‹ Le père Laverlochère [microforme]Chapitre 18 sur 45 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

SOMMAIRE. —- Mission du fort Moose-Factory. — Les montagnes de glace. — Chasse à l'ours blanc. — Climat de la Baie et bonté de la Providence. — Tempête furicuse.

« Nous arrivons enfin au fort de Moose-Factory ;

| ce fort, bâti dans une jolie petite île à trois milles

de la mer, n’est remarquable que par l'élégance

D de sa construction et par sa position géographique. | Quant aux familles indiennes qui y viennent faire la | traite des pelleteries, leur nombre n’exgde pas | cinquante, formant une population d’environ deux | cent cinquante âmes. Mais comme ce fort est situé | à l’extrémité sud de la Baie, tous les postes envi- | ronnants, à plus de quatre cents lieues à la ronde, | y envoient leur fourrures. Un navire venant chaque

année d'Angleterre, avec des munitions et des vivres pour l’approvisionnement de ces diverses stations, s’en retourne chargé de riches et précieuses pelleteries. Les plus belles, sans contredit, de toute l'Amérique se trouvent aux alentours de la Baie.

« Le chef de l’établissement me reçut avec la plus

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franche cordialité, ct, tout le temps que je séjournai chez lui, ne cessa de se montrer plein de prévenancr et d’atttention pour moi. Jen dois dire autant de tous les membres de l’honorable Compagnie; car tous ceux que j'ai eu l’occasion de connaitre ont été à mon égard ce que j'aurais pu attendre de vieux amis. Il n’en était pas de même des sauvages. Je ne fus pas longtemps sans remarquer combien ils étaient prévenus contre notre sainte Religion. Je crois avoir déjà dit qu'un ministre wesleyen-méthodiste avait résidé quelque temps dans ces lieux. Il en était reparti, depuis un an, brouillé avec tous les officiers de la Compagnie ; mais les absurdes calomnies qu’il avait si souvent débitées contre nous y étaient restées vivaces. Je vis les Indiens fuir à mon approche comme à celle d'un pestiféré, et bien que j'eusse avec moi une quarantaine de néophytes, dont la conduite édifiante contrastait singulièrement avec cel'e d’un bon nombre de sectaires, ils ne pouvaient sc persuader que je n'étais pas x enfant de Bélial,un envoyé de l’Antéchrist, un homme qui conduit en enfer quiconque véut le suivre, ainsi que le ministre le leur avait si souvent répété en lançant contre nous, et contre tous ceux qui auraient la témérité de nous entendre, un déluge d’anathèmes.

« Tousles matins jé célébrais la sainte Messe dans un vaste appartement du fort; mais comme on avait dit aux Indiens que c’était un acte diabolique,

e je séjournai le prévenanc re autant de Mmpagnie; car laitre ont été dre de vieux ivages. Je ne jen ils étaient e crois avoir hodiste avai Il en était les officiers mnies qu’il aient restées

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elques-uns seulement s’avançaient en tremblant squ'à la porte. Cependant, mes néophytes y assisnt toujours avec beaucoup de piété, récitant des rières ou chantant des cantiques, on voyait les tres venir en plus grand nombre se placer sous is fenêtres pour écouter les instructions que je faiais en sauteux, langue qu'ils comprennent pour la lupart sans la parler. J’examinais en silence l'effet ue produisait sur leur esprit prévenu l'aspect de nos ugustes cérémonies et l'explication de nos saints ystères. Bientôt j'en vis un certain nombre dans ne grande perplexité : 1ls ne pouvaient concilier ce u’ils voyaient avec ce qu'on leur avait dit. Je dois en onsigner ici l’aveu, c’est lorsque le prêtrecatholique arrive dans une tribu précédemment visitée par des méthodistes, qu'il est à même de juger de l’état où se trouve ce malheureux peuple et d’en gémir profondément. Le temps si précieux et si court qu'il passe au milieu de ses Indiens, au lieu de l’employer à les instruire comme on le ferait s'ils étaient entièrement infidèles, il faut l’employer à dissiper les ridicules préjugés dont on les a nourris chaque fois qu’on leur a prêché. Nous haïr, c’est tout ce qu’on leur apprend. C'est là, en effet, à peu près toute l’instruction qu’ils ont reçue. Bien que la plupart de ceux que j'ai vus ici fussent baptisés par le ministre, je n’en ai pas trouvé un seul qui ait pu me dire s’il existe un Dieu en trois personnes.

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« Mes néophytes m'aidaient puissamment à cor battre cette ignorance, soit par leur bonne conduit soit par des explications claires et justes sur la religic qu’ils professent.

« Permettez-moi, Monseigneur, de vous raconté un petit colloque qu’un sauvage de la Baie eut jour avec un de mes chrétiens d’Abbitibbi : « Quel différence y a-t-ilentre la Robe noire etnotre miristr lui dit le protestant ; entre ta religion et la mienne — La différence, répond le catholique, peux-tu l’ign rer ? Nous étions méchants, et la Robe notre nous faits bons, en nous enseignant la prière du Gran Esprit, qui défend le mal. Tu sais comme j'étai moi-même querelleur et ivrogne. Eh bien ! voi trois neiges passées depuis que j'ai été lavé dan l’eau de la prière ; je dis alors au Grand-Esprit : ] ne boierai plus de la liqueur de feu. Je n’en ai jamai goûté depuis. Et loin de battre mes frères comm autrefois, je les aime et je prie pour eux. »

« Cette réponse ne pouvait que produire une heu reuse impression, car celui qui la faisait était bia

connu de tous et passait avant son baptême pour k plus mauvais sujet de sa tribu.

