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lèvres de l'Indien attentif, tandis que les femmes s’approchèrent pour mieux entendre les paroles du missionnaire. Enflammé d’un saint zèle, le Jésuite continua d'une voix claire et:ferme :
— La résurrection du Sauveur a mis le sceau à notre salut ; elle a ouvert le chemin qui conduit de la tombe au Ciel!
Puis le père Laval poursuivit en racontant comment la naissance, les souffrances, les miracles, la passion et la mort du Christ avaient été prédits plusieurs siècles avant sa venue, et s'étaient accomplis à la lettre; enfin, il résuma toutes les preuves du christianisme pendant que le jeune guerrier l’écoutait attentivement, et baissait souvent la tête en signe d’assentiment.
— Oui, cela doit être vrai, dit-il, lorsque le prêtre eut terminé ; Kiskepila doit croire.
C'était ainsi que le père Laval saisissait toutes les occasions d'enseigner au jeune guerrier les vérités du christianisme, et, grâce aux rapports qui existaient entre eux, le jeune [roquois l’écoutait avec une docilité qu’on n'avait jamais vue chez cette race féroce. Tout ce qu'il appreuait, il le transmettait à Fleur-du-matin, qui, maintenant, conversait souvent avec le prêtre, et prepait plaisir à entendre ses récits sur les splendides cités de la France et leurs nombreux habitants: récits qui, à son imagination naïve, semblaient aussi merveilleux que les contes de fée. Il lui faisait aussi la description de nos magnifiques églises, du cérémonial imposant des offices qu'on y célèbre pour glorifier et honorer le Créateur, lui expliquant tout, le mieux qu’il pouvait, dans une langue qu'il ne connaissait qu'impar-
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faitement. Quelquefois, changeant de sujet, il lui parlait des rapports moraux de la société chrétienne, lui enseignait les devoirs de la femme, les obligations que la religion impose, la sainteté du mariage et le bonheur de posséder la pureté du cœur et celle du corps. Fleur-du-matin accueillait ses conseils et les gardait dans son cœur; mais sa conversion ne pouvait être l'œuvre d’un jour. En attendant, tout le village s'occupait des conversations que le prêtre tenait dans la tente de Kiodego: des choses mystérieuses et merveilleuses qu'il racontait, et l'on redisait comment il avait affirmé que les robes noires avaient le don de ressusciter les morts. Ces rapports, qui se dénaturaient souvent én se transmettant de bouche en bouche, finirent par rendre le prêtre un objet de grande terreur pour plusieurs ; et ils Commençaient à le considérer commé un médecin ou un
* magicien plus puissant que les leurs. L'humble Jésuite,
ignorant les sentiments qu'il inspirait, poursuivait sés labeurs avec une assiduité croissante.
Chaque auit, le père Laval et le novice étaient liés et enfermés avec les autres prisonniers. René Bourdoise commençait à recouvrer quelque force ; car Fleur-dumatin, qui prenait en pitié ses souffrances, avait étendu ses bontés jusqu'à lui, et lui procurait, comme au père Laval, une nourriture plus forte que celle donnée aux autres captifs. Un peu d'exercice et un repos régulier secondaient les efforts de la nature réparatrice; cependant, quoique la santé des deux Français s’améliorât de jour en jour, ils n’en étaient pas moins en butte à la cruauté des Iroquois et torturés ainsi que leurs compagnons d'infortune; mais, pour ces ames patientes et résignées, ces souffrances étaient peu de chose.
Une semaine était passée, et les guerriers Mohawks ne paraissaient nullement dans l'intention de partir pour quelque expédition de chasse. C'était la lune de la moisson, l'abondance régnait, et l'Indien, lorsqu'il a de quoi suffire aux besoins du moment, ne se préoccupe pas de ceux du lendemain. On attendait le retour des courriers qu'on avait envoyés chercher de l’eau de feu à Fort-Orange. Ils revinrent dans la soirée du sixiéme jour, rapportant la liqueur que leur avait vendue un commerçant Hollandais qu'ils avaient rencontré sur
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leur chemin. Les braves décidèrent que, le lendemain, on tiendrait conseil pour décider le sort des prisonniers; une portion de l'eau de feu fut mise en réserve pour les fêtes qui devraient suivre cette assemblée. Un courrier fut expédié au village voisin, pour inviter ceux qui avaieñt pris part à la guerre.à envoyer une députation au conseil.
Le père Laval, qui s'était déjà retiré à la loge, s’aperçut qu'on faisait des préparatifs dont il ignorait le but ; ils excitèrent son inquiétude. Le Loup comprenait, lui, ce qui allait se passer, et contemplait avec tranquillité tous les mouvements des Iroquois. Le Jésuite lui jeta enfin un regard interrogateur :
— Quelle est la cause de ce bruit, mon fils? Jui demanda-t-il.
— L'eau de feu, répondit laconiquement le Loup. Les messagers sont de retour et les Mohawks seront fous ce soir ; ils tueront, s'ils le peuvent.
— S'ils le peuvent? hélas! qui pourrait les en em- : pêcher? nous devons donc, mes enfants, envisager notre mort comme très-prochaine et nous préparer à la recevoir en chrétiens.
— Cest bien! répondit le Loup avec emphase. Mais tous ne boiront pas, on tirera au sort pour savoir ceux qui seront de garde. Il se peut qu'ils nous tuent, et, dans l'incertitude, il est bon d'être prêt!
La porte de la loge du Conseil fut fermée, solidement attachée, et, pour mieux protéger les prisonniers contre la fureur des Indiens enivrés, la garde fut doublée. Le bruit du dehors augmentait et devenait étourdissant. On avait mis en sûreté la portion la plus considérable
de la liqueur, en sorte que l'énivrément des braves ne pouvait atteindre ce point de frénésie où toutes les passions du sauvage se déchaînent et où il devient altéré de sang. Cependant, de temps en temps, quelque Indien, l'œil enflammé, le pas chancelant, s’approchait de la loge et tâchait de pénétrer jusqu'aux prisonniers ; mais la sentinelle, placée à la porte, le détournait adroitement et le renvoyait en plaisantant. Pour plus de sûrelé encore, on avait Ôté aux buveurs toutes leurs armes ; il n'était pas probable qu'ils cherchassent à les reprendre.
La nuit était venue, et l'orgie continuait à la lueur des feux. Cette lumière éclairait en plein la façade de la loge, jetant dans l'ombre le derrière du bâtiment et les autres tentes. La majeure partie des habitants était rassemblée sur la grande place, et s’'amusait à regarder les gestes et mouvements des buveurs. Lorsque l'orgie fut à son comble, un homme sortit de la lisière de la forêt, et, s'avançant à l’ombre, se dirigea en rampant vers la loge. Là, il se blottit contre les perches qui formaient le grossier bâtiment; il était à peine visible à l'œil le plus pénétrant, et resta quelques instants immobile. A peine le Loup venait-il de s'étendre sur la terre durcie, qu'il entendit comme le bourdonnement d’un insecte sortir de la perche contre laquelle sa tête était appuyée. Ce bourdonnement se prolongeant d'une façon singulière, il y répondit en imitant le même son.
— Huron? dit une voix basse et distincte qui ne pouvait être entendue que du guerrier étendu.
— Le Loup, répliqua l'autre en se nommant.
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— C'est bien! répondit la voix du dehors, que le Haron reconnut pour celle d'Aliasistari. Le Conseil doit-il se réunir ce soir? demanda le chef après une pause.
— Non; demain, dit le Loup.
—— La robe noire est-elle assez forte pour se mettre en route?
— Oui; mais le Mohawk est alerte et vigilant.
— Le Huron pourrait-il se sauver de la loge avec l’aide d’Aliasistari?
— Îl y a une ouverture en haut, mais nous sommes tous liés et garrottés.
— Le couteau d'Aliasistari coupera les liens.
Il y eut un instant de silence, durant lequel le chef s'occupa activement à déplacer un bloc qui remplissait un espace laissé entre deux perches.
— Que le Loup s'approche, le couteau tranchera les cordes, ajouta Aliasistari, lorsque le bloc eut cédé à ses efforts.
En ce moment, deux braves, qui étaient de garde, craignant qu'il n’arrivât quelque malheur du côté de la loge où il existait une ouvertare, vinrent à cet endroit pour l’examiner. Ils marchaient en causant, et étaient tout préoccupés des événements du jour.
— Le pâle visage est un grand magicien, disait l’un ; les braves de la tribu ne l'épargneront pas dans le Conseil ; car il pourrait gâter la moisson et jeter un sort sur les terres de chasse.
— Le grand Huron sera torturé, reprit l'autre.
— C'est probable; personne ne les adoptera, et il faut qu'ils soient torturés, les chiens.
