ses yeux aux rayons lumineux, parce qu'ils éclairent aussi le Huron?
L'Indien ne fit aucune réponse, et le Jésuite continua :
— Le Grand-Esprit aime tous ses enfants, le Mohawk et le Huron; le sage et brave Mohawk veut-il fermer ses oreilles aux paroles du Grand-Esprit, parce que les Hurons les ont déjà entendues ?
-— Pâle visage, le Mohawk écoute la voix de Owa-
neeya; il l'entend dans la forêt, dans les vents et dans les eaux.
ver el non
— Sachem, le Grand-Esprit nous enseigne d'aimer ceux qui nous haïssent ; d'aimer tous les hommes; de répandre notre cœur sur tous, comme le soleil répand sur tous sa lumière.
— Hugh! s'écria le Mohawk, pourquoi le visage pâle
parle-t-il avec une langue fourchue? l'Iroquois frappe son ennemi, et c'est bien.
Et il posa sa main sur son cœur.
Le père Laval, avant que de répondre à cet appel aux passions humaines, opposé comme argument à la vérité de la doctrine chrétienne, fit une pause, puis, montrant le blessé, il dit :
— Kispekila a cherché à prendre la vie du pâle visage.
— Et le pâle visage a sauvé la vie à Kiskepila, interrompit le jeune brave d'une voix émue et profonde. Les paroles de la robe noire sont vraies. Le loup tue le cerf, l'ours le bufile, le faucon la colombe, et le Mohawk son ennemi vaincu. Seul, le pâle visage, la robe noire, panse les blessures de ses adversaires. Son cœur est doux comme la brise d'été.
Un silence s'ensuivit; car l'Indien ne pouvait pas comprendre et apprécier la magnanimité du christianisme. La nature lui enseignait à faire le bien pour le bien: mais rendre le bien pour le mal était pour lui une pensée nouvelle qui, cependant, faisait vibrer dans son cœur des cordes auxquelles ou n'avait pas encore touché; il semblait entrevoir la sublimité du précepte et gardait le silence.
En ce moment, une square entra dans la loge, portant des épis de jeune blé et des haricots rôtis au feu, qu'elle posa à terre sur un paillasson.
— Mangez, dit le chef.
Le père Laval s'approcha, en faisant le signe de la croix pour bénir les provisions simples qu'on lui offrait, et se mit en devoir de satisfaire sa faim. Jusqu'alors on pe lui avait donné que juste assez pour le soutenir, un des modes de torture des indiens étant de priver leurs prisonniers de nourriture, tout en les accablant de souffrances de touies sortes. Le Jésuite, cependant, mangea avec modération. Une gourde d'eau fut placée près de lui; depuis plusieurs heures if n'avait pu assouvir sa soif; il la porta avec plaisir à ses lèvres dessé-
mom Jésui
LA
lu pâle
, interde. Les le cerf, wk son
noire, eur est
ait pas hristiapour le jour lui er dans encore précepte
3e, porau feu,
e de la ioffrait, alors on enir, un er leurs lant de vendant, it placée u assous dessé-
chées. Il se leva, après avoir remercié Dieu, et s'avança vers le lit du malheureux blessé.
— Le pâle visage vient de faire un signe sur son front, observa le chef.
— C'était le signe de la croix, répliqua le Jésuite. Je remerciais le Grand-Esprit de ses dons.
Le Jésuite examina alors les blessures de Kiskepila, et, tout en le pansant, donna l'explication du symbole divin dont il s'était servi. Il dit comment, après le péché de nos premiers parents, Dieu avait envoyé son Fils sur la terre, comment son peuple choisi l'avait flagellé et crucifié, et comment, depuis ce temps, ses disciples se servaient de ce signe pour se rappeler son agonie et sa mort.
— Ugh! chiens! s’écria Kiskepila en secouant le poing.
Le vieux chef écoutait d’un air incrédule.
