‹ Le père Laverlochère [microforme]Chapitre 29 sur 45 · FORÊT-VIERGE · texte numérisé non relu

FORÊT-VIERGE

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« Dans une de mes chrétientés, continue le Père, vivait une jeune Indienne que nous avions baptisée il ya cinq ans. Elle était d'une piété angélique et la plus instruite de sa tribu. Mariée depuis trois ans à un jeune Ecossais protestant, excellent homme, auquel il ne manquait assurément que d’être enfant de la vraie foi, la jeune femme tomba dangereusement hmalade, et son mari lui prodigua les soins les Bplus touchants. Je devais, à mon retour de la baie (l'Hudson, repasser dans ces lieux. Elle le savait, et lcctte attente était pour elle un sujet de joie et de crainte. Jour et nuit elle disait à son mari : « Je n’ai plus qu’un désir sur la terre, c’est la grâce de voir la Robe noire avant de mourir. Oh! mon ami, si tu apprends qu’il approche, va, je t’en prie, va au-devant de lui. »

» Il vint en effet à une assez grande distance. En m'abordant, il me dit : « Venez vite. Ma femme se meurt. Elle vous demandait sans cesse. Depuis hier, elle a perdu la parole. » Je m’élance aussitôt dans son léger canot, et nous partons comme un trait.

» La mère de la malade me voyant entrer, lui dit: « Voilà la Robe noire. » À ce mot, la malade bondit comme si un fluide électrique avait parcouru tous ses membres; elle se lève sur son séant; ses yeux s’animent, son visage s’enflamme, elle étend vers moi ses bras décharnés : « Mon Père, mon Père! ; fut tout ce qu’elle put me dire. Elle saisit ma main, la baisa en la mouillant d’une larme brülante. Je lui donne mon crucifix; elle le presse tantôt sur sonkk cœur, tantôt sur ses lèvres. Cet élan sublime de foi ct d'amour pour le Dieu qu’elle allait bientôt voir facc à face, avait achevé d’épuiser ses forces. Elle retomba comme anéantie sur sa couche. Je lui donnai l’ex-k trême-onction, et je lui dis : « Ma fille, si tu étais capable de communier, j'irais dire la sainte messe, et puis je t’'apporterais le corps sacré de Jésus, » — « Oh! va, mon Père, s’efforça-t-elle de me dire avec une touchante naïveté; va je t’attendrai. »

» Pendant la sainte messe son mari fit préparer l’appartement et le chemin que nous devions suivre. Elle reçut le saint viatique avec une ferveur qui at: tendrit tous les assistants. Cette admirable et sainte femme demanda pardon des scandales qu’elle croyait avoir donnés; puis elle me dit, d’une voix presque éteinte : « Mon Père, j'espère aller bientôt voir le Grand-Esprit. Oh! comme je vais lui parler pour tous mes frères les sauvages ! »

» Nous retournons à la chapelle. Quelques instants

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après, son mari venait m'annoncer lui-même son veuvage. |

» Oh! Monsieur, me dit-il d’une voix émue, nous croyons bien, nous autres protestants, à ce que nous disent nos ministres; mais les entourer de cette vénération que vous témoignent vos catholiques, c’est ce que je n’ai jamais vu.

Il y avait près de deux mois que notre cher Missionnaire et son compagnon étaient au fort Albany. | Dans ce poste il avait pu baptiser une quarantaine d'adultes, qui avaient à peu près tous communié, et une soixantaine d'enfants. Il avait enseigné le caté- | chisme à cinquante et quelques Indiens, âgés les uns de sept ans, les autres de soixante et dix. La mission

| était finie. La plupart des sauvages, pressés par la | faim, avaient été obligés de rentrer dans leurs forêts, pour chercher de la nourriture à la pêche ou à la | chasse. Plusieurs cependant ne purent se résoudre à quitter si tôt un lieu où ils avaient goûté tant de con- Lsolations, bien qu’ils fussent, depuis dix ou douze | jours, soumis à un jeûne cruel. De ce nombre était {le fils du lépreux dont il a été parlé plus haut, et un

édente. L’his.

Indien qu’il avait converti l’année préc

S Cl

toire de ces deux sauvages, naguère si méchant

maintenant si excellents néophytes, récit plein d'intérêt; mais comme ils

aurait offert un

était déjà fort

étendu dans cette relation, il se contente de dir

seulement un mot de l’un et de l’autre.

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édente. L'his.

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