‹ Le père Laverlochère [microforme]Chapitre 22 sur 45 · LA RIVI RE ABBITIBBI AUX APPROCHES DE LA RIVIÈRE MOOSE · texte numérisé non relu

LA RIVI RE ABBITIBBI AUX APPROCHES DE LA RIVIÈRE MOOSE

: même affligé de leur déplorable état. Lorsqu’après une longue exhortation, je leur demandai si elles ne seraient pas bien aises d’être baptisées : — « Oh ! non, non, me répondirent-elles ; cela nous ferait mourir. »

» Voyant mes efforts inutilessurcesâmes prévénues, je les quitte, je m’enfonce dans l'épaisseur de la forêt, et, l’âme accablée, je me jette au pied d’un arbre ; là je m'adresse à mon refuge ordinaire. Je supplie Marie Immaculée de s'intéresser pour ces infortunées | créatures, qui venaient de refuser sa médaille ; je promets de dire la messe en son honneur. 0 ma Mère ! vous entendites tous les soupirs de mon cœur !... L'âme un peu soulagée, je me dirige vers la Chapelle. C'était l'heure de la prière ; mes bons néophytes m'y attendaient. — « Mes enfants, leur dis-je, j'ai quitté mes! parents, mes amis, ma patrie, pour venir dans vos forêts partager vos peines et vous enseigner le chemin du ciel. Votre âme m’est plus chère que ma vie, et il yen a cependant encore parmi vous qui ne prient pas, qui ne veulent pas m’écouter, et qui pourtant sont malades. Encore quelques jours, et ils seront perdus pour jamais ! Demandons à la bonne Marie qu’elle prie son Fils Jésus de leur faire miséricorde. »

« À ces mots, vous eussiez vu, Monseignour, cette pieuse congrégation tomber à genoux, et d’une voix émue adresser à l’auguste Mère de Dieu cette touchante prière : — « Souviens- toi, Ô Marie, que nous, qui habitons les forêts, sommes lesenfants de ton fils comme

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ceux qui habitent dans les grands villages, puisqu'il a souffert pour nous, et qu’il est mort sur le bois pour nous tirer du feu de l’abîme. Nous étions tous bien à plaindre avant de connaître la bonne prière de ton Fils Jésus, et la Robe-noire est venue nous l’enseigner. Mais il y a encore beaucoup de nos frères ensevelis dans la nuit profonde, De grâce, Ô bonne Marie, prie pour eux auprès de ton Fils Jésus ; nous savons combien tu es puissante auprès de lui. Ainsi soit-il . »

Le lendemain avant la messe, je recommandai de nouveau leurs frères infidèles et la malade à leurs prières. Ces fervents néophytes devaient être exaucés.

Je repris le sentier de la forêt, et à mesure que j'approchais du petit campement, mon esprit flottait entrelacrainteet l’espérance ; mais j’eus bientôt occasion de me reprocher mon peu de foi. Car à peine fusje auprès de celle qui, la veille, n’avait voulu ni m’entendre, ni lever les yeux sur moi, que je la vis se traîner à ma rencontre. Voici les paroles qu’elle m’adressa, et qui ne s’effaceront jamais de ma mémoire :

— « Hier. mon Père, je n’ai pas voulu t'écouter,

es, puisqu'il â le bois pour S tous bien à re de ton Fils seigner. Mais evelis dans la prie pour eux Dmbien tu es

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lorsque tu me parlais de la religion du Grand-Esprit ; mais quand tu as été parti, j'ai été plus malade. Que la nuit m’a paru longue! J’avais peur de mourir, ct

| je savais que je ne pouvais aller voirle Grand-Esprit | dans sa grande lumière, ayant été si méchante et n’é- | tant pas baptisée. »

Puis s'adressant à sa mère :

— « Tu sais, ma mère, que trois fois je t’ai appelée

durant la nuit? »

« La mère, qui pendant cette conversation avait paru tout absorbée, regarda sa fille d’un air compa-

| tissant, fit un signe affirmatif et retomba dans ses

réflexions. La malade ajouta :

— « I] me semblait que j'allais dansle feu du catid

abime, voilà pourquoi je t’appelais. »

« Voyant qu’elle n'avait que peu de temps à vivre, je la disposai au baptême, et elle le reçut avec toutes les marques d’une foi ardente et d’un profond repentir, baisant avec une vive affection la petite croix et la médaille qu’elle avait refusées la veille. Ce fut la mère qui courut à la rivière puiser l’eau qui devait régénérer sa fille ; ce fut-elle aussi qui, après le baptême, l’engageait à rendre grâce à Dieu.

