‹ Le père Laverlochère [microforme]Chapitre 17 sur 45 · TS LE PÈRE LAVERLOCHÈRE · texte numérisé non relu

TS LE PÈRE LAVERLOCHÈRE

poindre au levant, tandis que les astres du couchall, pâlissaient déjà comme des lampes nocturnes pre. qu'aussitôt éteintes qu'allumées. { « Je n’essaierai point, Monseigneur, de vo retracer ni la scène sublime qui se déroulait à mi regards, ni les diverses émotions qui agitaient m âme à un pareil moment. Figurez-vous un prêt offrant l’adorable Victime dans le temple désert d la nature et sous la voûte des cieux, à près de trol mille lieues de sa patrie, et à trois cents de toul habitation civilisée, au milieu d’un vaste lac et da . le silence de la nuit, enveloppé d'immenses forèt anciennes comme le monde, entouré de quelque Indiens, naguère superstitieux et féroces, maintenarl doux et pieux, et, tandis que le sang de l’Agneall sans tache ruisselle sur l’autel orné de branches { sapins, ces sauvages à genoux offrant leurs chants « leurs prières au Dieu qui, pour eux, s’immole t s'anéantit.

« Au lever du soleil, nous nous mîmes en marche: vers midi, ayant atteint l'extrémité nord du lac nous entrâmes dans une dangereuse rivière que nous devions suivre jusqu’à la « grande baie. » Na rameurs étaient si courageux et le fleuve si rapid

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qu’en six jours nous franchîmes un espace de quatre cent cinquante milles. Les grandes pluies qui étaient tombées quelques jours auparavant avaient extraordinairement grossi la rivière. Les chemins de por- Ltage étaient inondés. Trois fois dans la même jourinée nous fûmes sur le point d’être engloutis sous des éboulements terribles. Une fois entre autres, grim- | pant par une côte et ayant saisi un arbrisseau pour | m'aider à gravir, je sentis tout à coup le terrain s’en aller sous mes pieds, et je fus amené jusque sur le | le bord du précipice, tenant toujours le jeune arbris- | seau embrassé. Si cette énorme masse de terre eût | glissé, deux pas de plus, je tombais avec mon sup- Le dans le gouffre béant. Les sauvages qui étaient : à plus de deux cents pas au-dessous avec le canot | dut me regarder comme perdu.

| « Cette rivière, une des plus dangereuses de l’Amé- | rique septentrionale, n’est qu'une suite de précipices, de chutes et d’écueils. Son eau trouble, qui ne | permet pas d’apercevoir les pierres à deux pouces de profondeur, tient le navigateur dans de continuelles | alarmes sur son frêle esquif d’écorce. Malheur au | missionnaire qui ne se serait pas procuré un bon | guide! vingt fois par jour sa barque serait brisée.

« Parmi les nombreuses cascades ou chutes que l’on rencontre en suivant le lit du torrent, il en est une qui mérite une mention particulière, moins à cause de sa hauteur, qui n'excède guère plus de soixante pieds, que par le tragique souvenir qui s’y rattache. On l’a nommée la chute aux Zroquoïs, parce que, dit-on, un de leurs détachements, composé de cinquante guerriers, fut précipité dans le gouffre qu'ils n’avaient pas eu le temps d’apercevoir, tant ils étaient acharnés à poursuivre les Alsonquins, qu'ils . avaient résolu d’exterminer, et qu’ils allaient chercher. jusque sur les bords de la mer glaciale !

« Ces lroquois, qui habitaient le nord des Etats- Unis et le sud du Canada, étaient sans contredit la nation la plus féroce et la plus redoutable de toutes les tribus sauvages. C’est elle qui a exterminé la grande famille des Hurons. D'une haute stature, d’un caractère indomptable et hautain, mélangé de générosité et d’atroce barbarie, ces Indiens portent vivante sur leurs traits, dans leurs gestes, leur démarche, leur regard, la sinistre empreinte de leur moral. Rien n'égale l'énergie de leur langue. En voici un échanüllon, c’est le signe de la croix. Mais, pour en bien

huer, il faudrait les entendré eux-mêmes articuler es sons gutturaux et heurtés : Rassennayon ne Roiha noy Roienha noy Rotkon Roiatatokenti.

thonaïawen. |

« La redoutable nation des lroquois disparaît à jon tour. Elle compte à peine aujourd’hui cinq à six nille âmes. Avant longtemps il n’en restera plus que e souvenir.