— Le Conseil en décidera demain; Kiokba voudrait qu'ils fussent tous condamnés à la torture. Quant aux désirs de Kiodego, personne ne les connait.
Les deux Mokawks efileurèrent en ce moment Aliasistari, qui s’effaça, autant que possible, et demeura immobile comme le bois lui-même.
Cette conversation lui apprit qu'on attendait avec anxiété la réunion du Conseil, et qu'on n'était pas d'accord sur le sort réservé au Jésuite. Un hurlement sauvage vint interrompre les deux Mohawks, et ils s'éloignèrent. Les buveurs, ayant épuisé la liqueur qui leur avait été distribuée, s'étaient mis à la recherche de celle qu'on tenait ea réserve, et l'ayant découverte, ils avaient désarmé ceux qui la gardaient et s’en étaient emparés. Quant au chef Huron, il venait de se remettre à la besogne avec plus de hardiesse, lorsqu'il fut de nouveau interrompu. Les Indiens, à qui on avait confié la garde de la loge, l'avaient laissée sans défense pour voler au secours de leurs camarades. Quelques Mohawks à moitié ivres s’aperçurent de cet abandon et s'élancèrent vers la loge dans l'intention de sacrifier immédialement les prisonniers. Les vieilles femmes s'étaient procuré leur part de rhum, et, complètement ivres, elles . accoururent se mêler à l'orgie ; la place présenta bientôt un spectacle digne d'un pandémonium. Les feux jetaient une lueur sinistre sur toutes ces créatures qui s agitaient et vociféraient comme des forcenées. D'un côté, on voyait des groupes, disputant aux sentinelles les dernières gouttes de l’eau de feu; de l’autre, des ivrognes furieux se battant entre eux. L'Indien, grave et solennel, s'était transformé en brute ; quelques-uns, semblables à des
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idiots, souriaient et regardaient le feu d’un œil fixe, tandis que d'autres, les »lus féroces, s'avançaient vers la loge, ne révant que l'assassinat. Ils allaient atteindre l'ouverture qui n'était pas gardée et ne pouvait leur résister. En ce moment, un homme d'une force herculéenne sembla surgir du milieu de la foule : deux coups portés par un bras terrible renversèrent les premiers en avant, et les autres tombèrent sur ceux-ci en vociférant. L'être mystérieux profila du désordre pour regagner sa cachette; car, les cris de la multitude ayant été entendus de la garde, elle s'était empressée d'accourir afin de soustraire les prisonniers aux dangers qui les menaçaient. Les sentinelles reprirent leur poste et redoublèrent de vigilance. En quelques instants, Aliasistari eut atteint la lisière de la forêt où il resta en observation. Il fallait renoncer, pour cette nuit, à l'espoir de faire échapper les prisonniers; quelques-unes des sentinelles sélaient postées dans la loge; d'autres, ne pouvant apaiser le tumulte, avaient abandonné la liqueur qui reslait, et, peu à peu, les buveurs se trouvèrent plongés dans le sommeil de l'ivresse.
Aliasistari, convaincu que les prisonniers étaient à l'abri de tout danger jusqu’au moment où le Conseil déciderait de leur sort, alla rejoindre ses compagnons dans la grotte. Il n'avait aucun doute sur le sort réservé au père Laval et an Loup, c’est pourquoi il résolut de tenter tout de suite leur délivrance et de risquer le tout pour le tout. Il fallait gagner ou tout perdre. Comme Pied-léger n'était pas de retour, il en conclut qu'il avait rencontré Watook, et qu'ils attendaient tous ensemble au rendez-vous indiqué. En conséquence, il envoya le
Huron qui était resté près de lui à la recherche des guerriers, avec ordre de les ramener au plus vite ; toutefois, même en se hâtant, ils ne pouvaient arriver avant la soirée du lendemain. Le Huron partit, et Aliasistari resta seul. Il s'agenouilla et pria. Lorsque tout bruit eut cessé, le père Laval demeura longtemps encore absorbé dans de pieuses méditations. D'un fort tempérament, endurci à la fatigue, il n'avait pas tardé à se remettre de sa longue et pénible marche à travers les forêts, tandis que le novice se ressentait toujours des souffrances qu'il avait eu à subir. Les Hurons, instruits de la présence de leur chef dans les environs, savaient aussi combien il y avait peu de chances qu’Aliasistari réussit à les délivrer, et ils se préparaient au sort fatal qui les attendait. Ils cédèrent enfin au sommeil, et s'endormirent, le cœur content, se confiant en la bonté et en la miséricorde du Seigneur.
Dès le matin, on se prépara pour le Conseil. Les physionomies refrognées de ceux qui avaient passé la nuit dans la débauche étaient pour les prisonniers d'un mauvais présage. Plus d'un regard méchant et féroce fut jeté sur eux. Vers midi, arriva la députation du village voisin, composée de deux ou trois braves seulement ; les autres guerriers vainqueurs étant allés au Fort-Orange échanger leur butin contre de la poudre, du plomb, du rhum et d'autres articles de commerce.
On reçut ces députés avec beaucoup de pompe et de cérémonies ; on leur offrit ce que le village avait de meilleur, et on les conduisit ensuite à la loge du Conseil, où la séance s'ouvrit avec une grande solennité. Les plus distingués, comme les plus âgés des braves,
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se placèrent en cercle au milieu de la loge, et les autres prirent rang derrière eux. En entrant, chacun se rendait à sa place au milieu du silence le plus profond. Enfin, arriva lé vieux chef, On fit passer de main en main le calumet, et, à un signe de Kiodego, le brave qui avait dirigé tous les mouvements de cette cammpage, se leva, et adressa un discours à l'assemblée. Sa parole, d'abord douce et contenue, s'élevait à mesure qu'il avançait dans son récit, et ses gestes devenaient de plus en plus animés et pittoresques. Il portait une espèce de manteau de peau, tombant au-dessous des hanches et serré autour de la taille; un collier, fait de griffes d'ours, était suspendu à son cou ; la peau d'un serpent entourait son bras ; les plumes d'un aigle ornaient sa tête, Son visage était hideux, teint de bandes rouges et noires à la partie inférieure, tandis que la partie supérieure était d'un vermillon éclatant. Tout en parlant, il désignait tour à tour les prisonniers; enfin, il arriva au Jésuite.
— Pourquoi, dit-il, a-t-il quitté son pays, la terre de ses aïeux ? Pourquoi, traversant les grandes eaux, estil venu dans les forêts des hommes rouges? Sa nation s'est établie chez nos frères du Nord, et, depuis, hélas! nos frères sont devenus des femmes : on a transformé les Hurons en chiens; on les a forcés À renier le Grand- Esprit et à combattre cohtre ceux de leur race et de leur couleur. La robe noire est un magicien ; il parle, et les guerriers versent des larmes; les Hurons sont ses esclaves. Oui, c'est un grand magicien, Quel sera le sort du pâle visage ?
Le chef s'assit, et un silence de quelques instants succéda à son discours.
Enfin, un guerrier se leva, et dit d’un accent irrité :
— Qu'il meure ! La voix de Kiokba demande que le pâle visage périsse sur le bûcher; ses charmes ont anéanti les Hurons, ont éloigné de nos forêts les buffles et les cerfs bondissants. Sa nation a abattu les forêts magnifiques de la grande rivière. Kiokba a vu la robe noire se faire sur le front un signe que nos frères blancs du Fort-Orange disent être un acte coupable, un maléfice. Si les chefs épargnent le visage pâle, il amollira les cœurs de nos braves et les rendra faibles au combat; ils se soumettront à sa nation et deviendront esclaves, comme les Hurons. Il faut que le pâle visage meure!
Plusieurs guerriers inclinèrent la tête en signe d'ad- : hésion.
— Gardons le grand magicien avec nous, dit un Indien qui n'avait pas pris part à l'expédition guerrière, mais qui avait entendu parler des conversations du prêtre, gardons-le dans notre tribu; il deviendra notre frère et nous lui donnerons notre blé le plus mûr.et les plus gras de nos daims. Construisons-lui une loge, et il aimera les Mohawks, et il les rendra victorieux, et il les protégera.
Un sourire de mépris passa sur les lèvres de Kiokba, et il répondit :
— Mon frère est un conseiller habile; il est sage et brave auprès du feu du Conseil ; a-t-il besoin d'un magicien pour devenir courageux? Kiokba ne craint pas le magicien. Il a combattu les Hurons et les Français. Il faut que le pâle visage meure.
Plusieurs guerriers se levèrent et parlèrent pour et contre la mort du Jésuite. La discussion s'échauffait, lorsque Kiodego intervint :
| irrité :
elepâle anéanti s et les magnibe noire ancs du naléfice.
