‹ Le père Laverlochère [microforme]Chapitre 28 sur 45 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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que la Robe noire devait se rendre ici : voilà pourquoi j y suis venu. Moi aussi je veux faire la prière de la Robe notre ! »

» Cet affreux récit avait jeté tous les assistants dans la stupeur. Je fus longtemps moi-même sans pouvoir dire une seule parole. Enfin, m’adressant à cet infortuné jeune homme : « Mon fils, lui dis-je, le Grand-Esprit veut encore avoir pitié de toi; c’est pour cela qu'il t’a dirigé vers moi. Je vais t’enseigner comment on le prie, je vais purifier ton âme par le baptême, et puis tu seras encore heureux. »

» L’ardeur que mit le pauvre orphelin à s’instruire était vraiment admirable, et ses progrès non moins étonnants. Tandis que les autres quoique plus jeunes que lui, se livraient à une joie enfantine, jamais je ne le vis sourire. Le onzième jour après son arrivée, il eut le bonheur de recevoir le baptème, et le lendemain il fit sa première communion. Lorsqu'il eut reçut ces deux grâces insignes, sa mélancolie, sans se dissiper entièrement, laissa cependant apercevoir sur les traits de son visage la paix de son âme. Il

s’approcha de moi et me dit : — « Lorsque j’eus vu

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toute ma famille massacrée, et que j'errais çà et là dans le bois, je me disais : C’est finit iln’y a plus de bonheur pour moi sur la terre. Seul, abandonné de tout, je n’ai plus qu’à mourir. Oh ! je sais bien que je me trompais, puisque c’est après la perte de ma fanille que j'ai eule bonheur de te voir et de connaître la sainte prière du Grand-Esprit ! »

» Ici le jeune homme s’arrêta pour essuyer ses larmes, puis il reprit :

» — C’est que nous sommes si malheureux dans nos déserts ! Ensevelis dans la nuit profonde de la magie, nous naissons, nous grandissons, et puis nous cessons de vivre, comme les animaux de nos forêts. Nous ne pensons pas que là-haut, dans sa grande lumière, le Grand-Esprit veille sur nous. Maintenant, à mon Père, je vais rentrer dans nos forêts; mais je n’y serai plus seul. Souvent, dans mes souffrances, je baiserai l’image de Jésus crucifié et l’image de Marie ; je compterai les saintes graines de la prière,

Let je planterai une croix de bois dans ma terre de

chasse. C'est là que j'irai prier le Grand-Esprit. Je regarderai le ciel, les forêts et la mer, et je dirai :

| Le Grand-Esprit a fait tout cela pour moi, et je ne le | savais pas ! qu'il est bon le Grand-Esprit !.… Voilà ce que je penserai, mon Père. »

« Telles furent les paroles que m’adressa, avant de retourner dans ses forêts, ce jeune homme na: | guère si malheureux. Il vint avec moi au pied de la croix plantée sur le rivage, la baisa avec amour, me pria de le bénir, et il partit. Religion sainte, m'écriai-je alors les yeux baignés de larmes, voilà ton ouvrage !

» Les larmes, Monseigneur, ne sont pas toujours filles de la douleur; il en est qui naissent d’une joie inexprimable. Telles étaient celles que répandait votre fils en ce moment. N’avais-je pas raison de dire que l'Evangile seul peut renouer la chaîne que le péché a rompue entre les créatures et l’homme, et entre l’homme et Dieu ?

» Je ne m'étonne plus de ce qu’on nous rapporte de la ferveur des premiers chrétiens. Quelle est puis- | sante, cette grâce du baptème, lorsqu'elle tombe dans des cœurs bien disposés! Le prêtre est aux yeux de ces néophytes ce qu’il est en effet aux yeux Je la foi, le représentant du Très-Haut, l'ami de Jésus-Christ. » L'exemple suivant en est une nouvelle | preuve.

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