CE LE PÈRE LAVERLOCHÈRE
Vous dire quelle fut sa ferveur à cette école de formation et de prière n’est pas en mon pouvoir, vu que je n’ai trouvé aucune espèce de document à ce sujet. Toutefois la réputation qu'il s’était acquise
comme sacristain dans la première maison de la
Congrégation, l’auréole de gloire dont les vertus apostoliques ceignirent plus tard son front, le renom de sainteté que ses longues et pénibles souffrances endurées avec une pieuse résignation imprimèrent sur ses dernières années, tout cela nous autorise à penser que l’astre qui brilla d’un si pur éclat à son midi et à son coucher, avait eu aussi son aurore.
Son noviciat terminé, le frère Laverlochère fut envoyé, au commencement de l’année 1838, à la maison d'Aix, berceau de la Congrégation des Oblats de Marie-Immaculée. Le nouveau frère y remplit avec beaucoup de zèle et d'intelligence les fonctions de sacristain.
N’allez pas croire qu'ayant trouvé matière à contenter sa piété, le frère Laverlochère se tenait pour satisfait et ne prétendait à rien plus, s'en reposant pleinement sur le bon plaisir de ses supérieurs ; vous compteriez sans cette flamme qui s'était allumée dans son cœur dès sa jeunesse : la flamme de l’apostolat, la flamme du salut des âmes. Mais comment
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oser aspirer à l’honneur du sacerdoce ? Il était illettré : grand obstacle. Rien n'est impossible à une volonté virile aidée du secours d’en haut. Cette volonté se montre dans plusieurs de ses lettres à Mgr de Mazenod, à qui il aimait à ouvrir son cœur et à communiquer ses désirs. En voici un échantillon. Après un filial exposé de sa situation et une ardente supplication à son très honoré père, il exhalait ainsi son âme :
« Oui, c’est dans ces moments si doux d’oraison et de communion que le désir de-travailler au salut des âmes s'est présenté le plus fortement à mon esprit. Je n’ai pas mariqué de donner connaissance au R. P. Supérieur de l’anxiété dans laquelle me plongeaient ces pensées toujours renaissantes. Il n’a répondu que je devais les repousser comme une tentation; mais, en même temps, il me permettait d'en référer à Votre Grandeur. C’est pourquoi, Monseigneur, je m’abandonne entièrement à la décision de votre sagesse. Car malgré le désir que je pourrais avoir d'entrer dans la carrière apostolique, je verrai toujours en vous l’image de l’autorité de Dieu; vos volontés seront toujours mes lois. »
Puis, donnant un tour original à sa pensée, il continue : « Que diriez-vous, Monseigneur, d’un « jeune homme qui, dans son enfance, aurait « négligé de polir des pierres pour la construction
« d’un édifice, et, sous prétexte de ne pas pouvoir ! « supporter la fatigue et le poids du travail, aurait « grandi dans cette coupable insouciance; mais qui, | . « dans l’âge d’adolescence, s’étant rangé parmi les | « ouvriers comme simple manœuvre, verrait avec | « regret, devant l’abondance des pierres à ciseler’ et | « l’immense édifice à élever, la grande pénurie des | « travailleurs; que penseriez-vous, dis-je, Monsei- « gneur, de ce jeune homme, si, poussé par une lé
« noble émulation, il se déterminait enfin à mani- « fester au directeur de l’entreprise son désir de « prendre le marteau pour coopérer à ce grand
« ouvrage? Certes, vous ne condamneriez pas cette là « démarche. Eh bien, Monseigneur, vous voyez sous À
« cette courte allégorie l’image fidèle de ma position « présente. »
Cette rhétorique de nature, ou l’idée valait mieux
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que l'expression, plut au noble cœur, à l’esprit clair- | voyant de Mgr de Mazenod. Le frère Nicolas fut |
autorisé à commencer ses études classiques.