« Trois semaines s'étaient écoulées depuis mon arrivée au fort de Moose, lorsqu'une goëlette venant

APOTRE DE LA BAIE D'HUDSON 113 nment à cor mne conduit sur la religic

BA Albany, situé à cent cinquante milles plus au nord, ne fournit l’occasion d’aller visiter les Indiens de ce poste, vers lequel mon cœur, plus encore que ma boussole, se dirigeait sans cesse. Je m’embarquai, le 5 juilvous racontlot, sur cette mer orageuse 5t couverte de glaces. Ses \ Baie eut côtes n’offraient à nos regardsqu’un terrain bas, maré- 1bbi : « Quellcageuxetstérile, périodiquement baigné par la marée, otre ministræqui monte très haut dans ces latitudes. Rien, ahsoet la mienneBlument rien, ne vient distraire notre âme de cette peux-tu l’igno mélancolie profondequi l’oppresse lorsqu'on parcourt, e noire nous pour la première fois, ces contrées désolées. Nous ère du Gran @n'aperçümes n1 gibier dans les airs, ni bêtes fauves comme j'éta@isur le rivage. Quelques petites baleines blanches et h bien ! voil@quelques loups marins furent les seuls habitants des été lavé dan@Reaux qui se montrassent à nous durant la traversée. nd-Esprit : Le seul sentiment qu'on éprouve à la vue de ces n’en ai jamaïhideux parages est celui d'une tristesse indicible. I rères commu est donc pas surprenant que mes lettres en por.ent x, » l'empreinte.

« Cette Mission, au reste, est la plus disgraciée, à non avis, qui existe sur la terre. lle n'offre partout lque des forêts sans limites d’un bois rabougri, un sol murécageux et aride, un ciel sombre et grisâtre, une mer glacée. Eparse çà et là sur une étendue immense de pays, une multitude de familles indigènes, dont l'aspect dégoûtant dénote la dégradation et la inisère la plus profonde, peuple ces solitudes. Le silence de mort qui règne sur ces champs de désola-

uire une heu sait était bia ptème pour l

depuis mon élette venant

De TE sr

tion n’est interrompu que par le cri plaintif de quelques oiseaux de passage, par les hurlements des loups et des ours, auquel l’Indien déclare une guerr où quelquefois il est vaincu et cruellement déchiré. Pour complèter cette esquise, voici, autant que j; puis me le rappeler, le tableau que le Père Charlevoi: fait des contrées que j'évangélise (1) :

« Rien, dit-il, n’est plus affreux que le pays don@ la Baie cst environnée. De quelque côté qu’on jette les yeux, on n’aperçoit que des terres incultes et sauvages, des roches escarpées qui s'élèvent jusqu'aux nues, qui sont entrecoupées de ravines profondes et de vallées stériles, où le soleil ne pénètre point, et que les neiges et les glaçons, qui ne fondent jamais, rendent inabordables, La mer n’y est libre que depuis juillet jusqu’en septembre, et encore y rencontre-t-on des glaçons d’une grosseur énorme qui jettent le navigateur dans de continuelles alarmes ; car, dans le tempshi qu'ory pense le moins, une marée ou un courant. ES assez fort pour entrainer le navire et empêcher del le gouverner, l’investit tout à coup d’un si grand BR nombre de ces écueils flottants, qu'aussi loin que à l’on puisse porter la vue on ne découvre que des glaces. Il n’y a pas d’autre moyen de s’en garantir qu'en se grappinant sur les plus grosses et

(1) Histoire de la Nouvelle-France.

APOTRE DE LA BAIE D'HUDSON 115 1 plaintif de irlements des re une guerr nent déchiré.

utant que j re Charlevoi:

écartant les autres avec de longs bâtons ferrés, il dont il faut avoir soin de se munir quand on entre- (l prend cette périlleuse navigation. » A « C’est principalement vers le fond de la Baie que a navigation est la plus dangereuse, parce que le ill Mont du Nord, qui y souffle souvent avec fureur, iccumule sur ce point des glaçons et en forme des 1

le pays don e côté qu’on terres incul:

qui s'élèvent es de ravines le soleil ne les glaçons, ordables, La usqu'en sepdes glaçons e navigateur ans le tempshi

iontagnes. Pourtant les sauvages y voyagent en canot H'écorce ou de peau de baleine, et vont chasser l’ours blanc sur des énormes bancs de glace.

