CHAPITRE XIV
SOMMAIRE. — Conversion du fils du magicien lépreux. — Le jeûne et la confession usités chez les sauvages. — Orage sur la mer de glace. — La baie James. — Vie des Esquimaux. — Espoir.
« Le premier, ayant appris dans le bois la mort cdifiante de son père, arriva au poste le lendemain de l’inhumation. J'étais à prêcher un sermon sur l'enfer, lorsqu'il vint au milieu de l’assemblée., Je m’étendais alors sur les tourments réservésaux magiciens, car c’est le crime qui domine parmi les peuplades du Nord. Il y prêta une attention sérieuse,
| parut consterné, ct, l'instruction finie, il alla trouver : la dame du fort, n’osant pas encore s’adresser à moi.
: I lui dit : « Parle pour moi à la Robe noire. Je voudrais lui dire combien j'ai été méchant, mais je n’ose : pas. Jai compris tout ce qu'il a dit touchant le feu
de l’abime, et j’ai peur d’y tomber, car j'aitrop servi | le mauvais manitou. »
» Instruit des bonnes dispositions de cet homme,
k je fus le trouver. En me voyant, ilme dit ces paroles
al (
remarquables, bien propres à faire rougir tant de chrétiens, qui rejettent ei méprisent la confession comme une institution humaine :
— « Robe noire, dit-il, j'ai appris, il y a deux jours, que tu étais ici, et, pour cette raison, je ne voulais pas venir au fort, car j'étais méchant. Mais lorsqu'on m'a dit que le Grand-Esprit avait eu pitié de mon père, que ce vieillard t’avait dit ses fautes avant de mourir, qu’il avait été arrosé de l’eau de la prière, et s’était repenti d’avoir si longtemps fait la magie, alors j'ai dit à ma compagne et à mes enfants : Allons voir la Robe noire. Et nous sommes venus, et nous voulons demeurer ici autant que toi : nous saurons nous priver de manger pour nous faire instruire. »
» Ils jeunèrent en effet, d’une manière efirayante, pendant une huitaine de jours. — Toute la famille fut baptisée.
« Cet Indien avait une conversation intéressante; je prenais plaisir à l’entendre me raconter en détail les divers usages et coutumes de ces contrées. »
« J'appris de lui, entre autres choses, que, dans certaines circonstances, les sauvages se réunissaient
ougir tant de la confession
,1 y à deux raison, je ne échant. Mais
avait eu pitié dit ses fautes é de l’eau de ngtemps fait gne et à mes nous sommes tant que toi :
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ter en détail ntrées: »
S, que, dans réunissaient
pour jeûner et offrir des sacrifices aux divinités des rivières, des bois et de l'air. Si l’un d’entre eux est frappé de quelque accident, il va aussitôt trouver le magicien, lui fait la confession de toutes ses fautes, et lui demande une pénitence. Cette confession est toujours faite à haute voix, et la pénitence, quelque rigoureuse qu'elle soit, doit être ponctuellement accomplie. Son père m'avait déjà dit la même chose. Eh bien ! ce que ces infortunés infidèles font comme une pure cérémonie, les néophytes le font comme l'acte le plus indispensable et le plus consolant de la religion qu'ils viennent d’emnbrasser. Ils n’ont pas de plus grand plaisir que :!s dire et de répéter au prètre les péchés qu’ils ont eu le malheur de commettre, avant comme après le baptême, persuadés que c'est à Dieu lui-même qu’ils font leurs aveux. J'en ai vu
fqui sont venus de bien loin, qui ont passé deux jours
entiers prosternés à la porte de la chapelle, exposés à toutes les rigueurs de l'air, sans prendre aucune
nourriture, gravant sur un morceau d’écorce ce qu'ils avaient à confier au prêtre.
