‹ Le père Laverlochère [microforme]Chapitre 20 sur 45 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

| SomMAIRE. — Canot suspendu sur un abime. — Arrivée à Témiskamingue. — Douleur et résignation des Indiens catholiques.

Au printemps de l’année 1849, le Père Laverlo- : chère eutle bonheur de s’adjoindre deux confrères : | il n'avait pu jusqu'alors en avoir plus d’un, et même | quelquefois avait-il été obligé d’entreprendre seul un long, pénible et dangereux voyage. Mgr l’évêque de | Bytown avait assigné au Père Clément les missions | indiennes du Canada jusqu’au lac Abbitibbi, tandis | que le Père Arnaud devait accompagner le Père | Laverlochère jusqu'aux postes les plus reculés de la E baie d'Hudson. Ils partirent tousles trois de Bytown, | au commencement de mai, après s’être mis sous la | protection de Marie Immaculée, patronne de cette ville, et s’être munis de la bénédiction paternelle de | celui que l'obéissance avait placé à la tête de cet | immense diocèse.

Notre apôtre adressa son rapport de la présente | année à Sa Grandeur Mgr de Mazenod, évêque de Mar-

seille. Voici les quelques passages pleins ni que nous y avuns glanés.

»Je ne vous di: : pas, Monseigneur, les difficulté que nous éprouvâmes, ni les danger que nous cou: rûmes, pour nous rendre à Témiskamingue, où now devions laisser le Père Clément. Comme nous craï gnions d'arriver trop tard pour nous embarquer sur l’un des canots de l’honorable Compagnie de h Baie d'Hudson, nous voyagions à grandes journées. Les eaux étaient si hautes et le courant si rapide, que nous fûmes plusieurs fois sur le point d’être entraînés dans des gouffres affreux.

y Un jour, nos rameurs, placés au-dessus d’une cascade qu’il nous fallait remonter, tiraient le canot à. la cordelle. Tout à coup la corde se rompt, et h barque est emportée comme un éclair. Point d’autre perspective que celle de nous aller briser contre w “arbre placé en travers au milieu du courant, ou d’êtrif engloutis dans les tourbillons que formait au-dessus de nous la chute de la rivière. Nous allions périr !.…. Mais nous venions de chanter un cantique à Marie} “et cette bonne Mère vint aussitôt à notre secours. G

jue nous craignions comme un écueil, ce qui devait hi auser notre perte devint, au contraire, notre moyen a. e salut. Un Iroquois, qui gouvernait le canot, le oyant sur le point de heurter contre l'arbre, se préipite dans l’eau, d’une main s’attache aux branches, t de l’autre retient le bateau suspendu sur l’abime. los autres rameurs se hâtèrent de renouer la corde. ous étions tous sauvés !.…

Nous recommençames à naviguer en chantant l’Ave haris Stella. » |

pleins d’intéréf

+, les difficulté que nous cou:

ingue, Où nou nme nous craiembarquer sw mpagnie de h ndes journées, rant si rapide, Joint d’être en.

E À mesure qu'il approchait des lieux où il avait eu bonheur d’enfanter à Jésus-Christ des hommes nabère si barbares et si malheureux, et où, par con- À quent, il avait placé depuis lors ses plus chères 1 fections, mille pensées assiégeaient son âme. — LReverrai-je, se disait-il, ces bons néophytes, qui, née dernière, versaient des larmes en me quitpt?... Que sont-ils devenus depuis mon départ? » } Il était encore à deux journées de Témiskamingue, squ il aperçut une douzaine d’Indiens de ce poste. S que ceux-ci reconnurent le canot du Missionnaire,

|accoururent au-devant de lui. La joie que leur < 10

u-dessus d’une iraient le canot

riser contre un irant, ou d'être mait au-dessus Iions périr !..

tique à Marie tre secours. C

causait la vue des robes noires, ne put toutefois eff cer entièrement une expression de tristesse empreink sur leur visage.

« En voyant les visages abattus de mes néophyta ditle Père, je m’empressai de leur demander la rais de leur tristesse. Ils me répondirent : — « Mon Père un grand nombre de ceux que tu avais laissés plein de vie et de santé, ont cessé de vivre. Tu ne les ver plus au lieu de la Mission ; mais tu y trouveras enco quantité de malades qui, disent-ils, t’attendent po mourir. Ils bénissent le Grand-Esprit d’avoir été an sés de l’eau de la prière, et ne craignent pas de qui ter ce monde. Mais il n’en est pas de même de ceu qui ne prient point : ils sont effrayés et disent qui ne prieront jamais : ils ne veulent ni s'approcher il la sainte cabane ni laisser baptiser leurs enfants, pe suadés que cela les ferait mourir. Tu ne les rencoi treras pas au village : ils sont {ous dans les bois, a alentours du Fort, et plus que jamais ils boivent ( la liqueur de feu. Quelques-uns de ceux qui avaia dit : « Je ne boiraï plus », ont bu de nouveau cet lil ver, parce que les païens leur ont faire croire qu c'en serait fait d'eux s'ils ne buvaient plus. Ils no ont aussi sollicités plusieurs fois en nous présenta de la liqueur de feu, mais nous n’en boirons jamais.