« Il faut à l’Indien une rare énergie pour enpagcr cette lutte; car c'est presque toujours un s" combat à mort. L’ours blanc, qui ne vit guère que de poissons, se promènent gravement sur le bord ne | de l’écueil, guettant sa proie, et, au moment où il s'élance dans l’eau pour la saisir, le sauvage, qui Lun courant Sl'épiait en secret, s’approche et lui décoche une empêcher defflèche. L'animal furieux abandonne sa proie, s’é- ‘un si grand lance sur la glace et court droit à son ennemi ussi loin que qui l'attend de pied ferme, tenant dans sa main une vre que des Slame d’acier, quelquefois un couteau de pierre ou j + s'en garan- une dent de phoque. A l'instant où l'ours se jette s grosses etbouche béante sur le chasseur, celui-ci lui enfonce sa lance dans la gueule, ets’il a frappé juste, le monstre s'affaisse en le couvrant de son sang. Une femme

‘m'a raconté plusieurs fois qu'elle s'était battue ava | un ours pendant plus d’un quart d'heure, et qu'ell avait fini par le terrasser.

« Le climat de la Baie touche aux deux extrêmes car si le vent du nord y donne des jours d'hiver au mi lieu même de l’été, le vent du sud y amène, dans cett saison, une chaleur subite et tellement vive, que nou avons vu le thermomètre marquer quarante degré (Fahrenheit) à dix heures du matin, et à une heu après midi en marquer quatre-vingt-dix-huit (4). Now avons aperçu des arbres brûlés par les rayons soleil, concentrés et réfléchis comme un puissan foyer par les montagnes de glaces.

« Cependant, au milieu de cette nature désolée se révèle, comme partout, la bonté paternelle di Créateur, Outre les ours, les lièvres, les castors, le loups-marins, dont les Indiens font leur nourriture principale, ils reçoivent encore de la Providence w ample secours par la migration périodique de outardes. Leur passage, qui s'opère deux fois par an, au printemps et en automne, dure de d ux i trois senaines, pendant lesquels ün chasseur peut en tuer, dit-on, plusieurs centaines en un jour. Voic

(1) Ces quarante et ces quatre-vingt-dix-huit degrés reviennent à quatorze et trente-six degrés ceutigrades.

la ruse qu'il emploie : il place une outarde de bois dans un lieu apparent et se blottit derrière quelque nrhrisseau, en contrefaisant le cri de ce gallinacé. Bientôt une multitude de dupes vientse ranger autdur lu decoy-bird (ou appeau) ; alors le chasseur lâche ux extrémes@ison coup de fusil; beaucoup restent sur place, les d’uiver au mautres s’envolent en maudissant le perfide oiseau qui ne, dans cettles a trompées, et reviennent bientôt après donner rive, que noudle nouveau dans le même piège.

arante decrél à une hour huit (1). Now »s rayons (ii un puissanM ‘ Le quatrième jour après notre embarquement, une tempête furieuse, s’élevant tout à ture désoléeMCoup, poussa le navire avec une effrayante rapiaternelle dMdité vers d’énormes bancs de glaces que nous s castors, I«Mavions devant nous, à quelques milles de distance. re nourriturMLe capitaine, justement alarmé de voir son navire rovidence wi *posé au choc de ces îles flottantes, fit prompteriodique deMnent tourner les voiles; mais en voulant échapeux fois pale" à un danger, il tomba dans un autre. Nous de d ux sepprochions de l’entrée de la rivière Albany ; le vent sseur peut en qui soufflait avec violence, avait renversé les jalons à jour. VoidMiRiu en indiquaient le chenal. Tout à coup, nous | entendimes sous nos pieds un craquement qui nous degrés revien fit frémir. Le navire venait d’échouer sur une large . lroche qui, heureusement, se trouvant unie, ne fit au

ure, et qu'ell

Séigneu

LE PÈRE LAVERLOCHÈRE bâtiment qu'une avarie légère. Le même coup &

vent qui nous avait jetés sur cet écueil, en tourbil lonnant nous remit à flot, et peu de temps après now

entrions dans la rivière, en bénissant le

d’avoir échappé au naufrage.

ème coup 1, en tourbil ps après now t le Séignew CHAPITRE VIII

| SOMMAIRE. — Tourments causés par les maringouins. — Joie du bourgeois de la Compagnie à la vue d’un prêtre. — Horrible Lin festin. — Efficacité d'une visite dans chaque hutte.

Nos missionnaires avaient fait environ cinq milles | dans le fleuve quand ils aperçurent, à quelque dis- | tance, le fort Albany, ou plutôt la place qu’il occupait | x : re s “Hoi ‘ ue | naguère; car, l’hiver précédent, il avait été la proie | ci]

| d’un violent incendie. On ne voit sur ses ruines qu'un | modeste magasin, que le commandant y a fait cons- |truire avec des difficultés bien grandes, tant se | trouve éloigné le bois propre à bâtir.

| Larivière Albany, qui coule de l’ouest à l’est, prend | sa source dans le Lac du Chat, à neuf cents milles de | la Baie-James, où elle se décharge. Son eau est lim- | pide, passable au goût, mais peu poissonneuse ; ses bords sont baset marécageux. On en peut dire autant L de toute la côte occidentale des deux Baies; car, | depuis les bords de la mer jusqu’à cent lieues dans bles bois, on ne marche que sur un terrain mouvant, Layant de l’eau jusqu’à mi-jambe.