Ilira les combat ; sclaves, eure |
ne d'ad-
Lun Inerrière, ions du ra notre mûr .et loge, et ux,et il
Kiokba,
sage et l'un mant pas le nçais. Il
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— Mes frères, dit-il, on a demandé pourquoi le père la Robe-Noire est venu dans notre pays et pourquoi il s'enfonce dans nos déserts en semant ses Charmes autour de lui. Qu'il réponde lui-même. Qu'on lui ôte ses liens et qu'on l'amène,
Un jeune guerrier s'empressa d'obéir, et conduisit le prêtre au milieu du cercle,
— Parlez, Julhasagar (1), dit froidement le vieux chef, comme si, pour la première fois, il entendait le prêtre parler de sa mission. Parlez, qu'êtes-vous venu faire dans notre pays? que cherchez-vous?
Le père Laval inclina un instant la tête. comme pour prier, puis il répondit :
— Chef, je cherche des ames ; je viens travailler pour mon Maître ; je viens prêcher la foi, instruire les ignorants. Ma mission est une mission de paix, elle concerne les ames et non les corps. Je viens apprendre aux hommes à modérer leurs passions, à dompter en eux l'esprit du mal, et à marcher dans les voies de la vertu et de la justice. J'ai traversé les eaux mugissantes pour porter’ à l'infidèle la parole de l'Evangile et pour planter dans le désert la sainte croix du Christ. Vous demandez dans quel but je me dirige vers l'Occident, c'est dans le but de gagner des ames au christianisme. Mais, chef (et ici la voix du missionnaire devint pleine et sonore, et si harmonieuse, que l'oreille du sauvage en fut charmée ;
en même lemps son corps se redressa, il étendit les bras devant lui), mais, chef, le Grand-Esprit, dans sa sagesse suprême, m'a uétourné du chemin qui conduit
(1) Habitant du pays de l'Aube matinale.
LAVAL
au pays des Hurons, et m'a amené aux villages Mohawks. Devenu captif, je me soumets à la volonté de mon divin Maître, et je prêche le christianisme à l'Iroquois ; je prêche Jésus crucifié ; écoutez ma parole.
De profondes acclamations s'échappèrent du sein de l'assemblée, puis chacun resta dans:une attente pleine de calme.
— Vous êtes dans les ténèbres, je vous apporte la lumière; recevez-la.
Alors, il leur raconta comment Dieu, après avoir créé le monde, y avait placé l'homme comme seigneur de toutes choses ; il leur parla de la chute d'Adam ; de la Rédemption du saint Evangile; de la mission donnée aux apôtres et à leurs successeurs d instruire toutes les nations et les baptiser au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ; il leur dit comment cetle mission avait été scellée par des miracles; les aveugles avaient recouvré la vue, les boiteux avaient marché, les morts avaient ressuscité. Puis il leur peignit, en couleurs brillantes, les joies célestes réservées à ceux qui croient en Dieu, l'aiment et le servent; et les terribles tourments qui attendent ceux qui restent sourds à sa voix et lui désobéissent. Les yeux des Hurons s'illuminaient d'une joie sauvage en voyant l’étonnement des Mohawks, et : le Jésuite continua : ;
— Telle est la religion que je viens prêcher, telles sont les nouvelles que je vous apporte; si J'ai quitté les terres de l'Orient, c'est nour enseigner l'Evangile ‘aux enfants du désert. Le Grand-Esprit vous parle par ma bouche; écoutez et croyez!
Le père Laval se tut, et, pendant quelque temps, un
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silence profond régna dans l'assemblée. Enfin, Kiodego dit :
— Mon frère a bien parlé, c'est un sage; mais il nous a dii des choses extraordinaires : comment pouvons-nous les croire?
— Il a la langue fourchue; c'est un menteur, observa Kiohba.
— Nous nous contentons de notre Dieu à nous, s'écria un autre, de notre Dieu de la guerre, Wacondak ; le Dieu du grand magicien a transformé les Hurons en lâches ; le Dieu des Mohawks rend brave au combat, Le Mohawk ne veut pas du Dieu des pâles visages.
Et les cris de ceux qui désiraient la mort du Jésuite devinrent bruyants, tandis que la voix des guerriers, disposés à accorder un délai, sinon une grâce complète, ne pouvait se faire entendre. Le sort du Jésuite parut décidé : un Mohawk, à un signe du chef, s'approcha du prêtre, et, le forçant à se mettre à genoux, commença à lui peindre la tête et le visage. C'était le signal de sa mort. La foule poussa des cris de joie ; elle se réjouissait à l'avance du spectacle de la torture. En ce moment, il se fil un mouvement parmi les personnes qui encombraient la porte; elles s’'agitèrent, et laissèrent un passage libre jusqu'an centre de la loge. Appuyé sur le bras d'un guerrier, Kiskepila, faible et chancelant, ses blessures encore bandées, s'avança à pas lents. Les yeux du jeune chef étant tombés sur le groupe placé au milieu du cercle, une exclamation sortit de ses lèvres. Avec l'énergie d'une ame forte, il quitta le bras qui le soutenait, et marcha seul jusqu'au cercle; d’une main, il écarta le Mohawk; il appuya l'autre sur le front
du Jésuite. Un silence de mort régna dans la salle ; aucune main ne tenta d'arrêter ses mouvements; aucune voix n'osa S'élever contre lui. Tous regardaient avec étonnement le jeune guerrier, dont l'œil étincelant errait de l’un à l’autre.
— Kiskepila est un chef, dit le jeune Aigle, quel est celui qui voudrait lui résister? Les Hurons ont pris la fuite devant le bras de Kiskepila, n’aura-t-il donc pas voix dans les Conseils de la tribu? Restera-t-il muet lorsqu'on écoute le Fanfaron, et il montra Kichba. Kiskepila vient demander aux chefs d'épargner le pâle visage.
Il attendit la réponse à ses paroles, il n'en reçut aucune. Enfin, Kiohba dit froidement :
— Les chefs et les braves ont parlé; le visage pâle mourra; voyez, il porte déjà sur son front la peinture de la mort.
Le jeune homme se détourna avec dédain de celui qui venait de parler, et porta ses regards sur le cercle. Les traits des Mohawks étaient impassibles ; ils restaient muets. Kiohba triomphait.
— Mes frères, dit Kiskepila, l'œil enflammé d'indignation, mes frères, Kiskepila avait été blessé et laissé mourant sur le champ de bataille; le visage pâle est venu fermer ses blessures et lui donner à boire. Kiskepila doit la vie au pâle visage et il veut acquitter sa dette. Que Kiohba montre sur sa poitrine la cicatrice d'une blessure faite par un Huron, ou qu'il fasse voir à sa ceinture le scalp d’un ennemi.
L'Indien ne fit aucune réponse. Les yeux des vieillards se tournèrent vers le Jésuite, puis se fixèrent sur
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d'indiet laissé pâle est re. Kiscquitter la cicail fasse
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le chef, comme pour lui demander la confirmation d’un
récit qui leur paraissait si étrange.
— Les paroles du jeune chef sont vraies, répondit-il: le visage pâle a fermé les blessures de Kiskepila ; il lui a sauvé la vie. La robe noire était une colombe sur
le champ de bataille; une colombe parmi les aigles.
Il y eut un nouveau silence. Le Jésuite, absorbé dans la prière, demeurait indifférent à la scène qui l’entourait ; de temps en temps, il rencontrait l'œil brillant du Loup, qui, la tête penchée en avant, écoutait avec
intérêt les paroles du jeune chef Mohawk.
— Le Conseil a parlé, dit Kiohba, qui craignait de voir les guerriers changer d'opinion; le Conseil a parlé: il faut que le pâle visage meure. C'est avec justice, car il a ensorcelé Kiskepila ; il a fait du Mohawk un Huron,
— Chien! vous mentez, s'écria le jeune chef fu-
rieux.
— La langue de Kiohba n'est pas fourchue, dit l’autre froidement, comprenant tout l'avantage que lui donnait l'impétuosité de son adversaire. Que les chefs en soient juges : Kiskepila ne pouvait marcher seul jusqu'à la loge du Conseil, et voyez, il se tient comme s’il n'avait aucune blessure ; c'est grâce aux enchantements du magicien au pâle visage. Il faut que la robe noire meure,
ou les guerriers deviendront des femmes.
Les vieillards regardèrent, en secouant la tête, la taille noble et élevée du jeune brave, dont les blessures profondes et dangereuses étaient couvertes de bandages fraîchement appliqués. C'était la force morale qui soutenait le jeune chef, non une force physique. Kiohba vit avec joie l'impression qu’il avait produite.
