CHAPITRE XVI
SOMMAIRE. — Pourquoi ce long et périlleux voyage? — Le Missionnaire se jette dans les bras de Mgr.de Mazenod. — La série de ses prédications à Marseille, Aix et Toulon. — Sentiments de Mgr de Mazenod sur le P. Laverlochère.
Nous venons de l'entendre; le P. Laverlochère va | se rendre directement de Moose-Factory en Europe.
Pourquoi ce long et périlleux voyage? L’amour des âmes, qui a sa source dans l’amour de Dieu, avait produit dans le cœur de l’apôtre son fruit naturel, le zèle. Le zèle, est si bien la manifestation de l’amour, | dit saint Augustin, que là où il ne se rencontre pas, | À ne vit pas l’amour : qui non selat, non amat. Cest sous l’action de ce zèle que le P. Laverlochère | avait quitté sa patrie pour aller évangéliser les infidèles de la baie d'Hudson; c’est encore sous l'influence | de ce même zèle qu’il y retournera. Car, sentant ses forces s’affaiblir de plus en plus sous le poids du jour, il veut se préparer des successeurs auprès des sauvages, et ranimer le dévouement des catholiques en | faveur de l’œuvre de la Propagation de la foi,
dont les aumônes sont la providence et le nerf des missions. |
1l arriva d’un trait à Marseille. Se jeter dans les bras de Mgr de Mazenod, son vénéré Père, lui faire le récit de ses courses apostoliques en Amérique, le prier de bénir celles qu’il allait entreprendre à travers la France, telle fut en effet sa première pensée, Qui dira les émotions de cette étreinte de deux cœurs d’apôtres après plusieurs années de séparation ? Malheureusement aucun témoin ne nous en a livré le secret. Quelques mots glanés dans leur correspondance nous permettent de nous en faire une idée.
« Quel cœur excellent a ce: bon père, écrivait Mgr de Mazenod à l'Evêque de Bytown, le 10 janvier 1851 ! Vous ne sauriez croire ce qu'il m'en a coûté de me séparer de lui pour ne plus le revoir en ce monde...»
De son côté, le Père Laverlochère parlait ainsi : « Pour adoucir un peu la peine que me cause notre séparation, je prends la ferme résolution de vous écrire le plus souvent qu’il me sera possible. Quand bien même le meilleur et le plus tendre des pères ne m'en aurait pas fait une obligation, c’est un besoin pour mon cœur, qui n'aura jamais de plus douce consolation que des’épancher dans le vôtre. Pourquoi faut-il que j'aie été sitôt séparé de celui qui est tout pour moi maintenant sur la terre, et que peut-être je ne reverrai jamais plus ici-bas!.. Cette pensée me navre le cœur. Oh! dites-moi donc, mon bien-aimé
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Père, que votre fils sauvage vous sera toujours cher. Cette assurance tempérera un peu l’amertume d’une séparation trop cruelle pour mon cœur aimant. Non, il ne pouvait y avoir que le bien de notre Congrégation et des malheureux enfants des bois, qui pût me décider à m’éloigner sitôt de vous... »
Le P. Laverlochère inaugura d’abord à Marseille, puis à Aix et à Toulon, la série de ses prédications
pour l’œuvre de la Propagation de la foi. Nous en
trouvons une courte appréciation dans deux lettres de Mgr de Mazenod, l’une du 22 décembre 1850 à M. le
Président du Conseil central de la Propagat’on de
la foi, l’autre du 10 janvier 1851 à Mgr Guigues, évêque de Bytown.
« Le missionnaire par excellence de la baie d’Hud-
son, le P. Laverlochère, fait merveille partout où 1l passe en France. Le récit de sa mission intéresse au. [suprême degré la foule immense qui l'écoute. On | m'écrit d'Aix :
« L’auditoire était immense; il a prêché pour « recommander l’œuvre de la Propagation de la foi; « l’effet de cette parole si simple et si apostolique a
été excellent. Un professeur de la Faculté me disai
tout à l'heure qu'il avait pleuré en entendant eten
voyant le témoignage vivant de la divinité de l’a.
postolat chrétien, le successeur des pêcheurs du lac
de Génézareth, converti comme eux en pêcheur d'hommes, et renouvelant dans sa personne les prodiges de la Pentecôte. M. le doyen de la Facultéh
m'a parlé dans le même sens. Mgr l’Archevêque à
été également saintement impressionné et a cons-
taté l'impression favorable universellement éprou:-k vée. En un mot, le P. Laverlochère a réveillé le zèle pour l’œuvre de la Propagation de la foi. »
« Je ne suis pas surpris de ce récit par ce que nous avons éprouvé nous-mêmes ici; je vous conseillerais de faire entendre ce véritable apôtre dans les chaires de Lyon. J'aurais voulu qu'il pût parcourir toute la France, mais il est pressé de retourner à sa Mission, toute affreuse qu’elle est à la nature. »
« Vous ne sauriez croire, écrit le vénérable prélal à Mgr Guigues, le succès que le bon P. Laverlochère a eu à Aix et à Toulon. C’est à en bénir Dieu. Nous avions entendu ici tous les évêques des missions quil parcouraient la France. Aucun d’eux, sans excepter Mgr Flaget, n’a produit un pareil effet. C’est qu'il a quelque chose de divin dans la simplicité de cet homme de Dieu. À Aix, prêtres et fidèles pleuraient
à ces discours; l’Archevêque a été enchanté; le Père a réussi au-delà de toute espérance dans l’assemblée
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des Conférences de Saint-Vincent de Paul. Le P. Courtès (1) me disait dans l’une de ses lettres :
« Notre P. Laverlochère a excité encore plus la » vénération et l’admiration dans son retour à Aix. » Sa prédication à Saint-Jean a fait couler bien des » larmes, réveillé la foi et le zèle. Les messieurs des » Conférences de Saint-Vincent de Paul ont eu une » réunion extraordinaire, dont le Père a fait tous » les frais. Pendant une heure au moins, il a entre- » tenu cette intéressante jeunesse, qui avait dans » ses rangs des magistrats, des avocats, etc., avec » une politesse exquise, un choix d’anecdotes des » plus appropriées à l'auditoire, une élévation » d’aperçus philosophiques qui étaient propres tout » à la fois à édifier puissamment et à charmer les
|» intelligences d'élite qui se trouvaient là. »
« J'ai voulu vous donner ces détails pour vous faire plaisir et vous porter à remercier Dieu de nous
avoir donné un apôtre comme lui. Quel cœur excel- | lent a ce bon Père ! »
Neuf jours plus tard, Mgr de Mazenod écrivait au |P. Séméria, Supérieur des Missions à Ceylan et plus tard évêque de Jaffna : |
« Le P. Laverlochère est pressé de retourner vers
les sauvages du Nord, qu’il amène à la connaissance de Jésus-Christ par des tourments inouïs. Mais Dieu
(1) Assistant général des Oblats et Supérieur de la Maison d'Aix.
l’assiste visiblement, et, pendant qu'il vit au milieu de ces hommes dégradés, tout dévoré qu'il est par les poux et les maringouins, il les instruit et en fait de fervents chrétiens. Il en a baptisé à lui seul des centaines, dont près de la moitié sont au ciel. Il se dévoue à un service qui est au-dessus des forces humaines... »
vit au milieu qu’il est par uit et en fait lui seul des u ciel... Il se s des forces