« Dans ces tristes marais, dit le P. Laverlochère, pullulent des maringouins, ou moucherons, dont la piqûre venimeuse cause une douleur cuisante. Ik sont plus nombreux et plus gros que ceux que j'avais vus jusqu'ici dans les forêts du Nouveau-Monde. Dès que notre goëlette entra dans la rivière, elle en fut littéralement couverte. Le ciel en était obscurei comme d'un nuage. Je doute qu’ils fussent ni plus nombreux ni plus cruels, lorsque le Seigneur les envoya, sous les ordres de. Moïse, visiter le roi Pharaon. Pour se défendre de leurs :.apitoyables aiguillons, les sauvages n'ont pas d'autre expédient que de s’oindre tout le corps avec de l’huile de poisson pourri, qui répand une odeur infecte ; les animaux domestiques du fort voisin, pour s’en garantir, se jettent à la nage et passent la journée dans un îlot au milieu de la rivière. Quoique j’eusse la précaution, pour célébrer les saints mystères, de m'éntourer d'une épaisse fumée, mon visage et mes mains en étaient tellement couverts, que les nappes d’autel étaient souvent tâchées du sang qui coulait des piqûres. Ils ont plus d’une fois éteint les cierges en venant s’y accumuler durant le service divin. On peut juger, d'après cet aperçu, de ce que la nature doit avoir à souffrir de la part de ces petits tyrans ailés.

averlochère, ons, dont Ja uisante. Ik X que j'avais -Monde. Dès elle en fut

La plupart des employés de la compagnie sont protestants, mais le commandant du fort Albany est un gentilhomme irlandais catholique, qui habite depuis trente ans les bords de la Baie d'Hudson. Venu d'Irlande à l’âge de seize ans, et seul de sa reli-

Curci comme S nombreux NVOYa, sous on. Pour se ns, les Saude s’oindre | pourri, qui lomestiques nt à la nage nilieu de la ur célébrer ine épaisse nt tellement hf souvent Ils ont plus accumuler d'après cet souffrir de

gion dans ces pays sauvages, 1l a toujours su conserver une foi pure et une piété fervente. Son dévoue-

ment à toute épreuve, sa probité et sa franchise lui

lont gagné l'estime de ceux qui l'ont connu, de

quelque croyance qu'ils fussent. La joie qu’il ressentit

Len voyant arriver chez lui un prêtre ne peut se | dépeindre. Nous nous jetâmes dans les bras l’un de l’autre. Nos larmes se confondirent et nous fûmes longtemps sans pouvoir cxpRmee autrement notre

bonheur. Son épouse, que j'avais baptisée l’année précédente, partageail son allégresse. Il eut le bonheur

: de communier et d’assister tous les jours à la sainte

D messe, qu'il servait avec une touchante piété. Après

mon départ, il ne craignit pas de s’embarquer dans un petit canot d’écorce, en compagnie de deux sau- | vages, de naviguer le jour et la nuit sur cette mer | agitée et couverte de glacons, pour venir meretrouver | à cinquante lieues de distance; et quand je lui mani- | festai ma surprise de le revoir si tôt, il me fit cette | réponse, qui résume toute l’ardeur de sa foi : «

Il eût

été trop pénible pour moi de demeurer tranquille | mon poste, sachant qu'un prêtre catholique, qu depuis si longtemps j'appelais de mes vœux, étai encore à ma portée. Je veux avoir encore une fois 8 bonheur de participer aux saints Mystères. » C’étai devant des protestants étonnés qu’il tenait ce lan

gage.

« À mon arrivée au poste d’Albany, j'y trouva une trentaine d’Indiens venus, les uns du fort Osnabruck, à six cents milles de distance, les autres du Lac Sûle, à neuf cents milles environ.

Ces derniers sont tellement adonnés à l’ivro-

gnerie, qu'ils m'ont avoué n'être accourus de si loin que dans le désir d’avoir du rhum à discrétion. Leur passion pour les liqueurs fortes et pour la magie les avait trop endurcis, pour qu'ils témoignassent de l'empressement à embrasser une religion qui commande avant tout la sobriété. Ceux d’Osnabruck, au contraire, me parurent beaucoup mieux disposés à se faire instruire. Ils semblaient prendre plaisir à entendre la bonne nouvelle. « Ton arrivée dans notre « tribu, me disaient-ils quelquefois, causerait une « joie bien vive à tous x:vs frères. Ils embrasseraient « avec ardeur la religion dont tu nous parles. » Et moi, en gémissant de ne pouvoir voler à leur suite,

» J y trouva uns du fort distance, les illes environ.

és à l’ivro- Courus de 5 à discrétion.

pour la magie ignassent de Don qui com:

nabruck, au disposés à se isir à entendans notre userait une Jr'asseraient parles. » Et | leur suite,

je les berçais de l'espérance d’aller les voir une autre

année. Ah ! si ceux qui portent le beau nom de catho- |lique et qui habitent les pays civilisés pouvaient être | témoins des désirs brûlants qui consument le pauvre lnissionnaire des sauvages, arrêté dans sa course

évangélique par le manque de secours, non, il n’y en a pas un qui ne voulût faire partie de l’admirable (Œuvre de la Propagation de la Foi!