Le jeune homme s'adressa de nouveau à l'assemblée, et, d'une voix moins forte, il dit :
— Kiskepila doit la vie au pâle visage, le pâle visage ne mourra.pas. Kiskepila l'adoptera comme son frère, et remplacera ainsi celui qu'il a perdu. Il demande pour frère le pâle visage.
Kiohba sourit ironiquement, et répondit, en montrant le vieux chef :
— Le père peut demander le prisonnier, s'il veut l'adopter pour son fils. Que le chef parle; veut-il prendre chez lui le sorcier qui a changé le cœur du jeune Aigle, lui qui était autrefois le plus brave des Mohawks?
Plongé dans une attente pleine d'angoisse, le jeune guerrier ne fit aucune attention à ce sarcasme. Le vieillard réfléchit un instant, puis répondit avec fermeté :
— Kiskepila était un guerrier, un Mobawk. Il a aujourd'hui un cœur de Huron. Il a écouté les paroles du pâle visage. La robe noire est un sorcier. Le père de Kiskepila ne veut pas le réclamer, qu'il meure.
La tête du jeune chef s'inclina sur sa poitrine.
— Qu'il meure, répéta Kiohba avec dérision; il ajouta : Il vous dit que son Dieu ressuscite les morts, qu'il demande au grand Champlain de s'élever de la tombe pour le protéger? Nous verrons si son Dieu viendra au secours du pâle visage, lorsque les flammes envelopperont son corps blanc ?
— Vous demandez un miracle, répliqua doucement le père Laval ; vous demandez à mon Dieu de ressusciter les morts; ce miracle, il l'a déjà fait, il peut le faire encore. Il a ouvert les tombes muetles; il a commandé aux morts de se lever, etils sont revenus à la vie pleins
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| veut prenjeune awks?
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ment citer 8 enandé leins
de santé et d'énergie; il a fait cela à la prière de ses saints serviteurs. Moi, je ne suis qu'un de ses humbles disciples. De quel droit demandez-vous au Dieu qui vous à créé, des signes et des miracles? Votré demande n'est pas la prière d’un croyant, ce n'est que la dérision d'un impie.
La voix indignée du Jésuite se tut. Après une pause de quelques instants, un Indien s'approcha de lui et complèta le barbouillage de sa tête et de son visage. Ce signe de la condamnation fut reçu avec joie par quelques-uns. La plupart des sauvages commençaient à craindre les effets de la puissance qu’on attribuait au prêtre; mais le Conseil, quoiqu'il gardât toujours son aspect grave et calme, était surexcité ; aussi le novice et les Hurons furent-ils condamnés à la torture sans hésitation. Le père Laval, le Loup et deux autres Hurons devaient subir leur peine le lendemain en face de la loge du Conseil, tandis que René Bourdoise et les autres Hurons seraient conduits dans l'autre village pour être torturés à leur tour. Les captifs se résignèrent à leur sort avec calme, et les Hurons regardèrent avec indifférence les préparatifs qu'on commença aussitôt en exécution du décret du Conseil qui se dispersa.
Lorsque Kiskepila vit que tous ses efforts étaient infructueux, il prit le bras du guerrier qui l'avait conduit au Conseil: ses forces l'abandonnaient, et il retourna silencieusement à sa tente, déterminé à n’être pas spectateur des souffrances qu'il ne pouvait empéche” ni alléger. Fleur-du-matin avait attendu avec “ ‘tience la décision du Conseil, et pleura sur le sori de la robe noire; se rappelant cependant les su-
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blimes leçons de patience qu'il lui avait enseignées, elle sut contenir sa douleur.
Le messager d’Aliasistari traversa la forêt dans la direction de l'endroit où devaient être cachés les braves. Les étoiles brillaient au ciel; un regard jeté de temps en temps vers elles suffisait pour le guider. Sans se lasser, sans s'arrêter, il franchit d’un pas accéléré les montagnes et les collines, les plaines et les marais. Miouit arriva ; le coureur ne ralentit pas sa course ; ses pieds chaussés de mocassins bondissaient légèrement sur le gazon touffu. L'obscurité se dissipa au pâle crépuscule du matin, le jour succéda au crépuscule, et le Huron poursuivit toujours sa marche. Enfin, il s'arrêta au sommet d'une petite colline, au pied de laquelle coulait une eau claire et transparente. Il chercha sur ses rives et dans la forêt adjacente les traces d'un étre vivant, il n'en découvrit aucune. Pendant un instant, il explora du regard le bois, puis le rivage; appuyé sur sa carabine, il observait minutieusement le courant, lorsque son attention fut attirée vers une jeune branche couverte de feuilles qui flottait sur l’eau. Un vent léger la poussa près de la rive, et l’indien la prit, à l’aide de son arme. La branche était fraîchement cueillie et avait dû être arrachée et non coupée. Le messager, la carabine sous le bras, remonta le ruisseau, ayant soin d'effacer l'empreinte de ses pas. Îl continua ainsi sa roule pendant quelque temps, portant ses regards tantôt sur la forêt, tantôt sur le sable, pour tâcher de découvrir une empreinte. Tout à coup il s'arrêta, et se pencha pour examiner le terrain de plus près.
nées,
ans la r'aves.
temps ns se 6 les arais.
urse ; gère- : pâle scule, fin, il d de cher.
races dant rage ; nt le une l'eau.
en la fcheapée.
ta le pas.
porable, coup n de
— Hugh! Pâle visage! s'écria-t-il.
Les pas se détournaient du ruisseau. Marchant avec
précaution de manière à ne pas effacer les empreintes, il les suivit jusqu'au bord de l’eau, puis. examina les
. buissons qui poussaient dans cet endroit; ils étaient
de la même espèce que la branche qu'il tenait à la main. Il reprit alors la piste qui le conduisit jusqu’au sommet ‘de la montagne. Un léger sifflement vint frapper son oreille, il s’arrêta Pour écouter, puis avança avec grande précaution. Sur une. éminence qui dominait la forêt du côté des villages Mohawks, il aperçut, at pied d'un arbre, un homme blanc occupé à façonner une Corne à poudre d’une énorme corne de bœuf. De temps en temps, il la Comparait avec celle qui était suspendue à sa ceinture, et se remettait à l'ouvrage. Tout à coup, comme frappé d'une idée subite, il porta la corne à ses lèvres et en tira un son qui fit tressaillir le Huron. Pour mieux former l'ouverture, il donna encore quelques coups de canifs, puis fit sonner de nouveau son instrument et parut satisfait.
— Bravo! elle va bien! dit-il enfin ; quelle bonne idée! l'Indien ne peut souffrir le: son du cor, et moi, je l’aime ; de plus, je puis en avoir bientôt besoin ; et il enfonça la corne dans sa ceinture.
Au même moment, le messager Huron s’approcha de lui.
— L'Espion-hardi !
Le Français se dressa sur ses pieds en étreignant sa carabine.
— Ah! Huron! dit-il, comme ses regards tombaient sur le costume de l’Indien ; et il se rassit.
4 $ des em arnneaep & PCR Sp SRE AE TRAD DEL
— Oui, Huron, pas Mobawk, ou... et, d'un geste significatif, l'Indien porta la main à soa scalp.
— C'est vrai, Huron; je me faisais une corne de chasse, lorsque j'ai pensé aux trompettes de Champlain. Avez-vous combattu sous Champlain, Huron?
— Non, les chefs et beaucoup de braves étaient en campagne.
— Je le sais. Eh bien! il m'est venu à l'idée d'essayer l’effet du cor dans la forêt. J'avoue que c'est un peu hardi de ma part, ajouta-t-il, en voyant que le Huron secouait la tête; mais un Français aime tant le son de la trompette. Ecoutez... et il allait appliquer la corne à ses lèvres, lorsque l'Indien posa sa main dessus et dit : R
— Espion-hardi, le chasseur Mohawk pourrait l'entendre.
— Oui, oui; mais, lorsque nous combattions les Mohawks sous Champlain, ils l'ont entendu plus qu'ils ne l'auraient voulu.
— C'était un grand guerrier, observa le messager. — Oui, un vrai guerrier ; quoiqu'il ne soit plus, son nom, lancé au milieu d'une décharge, fait battre le cœur et ranime le courage. En voilà, un homme! continua Pierre avec tristesse ; il n’y en a pas eu un pareil dans toute la province, autrement ces canailles de Mohawks recevraient une leçon dont ils se souviendraient. — L'Espion-hardi est-il avec les prisonniers Hurons? demanda le messager.
— Oui; vous êtes sans doute le messager que j'attends ?
Le coureur fit signe que oui, et l’autre continua :
geste
ne de plain.
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d'esest un que le tant le quer la dessus
it l'en-
es Mol'ils ne
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us, son le cœur ontinua il dans ohawks À
lurons ?