* Tandis que le prêtre parlait, une jeune fille s'était glissée par l'ouverture de la tente, et, silencieusement, était venue s'asseoir dans un coin obscur avec les autres femmes de la famille. Fleur-du-matin écoutait le Jésuite, mais sans beaucoup le comprendre, parce qu'il parlait dans le dialecte Huron. Elle le regardait avec étonnement bander les blessures de son futur époux. La fureur de la nuit précédente s'était dissipée, et elle se rappelait, non sans un vif regret, les tortures qu'elle lui avait fait endurer au jeu du gantelet. Malgré son éducalion sauvage, son ame était douce, Elle se leva, s’approcha du prêtre, et le regarda en face ; au même
moment, le jeune guerrier lui dit, en lui désignant le Jésuite :
LAVAL
— Fleur-du-matin, la robe noire a sauvé la vie de Kiskepila, tandis que le jeune Aigle tuait ses amis, les Hurons.
Alors, en dépit de ses habitudes et d'une éducation barbare, le cœur de la femme se révéla dans toute la vérité, tel que la uature l'avait fait. Son ame fut saisie de remords, et elle s'élança hors de la tente en jetant un cri sauvage.
Les deux Mohawks se regardèrent d'un air surpris, ne pouvant comprendre ce qui avait pu exciter la sensibilité de Fleur-du-matin ; mais le vieillard dit à voix basse :
— Hugh! c’est le médecin.
Et, secouant la tête, il accusait intérieurement le prêtre d’avoir fait usage de quelque enchantement.
Le père Laval, lui, avait tout compris; il avait reconnu dans la jeune fille celle qui l'avait poursuivi avec tant d'acharnement à la course du gantelet : il continua sa conversation, sans faire attention à ce qui venait de se passer. Enfin, ie Jésuite retourna à la loge du Conseil, et là donna ses soins aux Hurons blessés. René Bourdoise, délivré des cordes qui l'avaient fait tant souffrir, commençait à se remettre de sa fatigue. D'un pas chancelant, il descendit jusqu'au ruisseau, lava le sang qui tachait sa figure et ses mains, et baigna ses pieds enflés. L'eau calma sa fièvre, le rafraîchit et lui donna quelque vigueur. Sur le rivage, il trouva une gourde qu'il remplit, et la porta à la loge aux prisonniers altérés. Le Jésuite l’aida, et les Mohawks, étendus mollement sur l'herbe, se contentèrent de jeter de temps en temps un coup d'œil sur les captifs, pour s'assurer qu ils ne cherchaient pas à rompre leurs liens.
\ ten de | s'ét mer ent voy.
fièvi com ger entr pour la la celle rant et cc Huro grès.
tienc
visag qui le fille,
à l'es
prêtre
coulai le sat matin
Le | puis le l'enfan
vie de is, les
ication oute la saisie jetant
ris, ne sibilité basse :
ent le it.
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Vers le soir, le Jésuite entra de nouveau dans la tente de Kiodego. Kiskepila se reposait sur un monceau de fourrures qu'aurait pu envier un roi. Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis qu'il avait été blessé, et il commençait à reprendre des forces. Le père Laval lui tâta encore le pouls ; il craignait que la fatigue d'un long voyage fait sur une rude litière ne détermint une fièvre qui eût été fatale: mais une préparation savante, composée d'herbes et de racines, avait éloigné ce danger : le pouls était calme et régulier. Alors, le Jésuite entra en conversation avec le jeune brave, et, désirant pour la plus grande gloire de Dieu se familiariser avec la langue des Mohawks, il lui adressa la parole dans celle langue. Il en avait acquis quelques notions durant le trajet qu'il avait parcouru avec ses vainqueurs, et comme ce dialecte ressemblait beaucoup à celui des Hurons, il y avait fait en peu de temps de rapides progrès. Le jeune guerrier l'écouta avec beaucoup de palience, et lorsqu'il s'arrêta, il lui dit :
— Robe noire, vous m'avez appris que les pâles visages aiment tout le monde et pardonnent à ceux qui leur ont fait du mal. Fleur-du-matin, (et la jeune fille, s’élançant d'un groupe de femmes qui se tenaient à l'extrémité de la tente, vint se mettre auprès du prêtre), Fleur-du-matin, lorsque le sang de Kiskepila Coulait, et que son cœur devenait glacé, le pâle visage le sauva d'une mort certaine. Robe noire, Fleur-dumatin est la fiancée de Kiskepila.