« Tous les Indiens, de quelque tribu qu’ils soient, sont d’une malpropreté dégoûtante, et leur premier

| aspect dénote la plus profonde misère. Leurs terres : de chasse sont encore, il est vrai, assez bien pourvues | d'animaux dont la précieuse fourrure fait la richesse

de la Compagnie anglaise; mais autant la peau en

| est estimée, autant la chair en est repoussante. Les

ours noirs, gris et blancs, les lièvres et les castors, sont à peu près les seuls parmi les mammifères qui puissent servir de nourriture. Tous les autres, tels que loup, renard, martre, loutre, angora, fouine,etc., ne peuvent devenir un aliment que dans une disette extrême. Les bisons, les rennes, les cariboux, si comr.uns dans les prairies du Nord-Ouest, sont presque inconnus dans ces parages. Siles sauvages sont éloignés de l’un des postes de l'honorable Compagnie de la baie d'Hudson, ils sont quelquefois réduits à une telle détresse qu’ils se dévorent entre eux. Il y en a même qui vont jusqu’à se repaitre du cadavre de leurs propres enfants!

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« On m'a cité, à ce propos, des détails dont je ne puis sans frémir me retracer le souvenir. J'ai eu même une fois l’occasion de voir le triste héros de la scène que je vais décrire. C'était un sauvage qui vient faire la traite de ses pelleteries au poste d’Al-

. bany, mais dont la terre de chasse en est éloignée

de deux cent cinquante milles, distance effrayante dans un pays où le froid est si vif, que le mercure gèle dans le thermomètre. Il y avait déjà une semaine que ce malheureux, après avoir couru toute la journée sans rencontrer de bêtes fauves, rentrait le soir dans sa triste Cabane, accablé de faim et de fatigue. Là une femme et deux enfants l’attendaient, en proie à une faim non moins cruelle. Un soir il rentra, le désespoir dans l’âme, et, saisissant son casse-tête, 1] assomma ses deux enfants. Son infortunée compagne prit part à l’horrible festin. De concert ils dévorèrent les membres encore palpitants de leur jeune famille... Plusieurs jours s'étaient déjà écoulés depuis, et la faim recommençait à se faire sentir. La saison était toujours mauvaise. Les deux malheureux époux se mettent en route pour se rendre au fort Albany. Après six journées de marche pénible, la femme tombe, épuisée de fatigue et d’inanition. Elle n’a pas encore rendu le dernier soupir que son mari commence à s’en repaître !!!

« Quelques jours après, il arriva enfin au poste où il raconta lui-même ce que ma plume vient de tracer.

ils dont je ne ivenir, J’ai eu riste héros ‘de n Sauvage qui u poste d’Al est éloignée ce effrayante > le mercure it déjà une ” COuru toute Ives, rentrait > faim et de ‘attendaient, . Un soir il isissant son . Son infor.

lin. De conalpitants de taient déjà à se faire

. Les deux

Jur se ren-

de marche

le et d’ina-

lier soupir

1 poste où de tracer.

Le trait, au reste, n’est AE ” Has dans ces pays en Il ne He s a | chaque jour sans la générosi LE volé donc l’état de la belle nature, tant vanté "à té philosophes. Il donne lieu à des re | les bêtes féroces auraient horreur. En parco He | forêts du nord de l'Amérique, j'ai a | que le trop fameux J.-J. Rousseau ont : CO ira à passer quelques hivers au milieu le “ co | infidéles; il aurait probablement réformé gi ss | social. Te dis parmi les tafaèles, car il n . ne Le même de ceux qui ont été nee . Lg phytes d'Abbitibbi ont frisonné d . Â si, à | leur ai raconté, à mon retour au milieu d'e a . | monstrueuse histoire. — « Nous aimerions m sis mieux mourir, me disaient-ils avec un Pr .

d’indignation, plutôt que de commettre de p crimes. »

« Je trouvai un assez bon nombre d Indiens .

au fort Albany, lors de mon arrivée; mais jem ps çus bientôt qu'ils étaient imbus des LE tions contre nous que ceux de Moose . se clochet r des cabanes, une que je faisais le tou ae me personne ne venaitm'écouter. Cela m'afflig ,

ne

Lrriva avec Mrésence a lutavec be etenir ; 1

sans me surprendre, sachant qu’on leur avait fait de notre sainte religion la plus cffrayante peinture. Cependant, j'étais venu de trop loin, je m'étais exposé volontairement à trop de dangers dans l'intérêt de

leur salut pour demeurer maintenant spectateur oisif (Q présent de leur état, J’allai done les visiter chacun dans leur me fit rouver, et

hutte, les saluant comme des amis, m’asseyant au

milieu d’eux sans façon ; embrassant et caressant Ie, Rération d

petits enfants, et Dieu sait quels enfants! fumant le BRU! faire Ki calumet avec les chasseurs; priant les vieillards de EU Le me conter quelques-unes de leurs aventures des forêts, L's était p

jeur promettant de leur en raconter à mon tour, qui MI 5e r'assu les intéresseraient, et tout cela sans faire semblant de RRtouS $e5 ©

m'apercevoir que la vermine, qui échappait à leur Après voracité, venait à toutes jambes se réfugier par BP'éTe Que milliers sur ma robe noire. Celle-ci en devenait litté. Bque je l'at ralement grise. Etonnés d’un procédé si nouveau e—Tu pour eux, je les vis me fixer de la tête aux pieds et se MR tu aura demander si j'étais bien cet homme dont on leur BR PS Si avait fait un si hideux portrait. Bientôt, j’eus la satis- RS" te metl faction d’en voir un bon nombre accourir, au pre- Be jettent mier signal, à la cabane qui me servit de chapelle. « l'abime