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— Îls sont de l'autre côté du ruisseau, allons les rejoindre.
Et l'Espion jeta sa carabine sur l'épaule et descendit la colline à grands pas.
Arrivé près du ruisseau, le messager se glissa à côté du chasseur, et, lui montrant la branche cassée, lui dit :
— L'Espion-hardi faisse des traces sur l’eau. Voici ce que le Huron a trouvé.
L'Espion regarda la branche, pendant que le coureur s'expliquait, puis, à moitié fÂché du reproche qu'il semblait lui faire, il lui répondit :
— C'est vrai; mais sans cette branche vous ne: nous auriez pas trouvés; vous auriez perdu notre piste.
— Je l'ai perdue cette nuit, dit le Huron, mais pas loin d'ici : en montant ou en descendant la rivière, je l'aurais bientôt retrouvée.
— Il faut que vous l'ayez perdue assez loin, cependant, dit l'Espion, sans cela vous auriez été ici plus tôt. Tenez, voici sur ce chêne une marque faite par Piedléger ; lui, il a su retrouver nos traces, et il a agrandi
‘les empreintes pour vous les rendre plus visibles.
— Il a eu tort, répondit le coureur avec vivacité. Le Mohawk a l'œil perçant.
— Nuit et jour, continua l'Espion, nous avons été de garde, chacun à notre tour, sur la colline qui domine le chemin, pour attendre l'arrivée du messager qué Piedléger nous avait annoncé. Huron, reprit Pierre, après avoir marché quelque temps en silence, avez-vous vu les prisonniers ? :
— Oui, à travers les bois ; j'ai vu la robe noire se promener.
— Peut-être ne le mettra-t-on pas à mort tout de suite, alors nous pourrions arriver à temps.
L'Iudien secona la tête.
— C'est aujourd'hui que s'assemble le Conseil; demain commencera la torture; l'Espion-hardi connaît tout cela.
— Alors, dit l'Espion gravement en hâtant le pas, alors, il y aura à la danse des convives sur lesquels on ne compte pas.
ls continuèrent leur chemin en silence, et arrivèrent bientôt à la retraite des Hurons. L'endroit était bien choisi, au centre d'un épais taillis; les Hurons s'étaient fait un espace libre, et étaient couchés en groupe, enveloppés de leurs couvertures. Des exclamations de joie
accueillirent l'Espion et le messager, et, tous ensemble, tinrent conseil.
Le messager les mit au courant des événements, et leur communiqua les ordres du chef. Peu d'instants après, les Hurons, au nombre de dix-neuf, se mettaient en marche, quelk;aes-uns à l'avant-garde, précaution nécessaire en cas de rencontre fortuite avec les Mohawks.
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Immédiatement après la fermeture du Conseil, les Mohawks commencèrent les préparatifs de la grande fête du lendemain. On planta quatre pieux en face de la loge, on apporta de la forêt une grande quantité de fagots ; quatre autres pieux, fixés à peu de distance des premiers, furent destinés aux prisonniers condamnés à subir leur peine dans l’autre village : on devait les \ attacher et les forcer à rester spectateurs de l'agonie de leurs frères ; c'était les faire souffrir deux fois.
Les jeunes garçons du village me tardèrent pas à s'assembler devant la loge pour jouir des tortures préliminaires qu'on permettait pour les amuser et les exercer à la cruauté; si la mort ne mettait pas un terme aux souffrances de la victime, ces tortures duraient jusqu'au moment où les braves venaient y prendre part. Le Loup
et le père Laval furent amenés ; on les lia chacun à un poteau, landis que la foule leur jetait des pierres et leur faisait endurer des tourments de tous genres. Bientôl, cependant, ces persécutions prirent une forme plus régulière ; les garçons, S'éloignant à quelque distance, et prenant pour but un corps humain, s'exerçaient à l'arc, au couteau et au tomahawk. Le Loup avait le maintien fier et brave du guerrier, et, lorsque l'arme
étincelante venait eflleurer ses tempes et s'enfonçait dans le poteau derrière lui, son œil demeurait fixe. L'un après l'autre, les jeunes gens essayèrent leur adresse à ce jeu téméraire où le vainqueur était celui qui, sans toucher à la vie de sa victime, lui faisait voir la mort de plüs près. Le père Laval supportait ses souffrances avec la douceur et la patience d'un martyr; il n'osait regarder la main qui lançait l'instrument de mort, et tenait ses yeux constamment élevés vers le ciel. Kiohba le Mohawk, étendu sur le gazon, jouissait de la scène qu’il avait devant lui; de temps en temps, il suggérait aux jeunes persécuteurs quelque nouveau mode de torture. A la fin, sa cruauté fut tellement excitée, qu'il se leva, saisit un des tomahawks et le lança à Ja tête du Jésuite. L'arme siffla dans l'air, et, rasant la tempe du patient, s'enfonça dans le poteau en accrochant une boucle de ses cheveux. Des cris d'approbation accueillirent cette preuve d'adresse, et Kiohba, ramassant une autre arme, visa le prêtre une seconde fois. L'arme s'enfonça de l'autre côté, exactement comme la première fois, en sorte que la tête de la victime se trouva attachée au poteau par les cheveux. Les cris de joie se répétèrent et, l'un après l’autre, les jeunes gens essayèrent d'imiter l'adresse du guerrier. Cependant, ils se lassèrent de ce jeu, et !:: prisonniers eurent un instant de répit.
La foule s'était uu peu dispersée, lorsqu'une jeune fille, se glissant silencieusement auprès du prêtre, porta à ses lèvres une boisson rafraîchissante, et baigna son front brûlant.
— Etranger des terres au delà des eaux, Fleur-du-
fonçait e, L'un resse à il, sans a mort frances n'osait ort, et Kiohba \ scène ggérait de torqu'il se lête du mpe du nt une cueilli= nt une L'arme "emière a atta- > se réayèrent lassètant de
> jeune >, porta
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ur-du-
matin a cherché une fois à se venger sur toi des blessures du jeune Aigle; mais la robe noire a pardonné les torts de la jeune fille. Tu nous as dit qu'il était glorieux de pardonner à nos ennemis et de les aimer ; Julhasager, tu es l'ennemi des Mohawks, mais Fleurdu-matin t'aime.
— Que Dieu te bénisse, mon enfant, dit le Jésuite avec ferveur et tristesse; qu'il te conduise, par les mérites de celui qui est mort sur la croix, dans les voies du salut; qu'il te préserve des épreuves et des souffrances !
La jeune Indienne s’assit sur l'herbe, contempla le père Laval avec affection, comme s'il eût été son père; puis, voyant la douleur empreinte sur sa physionomie, elle lui dit :
— Robe noire, tu m'as dit que nous devons porter notre croix comme le Sauveur, dont tu nous parles, a porté la sienne. Robe noire, tu es attaché à la croix !
La tristesse disparut instantanément des traits du Jésuite, et il s'écria avec un saint enthousiasme :
— Mon Dieu, au milieu de mes peines et de mes tribulations, vous envoyez à votre serviteur des consolations infinies; par la bouche de cette jeune sauvage, vous m'adressez des paroles de paix et de douceur ; vous me forlifiez; vous m'encouragez. Ah! que je suis heureux de porter ma croix, de souffrir, de souffrir pour
vous. Douce jeune fille, femme dévouée, qui ne crains ni la croix, ni son ignominie, ni les cris, ni les malédictions des bourreanx, femme (toujours pure et fidèle, femme sainte, sainte de la sainteté de la Mère sans tache, pure de la pureté de la Vierge immaculée, la plus
douce des créatures de Dieu, il t'a été donné d'être un ange de miséricorde et la consolation des afiligés. Douce jeune fille, tu m'as calmé l'esprit ; que la plus pure des Mères, que la plus noble des créatures de ton sexe, que la sainte Vierge intercède pour toi.
Le captif, les yeux élevés vers le ciel, et dont les lèvres se remuaient en silence, semblait absorbé dans une sainte méditation ; une expression douce et sereine éclairait le visage de celui qui attendait une mort affreuse. Cette expression se répandit sur tous ses traits ; sa figure, rayonnante de foi, d'espérance et d'amour, n'eut plus rien de terrestre. Son ame s'élevait de plus en plus sur les ailes de {a foi, et semblait déjà se môler arx chœurs séraphiques. Avez-vous vu le soleil se lever doucement sur un lieu placé dans l'ombre? Avez-vous vu un nuage noir se dissiper peu à peu, ne laissant après lui qu'un ciel clair et transparent? Avez-vous vu les teintes pâles de la maladie disparaitre sous le coloris de la santé? Ainsi disparut du visage des captifs toute empreinte de tristesse et de souffrance.