« Mais j'oubliais, Monseigneur, que j'ai à vous dire un mot d’un autre Indien qui, l’année dernière,
eut la générosité de renvoyer sa plus jeune femme qu’il chérissait beaucoup, pour retenir la plus âgée qu'il n’aimait guère. Depuis cette époque, sa conduite a été admirable. Il a gardé tous les enfants avec lui, a fourni à la subsistance de la jeune femme qu demeure avec ses parents, et il a repris une sincère affection pour sa première compagne. Je les à baptisés, et j'ai béni leur mariage. Deux de ces fils ont fait leur première communion, et une petite fille âgée seulement de quatre ans et demi sait déji le Pater et l’Ave. Si je n'avais pas été témoin des peines qu’ils’est données pour soutenir sa nombreuse famille, et en même temps pour participer jusqu’à la R fin au bienfait de la mission, j'aurais eu peine à le
croire. Il avait un frère qui fut, il y a quelques années, baptisé par un ministre. Il vint plusieurs fois me supplier de l’admettre au sein de l'Eglise catholique. Ne le jugeant pas assez instruit, je fus obligé d’ajourner son abjuration jusqu’à l’année prochaine, et je le vis se retirer en pleurant. »
« Nous n'attendions plus, mon compagnon et mo, que le canot qui devait nous conduire au fort Moose.
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pagnon et moi, + au fort Moose.
| 11 arriva à onze heures du soir, Nous devions partir | le lendemain ; mais dans la nuit il s’éleva une tempête | si horrible que de mémoire d'homme on n’en a vu | de semblable dans ces contrées. Elle dura toute la | journée du lendemain, accompagnée de grèle et de | coups de tonnerre épouvantables. On entendait dans | le lointain le bruit d’une mer en furie, qui bouleversait les montagnes de glace suspendues sur ses abîmes. Nous craignions à tout instant que le fort ne fût
renversé. Les cabanes des sauvages furent emportées
au loin, et la goëlette qui était à l’ancre dans la
rivière remonta le courant. Nous bénissions la Providence de ne nous être pas trouvés en mer pendant
: la tourmente; car, à moins d’un miracle, nous eus- : sions été ensevelis sous les flots. »
« Je profite de ce retard inattendu pour faire une
Lcourte et dernière observation sur ces contrées si tristes, mais si chères à mon cœur. Je ne parlerai Due de la partie sud de la baie d'Hudson, connue isous le nom de la baie James. Elle s’étend depuis le L51° degré de latitude jusqu’au 55°, où commence la
Ibaic d'Hudson proprement dite, laquelle s'étend
jusqu’à la mer de Baffin par le 75° degré, ia navigation ne s’ouvre que vers le milieu du mois de ‘juin, et ne dure que jusqu’à la mi-septembre; encore, durant ces trois mois d’été faut-il passer à travers d'énormes bancs de glace pour ‘aller d’un lieu à l’autre. Le navire qui chaque année vient d’Angle. terre à la baie met environ deux mois à franchir prè de 350 lieues. Sur deux vaisseaux qui se rendaient au fort d’York, portant des marchandises pour la Rivière-Rouge, l'un a péri dans les glaces, au mois de juillet dernier.
« La baie James paraît être peuplée de nombreuses à baleines blanches, marsouins et autres cétacés, dont les Indiens makégongs et esquimaux font leur
principale nourriture pendant l’été, comme la chair d'ours blanc est leur principal aliment durant l'hiver. Les Européens n’ont jamais pu se faire à ce régime dégoûtant, et tandis qu’ils voient les Indiens savourer avec délices et en énorme quantité la graisse | fétide du loup marin, ils ne peuvent seulement l'approcher de leurs lèvres sans se sentir le cœur soulevé.