« Permi ceux que la grâce a touchés d’une manière D ‘ Ces aussi efficace que prompte était un jeune polygame. 1 effet qu Ses amis, et surtout sa mère, qui est un modèle de MS® POitrt vertus, avaient fait tous leurs efforts pour l’engager à MRmnutes, n'avoir qu’une épouse, sans pouvoir y réussir. Il y pub, :

avait deux jours que j'étais à Albany quand il y

t dMrriva avec sa nombreuse famille. Dès qu’il apprit ma ure Mbrésence au fort, il fut effrayé et voulut repartir. Ce osé ut avec beaucoup de peine que sa mère parvint à le t detenir; mais il évitait ma rencontre, ct quand je isif e présentai à sa hutte pour le voir, il s'était caché. Dn me fit connaître le lieu de sa retraite, je fus l'y rouver, et, comme j'avais bien plus à cœur la régéération de ses enfants que son divorce, je tâchai de ui faire comprendre l'importance du baptême. Au premier abord, redoutant sans doute mes reproches, il s'était pris à trembler de tous ses membres ; mais il se rassura bientôt, et le même jour 1l m’apporta ous ses enfants pour que j'en fisse des chrétiens. | « Après leur baptême, il me demanda d’une mahière touchante la même faveur pour lui: c’était là que je l’attendais.

« — Tu ne pourras être baptisé, lui dis-je, tant que

leur au les t le de êts, qui t de eur par À tté-

eau

tse Me tu auras deux femmes, le Grand-Esprit ne le veut eur M: pas. Si tu continues à violer sa défense, au lieu de is. Me te mettre avec lui dans sa grande lumière, il te re- EM: jettera avec le mauvais manitou dans le feu de

E« l'abime! »

« Ces paroles firent sur l’âme du sauvage tout l'effet que je pouvais en attendre. La tête appuyée sur

de Isa poitrine, il ne répondit rien, et, durant quelques à Mrninutes, il parut plongé dans uneréflexion profende ; y puis, se levant tout à coup:

«— Père, me dit-il, ce que tu me prescris est juste.

Puisque le Grand-Esprit n’a donné qu’une com pagne au premier homme, je ne dois pas en garde deux. Laquelle veux-tu que je renvoie?

« — Tu duis garder la première, lui dis-je; mai les enfants de la seconde étant aussi les tiens, faut que tu les élèves et que tu prennes soin d leur mère comme de ta propre sœur. »

« Merci, me dit-il, et il sortit aussitôt pour alle annoncer à la plus jeune sa résolution. Celle-à montra une générosité égale à la sienne, et depui lors je ne les vis plus ensemble qu’à la chapelle. où ils rivalisaient de zèle pour se faire instruire.

LD

ON

6 qu’une com S pas en gardek oie?

1 dis-je; mai ssi les tiens, il CHAPITRE IX rennes soin di

si pour alle SOMMAIRE. — Erection d’une croix par des hérétiques et des ution. Celle-c infidèles. — Retour au lac Abbitibbi. — Baptème d’une sauvaenne, et depui M cesse. — Festin de noce chez les sauvages. — Vieux chef JUS TS consolé à la vie du Missionnaire.

à la chapelle

ire instruire. MR Le missionnaire devait clore son lointain apostolat

par une cérémonie qui produit partout les plus heurouses impressions, — l'érection d’une croix. Précédemment il en avait déjà planté une au fort de Moose, avec toute la solennité que pouvait permettre son Jénüment. C'étaient des néophytes qui avaient fait la première ; ce furent des hérétiques et des idolâtres qui açonnèrent celie du fort Albany. Au moment où cette croix fut élevée par des mains infidèles et protes- Blanies, il ressentit au fond de son âme « quelque chose

ET Ÿ Else

K'ineffable etsans nom sur la terre. »

« Jamais, dit-il, dans mes fonctions saintes jen’avais

Éprouvé une dévition plus sensible ; temale je n'avais

élevé vers le ciel une voix plus émue et porté an plus de ferveur l’expression de mon amour et den reconnaissance vers Celui qui daigna mourir nous. C’étaient des juifs et des païens, tous ennem de la croix, qui firent et plantèrent celle que le $: veur porta sur le Calvaire. Elle était regardée park uns comme une folie, par les autres comme un seu dale, et pourtant, plusieurs d’entr’eux se convertirel et tombèrent à sespieds. Singulier rapprochement 4 gage mystérieux d'espérance ! Vous seul, à mon Dia savez quels désirs ardents s'élaucaient de mon âme agitée par tant de souvenirs at à motions, lorsqu'a pied de cette croix que je venais de bénir, j'offn l’adorable Victime !