La naïve jeune fille observait avec étonnement le changement qu'un seul mot avait opéré. Des pensées pieuses s'élevaient en son ame, en contemplant cette figure illuminée par une extase sublime. Le Jésuite, indifférent à tout ce qui l’entourait, absorbé dans des visions célestes, prenait le doux zéphyr qui soufflait sur sa joue, pour le mouvement des ailes des séraphins ; de joyeuses mélodies frappaient son oreille, tous ses sens étaient comme enveloppés dans une nuée d'encens. La mort et la torture étaient devant lui, mais au-dessus de lui le Ciel était ouvert; pouvait-il alors abaisser ses
‘être un . Douce jure des Xe, que
lont les bé dans sereine nort afs traits ; l'amour, de plus se mêler se lever eZ- VOUS nt après : vu les loris de fs toute
ment le pensées nt cette uite, inans des lait sur hins ; de ses sens ‘ens. La essus de sser ses
regards sur la terre et sur des tortures passagères ? Enseignement sublime que celui du Christianisme ! enseignement qui élève l'homme au-dessus de tout ce peut concevoir le sectateur du paganisme , enseignement qui lui révèle une vie que la mort ne saurait éleindre, une vie qui s'étend au delà de ce monde, qui est un rayon de l'esprit de Dieu. Le Jésuite, la tête rejetée en arrière, le Corps attaché au poteau qui le Soutenait, restait immobile ; toutes ses fonctions sommeillaient ; toute son énergie ‘était absorbée. Il n'était, en vérité, qu’une ame emprisonnée. Bienvenu sera le Couteau, bienvenue sera la torture, bienvenue sera la mort, où par le fer ou par le feu, car son ame a pris son essor ; il plane déjà dans la région des bienheureux. Que sont quelques heures de souffrances, en présence d'une éternité de pareilles béatitudes? Oh! oui, Mort! tu seras la bienvenue ; c’est toi qui conduis à la vie éternelle! Comme l'ombre qui se dessine lorsque le soleil disparait, le souvenir de la terre vint assombrir l'ame du prêtre, un soupir s'échappa de sa poitrine :
— C'est long, mon Dieu, c'est long!
La jeune fille, saisie de respect, ne pouvait ôter les yeux de ce visage rayonnant de bonheur et d’une beauté Surnaturelle. Les lèvres entr'ouvertes, l'œil fixe, elle le contemplait avec attendrissement ; la femme qui à été donnée à l’homme comme un instrument de bénédiction,
saisit intuitivement les rayons de lumière divine et les reflète dans son ame.
que”
— Marie! s’écria le Jésuite, en invoquant l'intercession de la Mère de Dieu.
LAVAL
-— Marie! répéta la jeune Indienne de sa voix douce et harmonieuse, Marie!
Ce seul mot, sorti du cœur ému de l'Indienne, de l'ame extatique du prêtre, contenait une prière, une prière fervente. Au même moment, des chants chrétiens s'élevèrent de la prison des captifs. Les voix étaient rudes, et la mélodie douce et plaintive. Cette hymne à la Vierge variait selon la mesure des vers. Cette hymne commençait et se terminait ainsi :
— 0 Mère! écoutez-nous, Ô Mère!
Les chants cessèrent, les voix se turent, mais la jeune fille ne fit aucun mouvement, espérant que cette musique vibrante se ferait entendre de nouveau. Tout resta dans le silence, et elle murmura :
— O Mère! écoutez-nous, d Mère!
Le Loup avait perdu son maintien sévère et altier ;
son regard, tout à l'heure encore fixé avec tant d'impassibilité sur le tomahawk étincelant, était en ce moment voilé et adouci; sa tête s'inclinait sur sa poitrine : …il priait. Ce n'était plus un guerrier sauvage, mais un chrétien.
Enfin, la voix du jeune novice se fit entendre, puis celles des Hurons chantant en chœur. On récitait les litanies. Les accents de son jeune compagnon frappaient tristement l'oreille du Jésuite, car ils étaient faibles et tremblants. Fleur-du-matin prêta l'oreille. Etait-ce le chant de mort du guerrier ? Jamais elle n'avait rien entendu de pareil dans sa tribu. La voix du Jésuite et celle du Loup se mélèrent aux répons, et le Miserere séleva en notes claires et solennelles. Toutes ces voix, unies dans la prière, tenaient la jeune fille dans une
oix douce
lieone, de rière, une chrétiens taient rumne à la te hymne
is la jeune tte musilout resta
et altier ; t d'impase moment itrine : il , Mais un
dre, puis tait les lifrappaient faibles et Était-ce le t rien enite et celle serere s'éces voix, dans une
attention recueillie. Ce fut ainsi que se passa cette soirée.
Aliasistari, seul au fond de sa grotte, tournait constamment ses regards vers l'occident, où venait de disparaître le soleil, laissant après lui le ciel en feu. Sa carabine et ses autres armes, posées à ses pieds, semblaient avoir été préparées pour un combat immédiat. Le crépuscule arriva, et le chef demeura immobile. Enfin, il se leva, et, s’approchant de l'entrée de la caverne, regarda la forêt, puis écouta. Le bruissement des feuilles et le sifflement des branches vinrent seuls frapper son oreille. Tout était muet dans la vaste forêt : de tous les êtres vivants, l’insecte seul se faisait entendre et bourdonnait son hymne du soir. Le front du guerrier s'assombrit un instant; l'idée que sa bande avait été attaquée el taillée en pièces traversa son esprit. Il ne pouvait douter ni que Watook n’eût rassemblé les guerriers, ni que Pied-léger, son premier messager, ne les eût rencontrés ; car autrement l'intelligent Huron At été de retour pour partager le sort de son chef. Peut-être son dernier courrier avait-il perdu la piste dans la forêt, el alors le chef regrettait de ne pas avoir caché ses hommes dans le voisinage du village, où ils auraient été sous sa main en cas de besoin. Selon son calcul, la troupe aurait dû déjà être arrivée au lieu de sa retraite. Il se disait aussi que la torture ne commencerait pas avant quelques heures; quoiqu'il ne connût pas le résultat des délibérations du Conseil, il n'avait aucun doute sur la condamnation du père Laval et des autres prisonniers, et il savait que leur vie tenait à un fil qui pouvait être rompu d'un instant à l’autre par les caprices des sau-
vages. Comme il jetait les yeux autour de lui, il aperçut une brillante lueur au-dessus du village. Ramassant ses armes, il descendit dans la forêt, et quelques instants de marche l’amenèrent dans un endroit d’où il pouvait voir ce qui se passait du côté des loges, sans être trop éloigné du lieu du rendez-vous. Un feu énorme éclairait le ciel et répandait une lueur rougeâtre sur les branches agitées des arbres de la forêt. Deux hommes étaient attachés aux poteaux, autour d'eux étaient groupés des guerriers et de jeunes garçons, comme s'ils eussent été dans l'attente de quelque événement.
— Si les Hurons ne se hâtent, ils arriveront trop tard, s'écria Aliasistari avec amertume en s'étendant sur l'herbe. :
On jeta encore du bois sur le feu et les flammes devinrent brillantes ; elles éclairèrent le doux visage du Jésuite attaché au poteau, et entourèrent son noble front comme d'une auréole de gloire. Aliasistari reconnut le Jésuite, le contémpla un instant en silence, puis sécria :
— Ils arriveront trop tard ! Il y aura alors un bûcher et une torture de plus! Mon père, je te jure qu'Aliasistari partagera ton sort quel qu'il soit !
Le chef se leva et se dirigea vers le village. Tout à coup, il s'arrête, et, portant ses regards vers le nordest, il semble vouloir pénétrer ce voile sombre qui s'étend devant lui, puis il se baisse, colle son oreille à terre et écoute. Jetant ensuite sa carabine sur le gazon, il s'assied, se cache la tête dans les mains, et reste immobile comme une statue.
Les Mohawks paraissaient devancer l'heure de la
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torture. Les prisonniers furent amenés un à un et attachés chacun à un poteau. La foule grossissait, on allumait de nouveaux feux ; les femmes apportaient des fagots. Le père Laval regardait ces préparatifs d’un œil triste, et le Loup, devinant sa pensée, lui dit en mauvais français :
— Pas encore, mon père, pas encore: le Mohawk nest pas si miséricordieux. Il aime de longues heures de tortures.
—- Mon Dieu! accordez-moi la grâce de mourir dignement, s'écria le Jésuite ; puis il reprit sa muette prière.