Le prêtre posa ses mains sur la tête de la jeune fille, puis les élevant vers le ciel, il murmura une prière pour l'enfant sauvage, mais douce, qui était devant lui :
— Mon Dieu, faites que la lumière de la foi pénètre dans l’ame de cette jeune fille et dans l'ame de tous ceux qui sont ici présents. Marie, mère des afiligés, amenez par votre intercession puissante toutes ces ames égarées à la religion de votre Fils; puis il ajouta dans la langue Mohawk : Ma fille, que la paix soit avec vous!
Le père Laval reprit alors la conversation du matin, en s'exprimant comme il pouvait dans le dialecte . Mohawk. Kiskepila lui prètait une grande attention, et la jeune sauvage, assise aux pieds du malade, ne perdait pas une seule des paroles qui tombaient des lèvres du prêtre.
Après le départ du Jésuiie, le jeune guerrier s’entretint avec Fleur-du-matin du discours qu'il leur avait adressé, en lui expliquant ce qui avait été dit en dialecte Huron ; et puis, comme il est difficile d'exprimer des idées abstraites dans la langue indienne, il médita les passages qui lui avaient paru mystérieux et incompréhensibles. La douceur et les bons soins du missionnaire avaient gagné le cœur du jeune [roquois. Frappé de la vie exemplaire du prêtre qui mettait en pratique les préceptes qu'il enseignait; touché aussi d'un vif sentiment de reconnaissance, Kiskepila écoutait, avec docilité, les paroles du père Laval. Il avait l'intelligence vive, et le fait seul du Jésuite, affrontant de si grands dangers, supportant de si grandes fatigues, de si cruelles souffrances, dans le seul but de répandre sa doctrine, était pour lui une preuve suffisante de la droiture et de la sincérité de ses motifs. La science et l'habileté que le prêtre déployait, lui annonçaient, en outre, qu'il ne pouvait être un homme ordinaire, et le disposaient à croire
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les choses merveilleuses qu'il lui racontait. Souvent, cependant, il s'élevait chez lui des doutes sur plusieurs points importants, et, le lendemain, lorsque le prêtre entrait dans sa tente, il lui adressait des questions.
— Robe noire, vous me dites que le Sauveur est mort; qu'il a été mis au tombeau, et est ressuscité le troisième jour ; je n'ai jamais vu un mort ressusciter ; comment puis-je le croire?
— Mon fils, si la résurrection était un fait ordinaire, elle ne serait pas une preuve de la divinité du Christ, Mais le Sauveur est Dieu; la loi qui condamne tous les hommes à mourir a été faite par lui; et il peut la changer ou la suspendre. Comme homme, Jésus-Christ est mort; comme Dieu-Homme, il est ressuscité. Les hommes de votre tribu croient que les ames des trépassés ne meurent pas; Dieu qui préserve les ames ne peut-il aussi préserver, s’il le veut, les corps et les rendre à la vie? D'un mot ne peut-il commander à la tombe de s'ouvrir, et au corps inanimé de se lever et de marcher ? O mon fils ! aucune loi ne saurait lier le Tout-Puissant, il n'en reconnaît d'autres que celles de sa miséricorde, de sa justice et de sa providence éternelle. Souvent n'a-t-il pas daigné exaucer les prières de ses humbles serviteurs, et, pour eux, n’a-t-il pas opéré des miracles presque aussi admirables ? Un jour, sur les rivages de l'Orient, le bienheureux Xavier s'agenouilla et pria ; le Tout-Puissant l’écouta favorablement, et lorsque le saint prêtre étendit la main et commanda au mort de sortir du tombeau, ce corps inanimé retrouva la vie, la force et la santé.
Une exclamation de profonde surprise s'échappa des