‹ Le père Laverlochère [microforme]Chapitre 19 sur 45 · SUR LA RIVIÈRE ABBITIBBI · texte numérisé non relu

SUR LA RIVIÈRE ABBITIBBI

comme les autres, tandis que j’occupais un petit siège d'honneur. Des écuelles d’écorce tenaient lieu. À de porcelaine et de faïence ; deux morceaux de bois. dont l’un pointu, l’autre eonvave, remplaçaient l’ar- . genterie. Tous buvaient dans le creux de la main ou avec le couvercle de la chaudière. Une gaieté douce et franche animait toutes les physionomies, Jamais ‘h je n’avais vu un plus beau jour de noce que parmi “1 ces enfants des forêts. A « Le repas achevé, le chef me présenta le calumet pour dessert, et tandis que les femmes réunies en groupe autour des nouveaux mariés, faisaient des. vœux pour leur bonheur, et que les jeunes gens se : livraient à des jeux gymnastiques, les anciens s’en- | tretenaient gravement avec moi de politique indienne et de projets de colonisation. Nous décidèmes de réunir le plus possible de familles indigènes pour les | mettre à la culture. Le chef, Tekkwannens, homme Al, rempli d'intelligence, de zèle et de piété, devait s’ad- L | joindre son nouveau gendre pour partager l'autorité !}} et la direction des travaux. Après m'avoir cordiale- \ ment remercié de mon séjour parmi les siens, il me . demanda la permission de m’accompagner jusqu’aux 1 Allumettes, Kivegamaug, à quinze lieues de dis- il | tance.

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« Là nous trouvâmes un au” chef, que la maladie et la décrépitude de l’âge avaient empêché de venir à la Mission. — « Mon père, me dit-il en me voyant, tu sais que le vieux castor, qui a été longtemps privé d’eau pour se rafraîchir, languit et se jette avec joie dans la rivière; quela zibeline, après un long et rigoureux hiver, court se réchauffer aux premiers rayons d’un soleil printanier : c’est ainsi que je soupirais dans ma triste cabane, en attendant ton retour. J'ai compté les heures depuis que m'a dit: La Robe noire est à quelques lieues d’iv.. snfin, tu es arrivé, je suis content. Tu vas rafraîchir mon âme languissante par la parole du Grand-Esprit ; tu réchaufferas mon cœur, en me redisant l’amour de son Fils Jésus pour nous. Oh! comme nous allons écouter tout ce qui coulera de tes lèvres! »

« Je passai deux jours auprès de cet excellent sauvage, et il m'avoua, en le quittant, que c’étaient les plus beaux de sa vie. Il avait eu le bonheur de communier, ainsi que toutes les personnes de sa suite ; il avait, comme il le disait si bien, ra/fraîchi son âme en buvant à la source d’eau vive qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle.

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APOTRE DE LA BAIE D'HUDSON 14t

« Tels sont, Monseigneur, les principaux traits qui ont signalé mon dernier voyage à la Baie d'Hudson. Tracé par une main plus habile, par un homme qui n'aurait pas désappris sa langue à force de bégayer celle qu’on parle au fond des forêts, ce récit eût reproduit sous vos yeux le tableau des lieux désolés que j'ai parcourus, l’état des peuplades que j'ai visitées, les scènes touchantes ou horribles dont je viens d'êtrele témoin. Mais le silence est, après le travail, ce qui me va le mieux; et je l'aurais gardé, si deux motifs impérieux ne m'avaient contraint de vous adresser ces notes. D'abord, l’obéissance que je dois à Votre Grandeur, m’oblige de lui donner les détails qu’elle attend sur cette portion peu connue de son troupeau. Ensuite, ma reconnaissance pour les asso-

| ciés de la Propagation de la foi me presse de leur

montrer le bien immense qui résulte de leurs géné-

| reux sacrifices. Je m’en suis tenu exclusivement aux | faits qui pouvaient les intéresser sous le rapport

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| religieux, laissant à d’autres les observations scienti-

fiques : ministre du Dieu du Calvaire, je n’ai pas jugé

| à propos de savoir autre chose que Jésus, et Jésus

crucifié.

« Daignez, Monseigneur et mon Père, en bénissant ceux que votre sollicitude m'a confiés, ne pas oublier celui qui sera toujours le plus humble de vos

| enfants. »

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