» Par l'inauguration du signe rédempteur, le Salé veur avait pris possession de cette terre sauvage, il semblait qu'il voulût immédiatement cimenter contrat avec son sang précieux. Les larmes qui co laient de mes yeux se confondaient avec les prièresq s’échappaient de mon cœur. J’offris ies unes et | autres au Dieu qui s’immolait pour le bonheur de cs pauvre peuple, encore presque tout infidele (4), dec peuple qui s’agenouillait autour de l’autel rustique: de la croix de la forêt, et qui chantait dans sa langu

(1) Peu de temps après que cette lettre a &:: écrite, plusieu centaines d'âmes ont reçu le baptème dans cette tribu.

aive le refrain si connu et si doux : Vive Jésus ! bive sa croix !

e et porté a mour et den

a MOurr pe «. Ces sauvages que j'étais venu chercher si loin, , (ous enneni fallait que je les quittasse bientôt ; mais je leur laiselle que le Sais un livre dans lequel ils pourraient lire l'amour egardée par mense d’un Dieu pour les hommes. Cette pensée

omme un sa se convertira

prochement ul, ô mon Diu t de mon âme tions, lorsqu'

bénir, j'off

lempérait l’amertume du départ, lorsque je collai une Hernière fois mes lèvres brülantes sur ce bois sacré. [L est vrai qu'ici Dieu règne maintenant par la croix, Regnat a ligno Deus, mais, hélas! son empire ne Y'étend encore que sur des ruines. Oh ! puisse-t-il réner bientôt sur tous les cœurs ! C’est au pied de cette roix que le Missionnaire aimera à venir désormais Fe reposer de ses fatigues et puiser de nouvelles forces dourdenouveaux dornbeite: Oui, denouveauxcombats, bar le démon ne lâche pas facilement prise, il faut lui Bisputer leterrain pied à pied. Si d’un côté nous avons a consolationde voirquelquesàmes généreusesrenoner à l'erreur, nous ne pouvons néanmoins nous dissi-

muler que le très grand nombre est encore, et sera Bongtemps peut-être engagé dans la voie de la perdi- Bion. Toutsemble concourir à y retenir ce malheureux peuple. L’extrême âpreté d’un climat qui ne permet bointde culture, l’infinie diversité des langues, la vie nomade des tribus disséminées sur une surface imnense, la difficulté des communications dans ces Brarécages où l’on est parfois dans l’eau jusqu’au geou, lemanque d’ouvrierset plusencore de ressources

pteur, le Sa rre sauvage, ( nt cimenter| armes qui co c Les prières q ies unes et | bonheur de « idée (4), dec utel rustique lans sa lanou

écrite, plusieu tie tribu.

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pour se procurer les choses les ‘plus indispensablu l'excès des liqueurs enivrantes, la jonglerie trad tionnelle et Pesprit d’hérésie quia déja soufflé presqu partout : voilà les obstacles qui se présentent à chaqu

pas devant le Missionnaire. Et pourtant ces India

sont nombreux.

Il y avaitun mois que j'étais au fort Albany lorsqu me fallut profiter du départ d’un canot pour regagne le Sud. Ce fut à regret que je quittai mes bons sal vages. J’eus la satisfaction de voir qu’en éclairant ll esprit j'avais touché leur cœur. Ils vinrent dans profond silence, et les yeux baissés vers la terre, m'a compagner jusqu’au rivage. Chez l’Indien le silent est le signe d’une grande tristesse. Je les consolai ci

leur promettant de revenir les visiter l’été suivant.

« Notre traversée fut plus heureuse que la premièré fois. Les glaces flottantes avaient disparu. Quand nou repassâmes près de l’écueil où, un mois auparavant nousavionsfailli faire naufrage, une pensée bien dou vint traversermon âme, je me disais : « Il y a un mor, » sij'étais mort dans ces lieux, l’onde glacée m'aural » servi de tombe, et aucun vestige ne serait resl » pour indiquer qu’un prêtre avait passé par là. Mai

| aujourd’hui le voyageur catholique; apercevantune | croix plantée sur une plage lointaine, tressaillira | d’une religieuse et consolante surprise. Ce signe | du salut lui rappellera la bonté de Dieu sur une terre | où il semblait jusqu'ici n'avoir voulu manifester que sa puissance. »

: « Deretour au lacAbbitibbi, j'y trouvaïle vieux chef le la tribu qui m’attendait avec une quinzaine de failes. Dès qu’il aperçut notre canot, 1l accourut sur le rivage ; les autres Indiens le suivirent, et tous, ivcnouillés devantmoï, meprièrentde lesbénir comme mes enfants. J'avais dessein d’aller coucher plus loin ; Mais ils me firent tant d’instances, que je fus obligé de dresser ma tente parmi eux. Je passai la nuit à les nstruire et à les confesser. Ce ne fut qu’au point du jour que j’interrompis ces pieux exercices pour recommencer mes pérégrinations. (était un samedi, je vouais me rendre aulieu de la Mission pour le lendemain ; e savais qu’un grand nombre desauvages m'y atten- Jaient, et nous avions plus de vingt lieues à faire sur bn lac dangereux. À peinefûmes-nous embarqués, que nous vimes nos hôtes lever leurcamp pour nous suivre. {y avait parmi eux un métis canadien dangereusement alade. Quoique je l’eusse administré, il pria insamment sa femme et son fils de le conduire à la Mision pour avoir, disait-il, le bonheur de mourir sous es yeux de la Robe noire. | « Comme j'avais une bonne troupe de rameurs,

nt ces Indie

Ibany lorsqu' pourregagne

inrent dans laterre, m'a dien le silenc les consolai cl ’êté suivant.