— « O mon Père, me dit la mourante, sitôt que je pourrai marcher, je veux aller à la-sainte cabane pour que je m'y fortifie avec l'huile sainte. Cependant, dit-elle, je crois qu’il est prudent de cacher pendant quelque temps mon baptême ; car, si je venais à

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mourir, les infidèles diraient que c’est lui qui m'a tuée. »

« Je passai plus de quatre heures dans ce réduit infect; mais que ce ternps eut d’attrait pour moi! Jamais il ne sera donné aux mondains de le com. prendre. Vous avez sans doute appris, Monseigneur, par la lettre que j’adressai l’an dernier à Monsei. gneur de Bytwon, que j'avais été sur le point d’être tué par un infidèle. Eh bien, cette jeune néophyte était sa propre sœur. Tous mes chrétiens partagèrent ma joie lorsqu'ils apprirent qu’elle était baptisée, et que sa mère était catéchumène. Quelques jours après elle rendait l'esprit dans les plus beaux sentiments d'amour et de résignation. »

Le zélé missionnaire passa onze jours au milieu de cette pieuse tribu. Tous ces chrétiens avaient pu participer aux bienfaits de la mission, Il n’y eut que quelques infidèles qui ne voulurent pas s’y rendre. Les canots se trouvant prêts, il quitta ce poste le k 9 juin, accompagné de vingt-deux sauvages, dont cinq du lac Nipissingue et dix: sept de Témiskamingue.

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t lui qui m'a comme de coutume, le peuple réuni sur la rive fit des vœux pour leur voyage, une décharge de mousque-

ans ce réduit Mterie se mêla aux cris d'adieu, et ils partirent. it pour moi! MN s de le com.

Monseigneur, er à Monsei.

point d’être ne néophyte 8 partagèrent

t baptisée, et DR __. Jo vis au lac Abbitibbi, continue le P. Laver- Jours après M lochère, mes chers Indiens qui habitent ses bords ; je: x sentiments ES jeur anronçai qu'un missionnaire viendrait bientôt les visiter. Je baptisai leurs enfants nouveaux-nés, et

| je bénis la tombe de plusieurs fervents néophytes.

qu’une mort imprévue avait, l’hiver dernier, enlevés,

à l'édification de leurs frères. Je visitai aussi le tom-

D beau solitaire d’un vieillard respectable qui, depuis.

| quarante-cinq ans, résidait dans ce poste en qualité

| d'agent de l'honorable Compagnie de la baie d'Hud-

son, et qui venait de terminer sa carrière. A la vue

au milieu de JS de cette tombe où reposaient les cendres d’un homme ent pu par: D qui fut toujours plein de bonté pour moi, je ne pus n'y eut que m'empêcher de donner des larmes à sa mémoire. Que: s'y rendre. | j'eusse voulu le conserver plus longtemps à la tence poste le LD dresse des Indiens! car tous le regardaient comme un rages, dont | père, et, de fait, il les aimait comme ses enfants. »

skamingue. | Notre missionnaire ne séjourna que deux jours

dans ce poste, puisil s’embarqua pour la baie d’Hud. son. Jamais peut-être dans ses voyages il n’availii goûté tant de bonheur, parce que jamais le bon Père! «avait eu à sa suite un si grand nombre de ses enfants. Outre les vingt-deux sauvages dont il était ac.! compagné, dix du Grand-Lac et trente d’Abbitibhi vinrent grossir sa caravane.

— « Notre marche, dit-il, était une vraie mission

ambulante. Soir et matin, nous nous réunissions au pied d’un arbre plusieurs fois séculaire. Là, nous faisions retentir les échos du désert de pieux cantiques traduits dans la langue si naïve et si poétique des sauvages. Comment dire à Votre Grandeur les sentiments divers qu'éprouve le missionnaire à la vue de ces scènes grandioses qui se déroulent sous ses yeux? Comment rendre les clans d'amour qui s’échappent de son âme lorsque, peu après le milieu de la nuit, à la clarté douce et majestueuse d’une aurorc boréale, au pied d’une cascade, sur le rivage de la mer, sous la voûte d’un firmament étoilé, dans cet immense temple de la nature, au bruit des vagues furicuses

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