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« Tandis que notre barque fuyait rapidement entre les rives désolées du fleuve, nous revimes le théâtre d’un accident qui nous arriva l’année dernière, et qui nous a donné lieu, cette année-ci, d’admirer et de bénir la bonté divine.

« À notre retour du fort Moose, nous nous troule toutes les DE âmes tout à coup investis par un gigantesque incen- : la grande die, qui s’étendaità vingt-cinqlieues à la ronde, dans

lun Carac- DD une forêt sans limites de bois résineux, Nous étions générosité Lalors dans un portage de plus de trois milles de lVanie sur DD longueur et à deux cent cinquante milles de toute rche, leur JP habitation. 11 nous fallut wansporler, en courant, nos ral. Rien | L effets les plus indispensables à travers une grêle de un échan- À feu qui tombait sur nous du haut des arbres embra-

r en bien | sés. J'avais pour ma part un boisseau et demi de

pois sur les épaules ; c'était toutes nos provisions d bouche. Nous vinmes nous réfugier dans une peti anse de trois ou quatre acres d’étendue, à l’extrémi du portage. Là, nous eûmes, durant toute la nuit, | spectacle le plus effrayant qu'il soit possible d’imagi ner. Qu'on se figure une fumée épaisse et noire sillonnée par d’horribles tourbillons de fla:nmes, | craquement des arbres calcinés et tombant avec fraca non loin de nous, l’activité d’un feu qui avait déj envahi les broussailles de la rive, situées à quelque mètres de nous, et qui nous cernait de toute par dans un brasier sans issue; enfin, une atmosphère embrasée qui menaçait à chaque instant de nous suffo. quer, et l’on aura une idée vraie, bien que légère de notre situation durant une nuit et la moitié d’un jour, Tandis que, blottis dans un petit espace ménagé par la Providence, nous remettions entre ses mains la garde de nos vies, il faut pourtant vous avouer, Monseigneur et mon Père, qu’au sein de cette fournaise ardente j'étais calme et tranquille, j'éprouvais un contentement indéfinissable en voyant, autour de moi, mes sauvages si heureux de posséder la Robe noire; je me disais : « Simes jours doivent se terminer 1ci, je vous bénis, à mon Dieu! et si, dans ce moment, 1l m'était donné, par un miracle de votre toute-puissance, de me trouver au sein d’une famille que je chéris plus que moi-même, d’y mener une vie douce et paisible, mais à la condition d'abandonner

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mes chers Indiens dans un danger pareil, vous savez quel choix j'ai fait d'avance !.…

« Cependant, le Seigneur, en qui nous avions mis notre espérance, ne nous fit pas défaut. Les montagnes

| de feu, que nous avions vues fondre sur nous avec tant | de fureur, s’arrêtèrent tout à coup. Le terrible élément

ne toucha pas à une douzaine d’arbres sous lesquels nous nous étions abrités. Nous avons revu en passant

| ces arbres toujours verts ; ils semblent être demeurés | là pour attester le miracle de la protection divine,

Tout le reste, à près de trente lieues à la ronde, ne présente plus qu’un vaste champ de ruines. Les Indiens qui m’avaient accompagné l’année deruière, et qui se trouvaient encore avec moi cette année-ci, furent les premiers à me signaler ce bosquettutélaire, seul respecté au milieu des forêts en cendre. Des protestants en firent aussi la remarque, Trois d’entre eux avaient été obligés de se jeter jusqu'au cou dans la rivière, où 1ls passèrent plusieurs heures pour ne pas être brülés par les flammes qui ondoyaient sur leurs têtes. »

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