Chez les Oblats, à cette époque, il n’y avait pas encore de maison d'instruction secondaire. Le frère
Nicolas se rendit à Saint-Barnabé, banlieue de Mar- |
seille, où le curé de cette paroisse, M. Audric, élevait dans son presbytère des jeunes gens qui se desti-
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naient au sanctuaire. En quelques années 1l acquit rapidement, grâce à ses aptitudes autant qu’à l’habi-
. leté du maître, les connaissances indispensables à tout : candidat au sacerdoce. Daigne le Seigneur récom-
penser au ciel par un accroissement de gloire le saint curé, dont la science et le dévouement nous ont valu
* À nous, un missionnaire de mérite et, au diocèse de
Marseille, une quarantaine d’excellents prêtres! Le frère Nicolas, muni des ailes qui allaient lui per-
| mettre de voler plus haut et plus loin, n’oublia point | son nid religieux. Il y revint joyeux, en toute hâte, | prouvant par là combien il avait été sincère, lorsque,
demandant instamment la permission de faire ses
: études, il affirmait n’avoir d’autre dessein que celui | d'être prêtre-missionnaire dans la Congrégation qui
l'avait si maternellement accueilli. C'était en 1841. Il recommencça plein d’ardeur son noviciat, et fit son oblation à Notre-Dame des Lumières entre les mains du R. P. Tempier, premier assistant du T. R. P.
L Supérieur général (1842). Aussitôt après, sous la
direction d’un Père de cette maison, il s’ensevelit dans l’étude de la théologie, qu’il continua (1842- 1843) à Notre-Dame de l’Osier. De quelques lettres qu'il écrivit de ces deux sanctuaires à Mgr de Mazenod, il s’exhale un parfum de dévotion à Marie Immaculée, qui témoigne combien s’unissaient harmonieusement dans son cœur la piété et la sience.
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À cette époque, la petite armée des Oblats avait | grand besoin de soldats à mettre en ligne de bataille. | On frappait de tous côtés à la porte du Supérieur général pour lui demander du secours. Un jour, c'est Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal, le! doux et illustre François de Sales du Canada. « Mon | « diocèce est vaste comme l’Europe, dit le saint | « prélat. La portion civilisée est à peine pourvue du « nécessaire. Mais les sauvages de la Baiïe-d’Hudson «et de tousles pays environnants sont complètement « abandonnés à eux-mêmes, ou, ce qui est pire, à la « propagande protestante. »
Mgr de Mazenod, que dévorait le zèle de la maison de Dieu, et dont l’humble phalange a pour devise : | « Evangelizare pauperibus misit me », ne pouvant | résister aux instances du saint évêque canadien, mêla | ses larmes aux siennes et lui promit aussitôt un prompt secours. L’envoi ne se fit pas attendre. Au mois de | décembre, l’année même de cette entrevue mémorable (1841), trois missionnaires Oblats abordaient au Canada.
Dieu soit béni! c’est dans les cœurs de deux saints évêques que prirent naissance les missions des Oblats, au diocèse de Montréal d'abord, puis dans toute
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LA mérique britannique du Nord, et aux Etats- Unis.
- Parmi les élus de la seconde heure, se trouve le rère Nicolas. Il fit voile pour le Canada en. 1843 ivec le P. Allard (D), qui s y rendait pour remplir les onctions de Maître des novices, et avec le P. Brunet
)blats avait | de bataille.
| Supérieur Simple scolastique comme lui. Tous trois, chargés des à Un jour, énédictions et des embrassements de notre vénéré À ontréal, le Fondateur, arrivèrent à Montréal dans le courant du Fi
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nois d'octobre. Le frère Laverlochère employa immé- : iatement son temps à compléter ses études théoloiques, à se préparer à la prétrise. Enfin, Dieu hettant le comble à ses désirs, 1l fut ordonné prêtre dans l’église de l’Acadie, voisine de Montréal, en mai 1844, par Mgr de Kingston, l’évêque de Montréal étant souffrant.
Voici dans quels termes il en écrit aussitôt au
l, R. Père Supérieur général :
> la maison ur devise : | ne pouvant | dien, mêla |