‹ Le père Laverlochère [microforme]Chapitre 35 sur 45 · LE LAC TÉMISKAMINGUE. — MIS ION DES PÈRES OBLATS · texte numérisé non relu

LE LAC TÉMISKAMINGUE. — MIS ION DES PÈRES OBLATS

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Quand le temps lui permettait de développer sa pensée, il établissait, comme dans la chaire, la nécessité d’une religion pour civiliser le monde ; il démontrait ensuite qu'aucune religion n’est possible, si elle n’est prêchée avec la croix ; là il mettait en parallèle les peuples chrétiens et les non-chrétiens ; le contraste des deux civilisations était frappant, et le tableau devenait d'autant plus saisissant qu’il l’animait, pour ainsi dire, de son expérience personnelle en le parsemant d'épisodes tirés de ses missions sauvages. « Cette croix que je porte suspendue à ma poitrine, s'écriait-1l, est l’unique institutrice de la liberté, de l'égalité, de la fraternité des peuples, et le prêtre catholique, dont plusieurs se moquent comme d’un être plus qu’inutile, est par exellence, grâce à cette.croix, l’homme de la civilisation. »

Ses succès en France, les invitations pressantes du clergé, les marques de bonté, de prévenance dont il était partout l’objet, furent certainement de grandes tentations pour son âme patriotique. Mais la pensée que, le printemps prochain, ses chers sauvages se-

raient privés de sa présence, servit constamment de .

contre-poids à son entraînement, et il s’aiguillonnait contre ce qu’il croyait être une sorte de séduction par ce cri d’apôtre : « Ah ! le prix d’une âme !... Mes

brebis seront là-bas sans pasteur : sicut oves non ha. bentes pastorem, tandis que celles de la France en sont abondamment pourvues.. »

Quel ne fut pas son chagrin de quitter la Franc avant d’avoir prêché partout l’OEuvre de la Propagation de la Foi ! Il se consola vite dès son arrivée au Canada, sa seconde patrie, en continuant parmi les religieuses populations françaises de la provinec &} Québec ses laborieuses et fécondes tournées apostoliques. Pour n’en dire qu’un mot et clore ici tout ce qui n’est pas de ses missions sauvages, nous citerons seulement le trait suivant : « Hier soir, disent les Mclanges, le R. P. Laverlochère a prèché à l’église paroissiale devant un très nombreux auditoire sur l’association de la Propagation de la Foi. Ceux qui l’ont entendu savent avec quel intérêt et avec quelle onction 1l parle de ses chers sauvages. Qu'il nous suffise de dire que lorsqu'il descendit de la chaire, quelqu'un lui glissa dans la main une superbe tabatière en or, et s’est échappé sans se laisser reconnaître du mission-k naire. »

Ce qui fait l’éloquence de l’un, n’honore pas moins la charité de l’autre.

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