L'obscurité s'épaississait ; les flammes montaient vers le ciel, et, à la lueur rouge du feu, les féroces Mohawks semblaient autant de démons réunis pour quelque orgie infernale. On ôta aux prisonniers leurs vêtements, et l'œuvre de torture commença. Saisissant des morceaux de bois enflammés, les Iroquois les approchèrent des corps des victimes et les appliquèrent sur leur chair nue, ce qui fit lever de grosses cloches; puis, lorsque la partie enflée devint moins sensible à la douleur, ils enfoncèrent dans les plaies vives des charbons ardents qui faisaient siffler, fumer et craquer la chair. Des gémissements douloureux s'échappèrent des lèvres des prisonniers blancs. L'énergique Indien souffrait en silence. À mesure que les cendres brûlantes pénétraient dans sa chair, le père Laval élevait son cœur vers Dieu, se rappelant les souffrances de Celui dont le front a été ceint d'une couronne d'épines, dont les pieds et les mains ont été percés de clous, dont le côté a été ouvert par une lance. Il murmurait sans cesse : « Jésus, Marie, Joseph!»et son ame semblait déjà avoir quitté la terre
et toutes ses douleurs, pour nager dans un océan de délices célestes.
René Bourdoise, quoiqu'il ne dût pas subir immédiatement la mort, ne put échapper à la torture de cette nuit. !l était entouré de bourreaux, qui enfonçaient dans sa chair des éclats de bois trempés dans du goudron. Lorsqu'ils en eurent couvert son corps, ils y appliquèrent des torches embrasées, et le feu, se communiquant sur toute la surface, sa chair devint une masse enflammée. En vain la pauvre victime cherchait-elle à se soustraire à ce martyre, ses liens ne lui permettaient que de tourner autour du poteau, et de tous côtés, des coups et des pins flambloyants l’attendaient.
Telle était la torture de huit victimes : elles enduraient dix mille morts sans que la mort vînt les délivrer. Le novice, faible encore de ses longues souffrances, le corps déjà meurtri et endolori de ses anciennes blessures, ne tarda pas à perdre complètement ses forces, et ne resla suspendu au poteau que par les liens qui le soutenaient. Le père Laval, se tournant vers le bûcher, récitait, au milieu de ses tortures, des prières à haute voix.
— Le pâle visage chante sa chanson de mort, dit Kiohba, combien de guerriers a-t-il tués? Combien a-t-il pris de scalps? C'est une femme! un esclave! un chien!
Et les cris de la multitude effrénée étouffèrent la voix du prêtre.
Dans la tente de Kiodego, était assis un jeune guerrier, pâle et sans force, étendu sur un lit de fourrures ; il avait le visage caché dans ses mains, et sa respiration lente et profonde était le seul signe de vie qu'il donnât. A ses pieds se tenait une jeuné fille : Fleur-du-matin pleurait.
céan de
imédiale cette nçaient u gouÿ apommu- > masse t-elle à ettaient és, des
uraient rer. Le ces, le s blesces, et le sour, r'écie Voix.
rt, dit n a-t-il chien !
la voix
errier, Il avait ente et
A ses eurait.
Les hurlements féroces semblaient redoubler; les tortures horribles ne se ralentissaient pas un instant ; la danse diabolique devenait effrénée. Cependant, audessus de tout ce tumulte, s'élevaient les voix des vieilles sorcières qui entouraient le Loup. Le Huron ne les voyait pas, ne les entendait pas ; il se préparait à mourir, Un instant la frénésie des Mohawks sembla se calmer, mais ce ne fut que pour éclater avec une nouvelle fureur. Bientôt les groupes s'éloignèrent et recommencèrent à lancer le tomahawk.
— Voyez, s'écria Kiohba, comment frappe un brave! et il répéta le coup d'adresse qu'il avait déjà si bien réussi.
Un autre Mohawk s'avança, et, brandissant son arme, dit avec un sourire de dédain :
— Vous avez effleuré L. tête de la robe noire, moi, je lui clouerai les oreilles au poteau.
Le Mohawk visa le père Laval qui le regardait avec insouciance. Le danger était imminent : quelque adroit que pût être le tireur, un mouvement subit, involontaire, pouvait amener la mort de la victime au lieu de sa mutilation. Ce tour d'adresse demandait un coup d'œil de la plus grande justesse. Le Mohawk, mesurant avec soin la distance, éleva son bras, puis le recula.
Soudain, un coup de feu retentit ; il fut suivi presque instantanément de plusieurs autres ; en même temps des cris confus sortirent de la forêt. Un Mohawk tomba, deux, trois ; tandis qu'une partie de la forêt semblait en feu. On n'entendait plus ni les voix des guerriers, ni les accents criards des Indiennes. Saisis de frayeur, ils se rapprochaient tous les uns des autres. La plupart des
Iroquois avaient laissé dans leurs loges leurs carabines, leurs arcs et leurs flèches, et se sauvaient épouvantés pour chercher des armes. Un séul d'entre eux se dirigea vers les prisonniers, le tomahawk à la main,
La voix forte de Aliasistari dominait le bruit du combat, et les Hurons, s’élançant de leur cachette, chargèrent les Mohawks. avant qu'ils eussent eu le temps de se rallier. Pleins de feu et d'ardeur, les Hurons bondissaient dans l'obscurité et cherchaient à couper l'entrée des loges. L'un d'eux, un jeune Indien svelte et élancé, courut du côté des prisonniers, en agitant au-dessus de sa tête une petite hache : c'était Watook qui volait au secours des captifs pour les délivrer. Kiohba accomplissait en ce moment son œuvre barbare. Debout, à côté du novice, il avait roulé autour de sa main les longs cheveux du Jeune homme, et, lui tirant la tête en arrière, il le regardait d'un œil de démon, comme s’il eût voulu le faire mourir par une lente et horrible agonie ; enfin son arme s’éleva, retomba avec un bruit sourd, et le corps du novice s’affaissa privé de vie. Kiohba, dégageant sa main des boucles dont il l'avait entourée, arracha le scalp du front mutilé de ga victime, et s’avança vers le Jésuite.
Le Loup faisait des efforts inouïs pour briser ses liens. sans que ses muscles de fer y pussent parvenir : il contemplait cette scène avec angoisse, En ce moment, une voix bien connue frappe son oreille, un coup sec tranche les cordes qui le retenaient, et le grand Huron, élevant ses bras en l’air comme pour remercier le Ciel de sa liberté, s'élança au secours des prisonniers.
Le féroce Mohawk était déjà à côté du prêtre, le bras
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rabines, )uvantés dirigea
du comchargèmps de bondisl'entrée élancé, -dessus i volait accombout, à 8 longs arrière, voulu ; enfin , et le dégaourée, et s’a-
liens.
il cont, une
tran- [uron, le Ciel
e bras
levé pour frapper le Coup mortel, lorsque le Huron bondit sur lui comme un loup sur sa proie. Les deux vigoureux sauvages commencèrent une lutte corps à corps ; l’un était armé, l’autre sans armes, mais la justice était du côté du Loup, et centuplait ses forces. Le tomakawk de Kiohba lui avait échappé des mains en tombant, il chercha à prendre le couteau suspendu à sa ceinture, et, durant un instant, la victoire parut incertaine entre les deux ennemis: ils se roulaient l'an sur l’autre dans une étreinte mortelle; enfir, la main du Loup ayant rencontré le couteau de son adversaire, il s'en saisit et le lui plongea dans le cœur. Le Mohawk lâcha prise, et le Huron, se débarrassant de son bras inanimé, se leva victorieux.
Au même moment, on mettait en liberté le dernier prisonnier.
Le père Laval se jeta à genoux et pria, tandis que les Hurons, ramassant loutes les armes qu'ils purent trouver, s'élancèrent, le Loup à leur tête, vers l'endroit où Aliasistari et ses partisans luttaient contre un ennemi supérieur en nombre.
La lumière vaccillante des feux éclairait cette scène, et semblait doubler le nombre des combattants, et leur donner une taille gigantesque. Deux Mohawks des plus vigoureux couraient à leurs loges chercher des armes, le chef des Hurons les arrêta. Le premier voulut se jeter sur lui, mais un coup de tomakawk l’étendit raide mort ; le second essaya d'atteindre Aliasistari à la tête avant qu’il fût remis de l'effort qu'il venait de faire. Le coup fut adroitement paré, les adversaires en vinrent aux mains. La lutte fut courte, mais terrible, et le Huron,
en quittant le corps du Mohawk, jeta un dernier regard sur le lieu du combat. La première attaque des Hurons avait été aussi vive qu'inattendue ; saisis de frayeur, leurs ennemis s'étaient élancés vers les wigwams, et, dans l’ardeur de l'assaut, avaient été repoussés de nouveau sur la grande place. Là, ils commencèrent à se railler et à combattre avec leur bravoure accoutumée. L'Indien, pris à l'improviste, recouvre difficilement sa présence d'esprit; les Mohawks avaient donc soutenu avec désavantage la lutte contre des adversaires ardents et déterminés ; s'ils n’eussent été supérieurs en nombre, la déroute eût été instantanée et complète. En ce moment, ils reprenaient courage ; les femmes, les enfants, les vieillards apparaissaient chargés de carabines et d'autres armes ; les guerriers, saisissant le tomakawk ou la massue, recommencèrent le combat avec une nouvelle énergie. Pas un cri ne s'échappa de la poitrine des Indiens, pas un coup de feu ne retentit dans cette lutte d'homme à homme. Tout à coup, ce silence fut interrompu par le son d'une trompette partant de la forêt et dont l'écho se répéta de montagne en montagne, puis un cri de guerre bien connu, un cri irrésistible se fit entendre :
— Champlain, à nous ! Champlain.