e serait rest 6 par là. Mai

notre canot semblait voler sur l’eau ; nous atteignimes le fort ce soir-là même. Pour les pauvres Indiens, ils furent obligés de naviguer toute la nuit, et n’arri. vèrent que le lendemain vers les onze heures, a moment où, désespérant de les revoir, je me dispo. sais à monter à l'autel. Le malade se fit aussitôt apporter à la chapelle où 1l reçut le saint viatique. Peu d’instants après, il n’était plus; mais, par une coïncidence singulière, j’eus le bonheur, ce jour-h, de baptiser sa mère, vieille sauvagesse endurcie, qu

n’avait pas voulu jusque-là entendre parler de relie

gion. Depuis plusieurs années, nous avions fait auprès d'elle bien des démarches inutiles, jamais nous n’a. vions pu l’amener à faire seulement un signe de croix. C'était Marie qui devait obtenir la conversion de cettk âme obstinée. Nous étions enfin parvenus, non sant peine, à lui mettre au cou une médaille bénite de l'Immaculée Conception. J'appris bientôt que son cœur était changé et qu’elle demandait à me voir. Ce fut une protestante qui vint m'annoncer celte bonne nouvelle. Je volai aussitôt auprès de cette femme, et ma présence parut lui causer autant del joie qu’elle lui inspirait naguère de répugnance. Je la vis souvent baiser sa médaille avec affection. Elle me dit que depuis qu’elle la portait, elle ressentai un grand désir d’être baptisée, et qu’elle craignait de mourir avant d’avoir reçu cette grâce. Je l'ins: truisis du mieux qu’il me fut possible. Les bonnes

us atteignimes uvres Indiens, nuit, et n’arri.

ze heures, au ) je me dispo.

se fit aussiti saint viatique, Nails, par une r, ce jour-li endurcie, qu

arler de reli.

ns fait auprès 1ais nous n’a.

1gne de croix,

rsion de cett:h

us, non sans le bénite de tôt que son it à me voir.

noncer celte rès de celte er autant del Jugnance. Je fection. Elle le ressentait | Île craignait ice. Je l’ins- Les bonnes

dispositions que je voyais en elle, ses quatre-vingts ans et l’hydropisie dont elle était atteinte ne me permettaient pas de lui différer le baptème; et, au moment où le fils expirait, l’eau sainte coulait sur le front de la mère. Quelques heures après, elle était aussi allée au ciel remercier sa libératrice.

. Nous avions déjà laissé bien loin derrière nous les bords de la mer glaciale, nous avions franchi Lles limites qui séparent le Canada du territoire de la Baie d'Hudson, et salué en passant plusieurs groupes d’Indiens accourüs sur notre passage, afin, disaientils, de camper encore une fois à côté de la Robe noire. | Parvenus à la Rivière-Creuse, nous y trouvâmes une vingtaine de familles, faible reste d’une tribu autre- : fois florissante, qui nous attendaient avec impatience : autour d’une petite chapelle que le chef lui-même

M avait bâtie. Pour se faire une idée de la joie que leur causa notre arrivée, il suffira de savoir qu’ils

D étaient là dans un jeûne forcé depuis plus de cinq

} semaines. N'ayant moi-même aucunes provisions, je

: leur annonçai mon prochain départ. Aussitôt l’un

: deux courut à la chasse, un autre à la pêche; un

troisième, qui possédait à une grande distance m petit champ de pommes de terre, s’en fut avec 4 pioche rendre visite aux tubercules. Adinirable Pro. vidence de mon Dieu ! le gibier qu’on n’apercevai plus vint de lui-même se ranger sous les coups du fusil; le poisson avait vu tendre le filet et s’y étai jeté, et la terre avait donné son fruit, et terra dedi fructum suum. Nous n'avions le matin qu'une poï gnée de biscuit de mer, ct le soir nous étions en possession de deux canards, de trois poissons, et d’un sac rempli de patates. Dès lors je ne pensais plus à partir de sitôt, et bien m’en prit, car je devais être, deux jours après, invité à une double noce. Rk Votre Grandeur me permettra d’esquisser cette fête de famille, qui rappelle par sa simplicité les usages des temps anciens

« Le chef de cette peuplade avait un fils et ure petite fille nubiles. Le gendre et la bru étaient prêts} j'arrivais à propos pour bénir leur union. Lorsque la cérémonie du mariage fut terminée, le père, ayant fait préparer une collation champêtre, vint me prier de la bénir et d'y prendre part. Tous les convives étaient assis à terre autour d’une large marmite, | contenant un mélange de poissons, delièvre et autre gibier bouillis ensemble. Il n’y eut aucune dispute sur la préséance. Chacun prit la place qu'il voulait et mangea dans le mesure de son appétit; seulement le chef était à la droite de la Robe noire assis à terre

le distance m n fut avec q dinirable Pro.

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