« Tandis qu'ils me parlaient ainsi, leurs yeux: remplissaient de larmes, et sur leur physionomie: peignait une douleur profonde, unie à une sainte rés

hation, que je n’eusse même pas soupçonnée chez habitant des forêts, mais qui ne se trouve que chez blui qui a été régénéré. Chacune des paroles que je bnais d'entendre avait été un trait qui me perçait le | cœur, car depuis le jour que vous m’envoyâtes, onseigneur, évangéliser ces peuplades infortunées, n’ai eu d’autre pensée que leur propre bonheur, ouvant le mien à les instruire et à me sacrifier pour les. L’admirable résignation avee laquelle souffrent ès Indiens, la foi et la charité qui les anime, la joie u'ils font éclater en revoyant le prêtre, voilà le hume avec lequel le missionnaire adoucit la douleur ue lui cause l’affliction de ses enfants.

| « Nous étions encore à plus d’un mille du poste, Que déjà nous apercevions tous ces bons néophytes ccourant sur le rivage. Les hommes et les enfants vaient le fusil à la main et saluaient notre arrivée ar de nombreuses décharges. Toute la mission avait it trêve à sa douleur et pris un air de fête. À voir ps excellents chrétiens, on eût dit que rien ne manait à leur bonheur; mais, hélas! je reconnus bient qu'il n’y avait point d’exagération dans le récit "on m'avait fait de leur détresse. Si je m’adressais Eun homme pour lui demander des nouvelles de sa oirons jamais. mme et de ses enfants que je ne voyais pas autour ; leurs -Yeux @E lui, son silence et les grosses larmes qui coulaient physionomie Sr ses joues pâles et décharnées semblaient me

une saintersire : — « Mon Père, ils ont pris les devants dans un

monde meilleur, mais je vais bientôt les rejoindre!

« On se tromperait beaucoup, si l’on s’imagin: qu'il y a moins de sensibilité chez nos Indiens cath liques, que parmi les hommes civilisés. J'en ai ra contré quelquefois, assis sur le bord des rivières, l yeux baissés et pleins de larmes, l’air triste et abatt se refusant à prendre aucune nourriture, parce qu avaient vu en quelques jours leur famille entière da cendre dans la tombe: mais ils se ranimaient aussi que. le prêtre faisait briller à leurs yeux l’espérand d’une éternité bienheureuse. N’eût-il d’autres succès le missionnaire serait déjà plus que payé de ses fa tigues. Jamais le philosophe n'aura ni cette puissand ni cette joie.

« Je n’avais assurément rien de plus pressé, e arrivant au milieu de ce bon peuple, que d’aller par ter quelques paroles de consolation à ceux qui, ret nus par la maledie, gisaient dans leurs cabanes. Ma je ne les avais pas encore tous visités, que moi-mên: je dus me mettre au lit, atteint d’une fièvre brûlante L’aspect de la détresse de mes enfants, plus encor que la fatigue du voyage, avait occasionné en moi un révolution de bile. Le bon M. Comeron, bourgeois di fort, ‘avait eu la délicatesse de préparer un appart ment chez lui pour nous recevoir.

« Dès que les Indiens eurent connaissance de mot état, ils accoururent en foule, et, l'entrée du fort leu étant interdite, ils rôdaient autour de mon logemeil

de APOTRE DE LA BAIE D'HUDSON 149

les rejoindre |

l'on s’imagin Ds Indiens cath sés. J’en ai ro des rivières, Je "triste et abatt ure, parce qui nille entière de imaient aussiti yeux l’espérand d’autres succès payé de ses fi i cette puissanc

ans une attitude inquiète. Le lendemain, cependant,

} pus commencer les exercices de la mission. Oh!

bmme tous mes bons néophytes s’empressaient de se ndre à la chapelle au premier son de la clochette !

elques-uns s’y traînaient, d’autres s’y faisaient rter, et pendant que j'offrais l’adorable sacrifice,

tte troupe de squelettes ambulants faisait retentir air de ses pieux cantiques. Il y avait dans le son de | voix quelque chose de si mélancolique, que j'avais p la peine à comprimer mes sanglots : il me semlait, entendre un hymne funèbre; c’était comme le hant du cygne, précurseur de la mort; c'était le canque de la délivrance! »

plus pressé, « que d'aller por | ceux qui, ret s cabanes... Mai , que moi-mênx fièvre brûlante ts, plus encor jnné en moi un n, bourgeois di rer un appart

issance de mo rée du fort leu mon logemeil

Page 1