Une bande de nouveaux guerriers, bande qui paraissait innombrable, se précipita sur la pelouse, tandis que la trompette résonnait toujours avec force, ne s'arrêtant que pour laisser entendre le cri de : Champlain! Champlain !
Les Mohawks étaient dans l'épouvante. Le mort étaitil donc ressuscité? Le savant magicien avait-il accepté
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leur défi et appelé à son secours le grand guerrier? Cette troupe qui venait les assaillir, n’était-elle pas une troupe surnaturelle? ce bruit n'était-il pas un bruit de l'autre monde? Leurs bras tombèrent inertes, ils ne se défendirent plus, tandis que les Hurons, poussant des cris retentissants, les chargèrent avec furie. Le feu, qu'un coup de vent passager venait de raviver, jeta tout à coup une vive clarté, et fit voir aux Mohawks le visage et la forme d'un homme blanc, qui, s'élançant en avant, brandissait au-dessus de sa tête une lame luisante.
— Champlain ! Champlain ! Chiens de Mohawks, répéta ce personnage en se précipitant au milieu de la mélée ; et, d’un coup de couteau, il abattit l'un des guerriers.
— Le mort! le mort! Champlain ! s'écrièrent les Mohawks paralysés par la peur et ne songeant plus qu'à s'échapper du champ de bataille. Femmes et enfants, vieillards et guerriers, se rappelant les scènes du Conseil, prirent la fuite : tous se voilaient les yeux, craignant d'apercevoir celui qu'ils croyaient sorti de la tombe : Champlain! Champlain! retentissait toujours à leurs oreilles ; le Français implacable les poursuivait avec sa bande, en frappant à droite et à gauche. La peur leur donnait des ailes, et ils s'enfoncèrent dans les profondeurs de la forêt.
Au lieu de leur naissance, au foyer de leurs ancêtres, les vieillards de la tribu des Mohawks s'étaient rassemblés. Leur nombre était moins grand que celui des Hurons dont l'attaque les avait surpris; mais ils étaient, comme eux, braves et déterminés. Le combat ayant cessé un instant au commencement de la déroute, les adversaires s’examinèrent avec défiance.
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Les Mohawks n'avaient d'autres armes que leurs couteaux, et ne pouvaient donc se défendre que de près ; Aliasistari s'en aperçut; aussitôt, avec une noble générosité, il rejeta sa carabine et S'élança sur l'ennemi, le couteau à la main ; les Hurons suivirent son exemple. Pendant quelque temps, on vit des formes indistinctes lutter ensemble, sans que la victoire pencht de l’un ou l'autre côté : seulement, de temps à autre, un Indien, faisant un bond convulsif, tombait inanimé et restait plongé dans l'immobilité de la mort. La lutte continuait.
Un guerrier, blessé et sans arme, parvint néanmoins à se glisser hors de la mélée en rampant à terre et en se tordant comme s'il eût été en proie à de grandes souffrances, Il atteignit un coin de la loge et se redressa sur ses pieds. Son regard tomba sur le père Laval agenouillé auprès d'un Huron mourant: arrachant son ceinturon, il s'avança sans bruit derrière lui. Une seconde Jui suffit pour le bâillonner ; et, malgré sa résistance, il l'entraîna rapidement au loin. Le prêtre essaya de crier, ce fut en vain. Jetant alors un regard désespéré sur le groupe où combattaient ses amis qui ignoraient son danger, le père Laval se résigna à son sort.
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LA GQUIRLANDE DE FLEURS MAUVAGENS,
Le combat était acharné, la lutte continuait entre Aliasistari et ses ennemis ; enfin, les Mohawks furent terrassés ou massacrés un à an, et les Hurons demeurèrent incontestablement maîtres de la place. Le bruit des armes avait cessé, des gémissements douloureux interrompaient seuls le silence de ces lieux. Sur le champ de bataille il ne restait que les morts et les blessés. Le chef chercha en vain autour de lui le Jésuite et le novice. I les appela ; aucune voix ne lui répondit. Il explora le village, il n'y trouva que des infirmes et des gens incapables de fair. Le cœur navré, il se dirigea vers les feux allumés pour la torture, et là, contre un poteau, attaché par des liens solides, il aperçut le corps inanimé et mutilé du jeune novice. On dénoua avec précaution les cordes qui l’entouraient, comme si, même dans la mort, On eût craint de troubler le calme paisible que xprimaient ses traits pâles et délicats. On le coucha sur l'herbe, puis on se mit à la recherche du Jésuite. On ne le trouva point. Saisissant une torche allumée, Aliasistari courut alors examiner la lisière de la forêt ; soudain il poussa une exclamation, et s'élança dans la profondeur des bois. Semblable.à un météore qui accomplit sa course, la torche embrasée, courait parmi les troncs noirs des arbres.
Après avoir relevé leurs morts, les Hurons les rapportèrent auprès du jeune novice, où ils les couchèrent, puis ils se mirent en cercle autour d'eux, avec respect et recueillement. A peine quelques instants s’étaient-ils écoulés dans une sombre méditation, que deux personnages se glissèrent sans bruit au milieu du groupe et vinrent s'agenouiller à côté du jeune novice. Une exclamation comprimée, mais joyeuse, les accueillit. Le père Laval n'y prêta aucune attention. La hache d'acier, trempée de sang, dont était armée la main d’Aliasistari, disait assez la lutte qui venait de se passer. Les guerriers qui s'élaient dispersés à la poursuite de l'ennemi, revinrent l'un après l’autre ; le Loup et l'Espion-hardi arrivèrent les derniers Le père Laval restait incliné sur le corps de son jeune compagnon, des larmes voilaient ses yeux, et la prière qu'il faisait à haute voix pour le repos de l'ame du trépassé, était entrecoupée de soupirs et de sanglots. Les torches allumées qui avaient été placées à la tête et aux pieds des morts par les silencieux Hurons, jetaient des flammes brillantes, au-dessus desquelles flottaient des nuages de fumée, emblèmes assez justes de l'existence de l'homme. Les guerriers chrétiens, agenouillés aussi, mélaient leurs prières à celles du prêtre ; leurs physionomies avaient une expression solennelle et sévère, sans aucune apparence de douleur. Le Loup et Watook s'étaient placés aux pieds des morts; derrière eux se tenait l'Espion-hardi. Celui-ci contemplait le visage pâle du novice, une larme vint à couler le long de sa joue et se cacha dans ses rides jusqu'à ce que l'air l'eût séchée ; cette larme était remontée au ciel ÿ portant, comme un doux parfum, la prière muette
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d'un cœur ému. L'Espion-hardi pensait au brave fils qu'il avait, lui aussi, mis en terre dans la forêt. Une main se posa sur son épaule; il leva la tête, et vit Aliasistari qui Jui faisait signe de le suivre. Ils s'éloignérent de quelques pas et, le chef s’arrêtant, lui dit, en lui montrant le groupe :
-— L'Espion-hardi est de la race du pâle visage; ne devrait-il pas se charger du soin d'ensevelir le jeune novice? La Robe-Noire en est incapable. Voyez dans quelle afliction elle est plongée. Les braves enterreront leurs frères !
— Huron, je ne suis qu'un rude chasseur. J'ai vécu depuis tant d'années dans les bois, que je ressemble plutôt à un Indien qu'à ceux de mon propre sang et de ma propre race.
—- Bien, dit le chef en secouant la tête d'un air d'approbation, l'Espion-hardi est le frère des Hurons.
— Chef, continua Pierre, il faut que le jeune homme soii enterré comme un chrétien et comme un homme
lanc.
— Les Hurons sont des chrétiens, observa l'Indien avec lenteur.
— C'est vrai, répliqua l'Espion; il ne faut pas que vos frères soient mis en terre comme les Mohawks infidèles.
L'indien fit un signe d'acquiescement, et l'Espion continua :
— Nous les enterrerons à côté du novice.
— Le Huron et le pâle visage sont égaux dans la terre, sont égaux devant Dieu, reprit le chef avec gravilé.
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