« Tout le pays qui environne la baie es inaccessible à la culture; le sol ne dégèle jamais à fond, et il y gèle même au cœur de l’été. Pendant l'hiver, il y a dans les forêts, m’assure-t-on, jusqu! vingt pieds de neige, et sur la mer, la glace n'a pas moins de trente à trente-cinq pieds d'épaisseur à st
surface unis, et cela vers le 56° degré de latitude. Quelle doit donc être son épaisseur vers le 75° degré ? »
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i » Durant cette saison rigoureuse, les Indiens qu laces, au mois
habitent les forêts s’enfoncent dans des cabanes de neige, et ceux qui vivent sur les bords de la mer se | bâtissent des maisons de glace, s’y ensevelissent durant sept à huit mois, et n’en sortent que lorsque la faim les presse. Alors le chasseur va à la poursuite de l’ours blanc. La peau de cet animal lui sert de vête- Dee : ment et aussi de défense contre le froid. Il dévore re à CE régime | souvent la viande crue. De là vient le mot esquimaux es Indiens sa eshki (crue), et mar (mange).
de nombreuses | utres cétacés, naux font leur omme la chair durant l'hiver.
UT onu du nord au sud pendant une quinzaine de a DU .
6 SD jours. Ils sont aujourd’hui moins nombreux qu’autre-
gèle jamais he : :
O L 11 - L'été. Pondal fois, parce que, depuis quelque temps, des spécu
"M latcurs américains viennent charger leurs navires ©, SU d'œufs d’outardes sur les côtes du Labrador. Si ce
| ’a D: ù ae | glace n 8 LÉ commerce dure encore quelques années, il va enlever épaisseur à sa
mans { em |
aux malheureux habitants de la baie d'Hudson la principale et presque unique ressource que la Providence leur a ménagée.
» Les Indiens, ainsi que les agents de la Compagnie, n’ont d’autres bêtes de somme que des chiens, appelés chiens de Terre-Neuve. On les attèle deux, trois et quelquefois quatre ensemble, et alors ils traînent de 250 à 300 livres pesant. Cet animal est ici comme ailleurs l’inséparable compagnon, le plus fidèle ami de l’homme, aussi intelligent que plein de reconnais. sance. Un jour j’en vis un qui s’était pris la tête entre deux arbrisseaux, d’où il ne pouvait plus se dégager; il poussait des hurlements affreux. Je le déhvrai ; et dès ce moment il ne voulut plus me quitter. Je traversai une rivière dans un canot, luise mit à la nage. Quelque *empsaprès, comme je m’embarquais sur une goëlette, on fut obligé de l’enchainer pour l'empêcher de me suivre. Quelque pressé qu’il soit par la faim, le chien des Esquimaux ne fait jamais de mal à l'homme ; mais s’il voyait frapper son maître, il étranglerait sur-le-champ l’agresseur. »
» J’ai plusieurs fois manifesté à Votre Grandeur, | dans mes rapports, le désir ardent que nous avons de
udson la prinla Providence
a Compagnie, hiens, appelés deux, trois et ils traînent de est ici comme lus fidèle ami de reconnaisis la tête entre s se dégager:
e délivrai ; et uitter. Je tramit à la nage.
rquais sur une ur l'empêcher tpar la faim, ais de mal à aître, il étran-
re Grandeur, nous avons de
| pouvoir habiter au milieu de nos chers et malheureux Indiens. Aujourd’hui nos vœux commencent à se réaliser. Le gouvernement canadien vient enfin de faire justice à nos demandes réitérées, en nous accordant deux terrains pour y réunir nos sauvages et les habi-
tuer à la culture. L’un de ces terrains est situé à trente
lieues deB ytown, etl’autre à cent vingt-cinq de Témiskamingue. Les missionnaires, étant ainsi au milieu de leurs néophytes, auront plus de facilité pour se transporter, chaque printemps, chez ceux qui habitent lesenvirons de la mer Glaciale. De plus, je nourris | l'espoir que bientôt je pourrai moi-même hiverner à | Moose-Factory. Je n’ai pas d'autre désir sur la terre, | vous le savez, mon bien-aimé Père, que de vivre et | mourir pour le bonheur éternel de ces peuples qui me sont confiés. » -
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