CHAPITRE XX
SOMMAIRE. — L’historien de « l'Outaouais » et la Mission de Témiskamingue. — Les Pères bâtisseurs, entrepreneurs, lailleurs de pierre, maçons, menuisiers, laboureurs, etc. — Vie intérieure du Missionnaire durant les seize dernières années de son existence.
Ecoutons l’historien de « l'Outaouais » nous décrire les commencements de la mission de Témiskamingue.
« Le 14. octobre 1863, arrivèrent au Témiskamingue les PP. Pian, Lebret et Mourier. Ils trouvèrent un misérable « chantier » sur l’emplacement où ils devaient construire plus tard la maison actuelle des Oblats. De suite ils se mirent à l’œuvre. Il fallait avoir au plus vite une habitation au moins couverte et protégée contre les intempéries. Ils travaillèrent de leurs propres mains, abattant les arbres sur la colline voisine et les tirant au bas à l’aide de cables. Puis ils les équarrirent et les façonnèrent tant bien que mal pour mettre en charpente. Tout l'hiver
comme les années suivantes, ils se nourrirent unique-:
ment de poissons et de lièvres. Il leur fallait faire les ouvrages les plus grossiers et les plus vulgaires, étant
leurs seuls ouvriers et leurs seuls serviteurs. Enfin, au bout de quelques mois, ils avaient réussi à construire un semblant d'habitation qui devait recevoir avec le temps de nombreux agrandissements et améliorations. *
« — Nous sommes entrés dans notre nouvelle demeure, écrivit alors le P. Pian. Pour tout meuble nous n'avons qu'un banc, nous couchons sur le plancher, les pieds tournés vers la cheminée, sans crainte de faire une chute. Si sainte Thérèse visitait notre maison, elle n’y trouverait certainement rien de contraire à la pauvreté. »
» Comme on le voit, ces commencements furent plus que modestes, et rien n’aurait pu faire présager alors, dans l’informe toit élevé à la hâte et par des mains inhabiles, sur les bords d’un lac désert, l’important établissement qu’allait devenir en peu d'années la Mission des Oblats du Témiskamingue. Personne n’eût osé rêver alors les transformations qui se sont accomplies dans l’ouest de la province, et qui l’ont révolutionné au point de permettre à cet asile obscur, ignoré et si lointain, de se métamor phoser sitôt en un foyer, puis en un centre de colonisation aussi vaste qu'inattendue. Personne n’eüt osé croire que les successeurs des PP. Pian, Lebret et Mourier marcheraient bientôt à la tête d’une civrlisation pour ainsi dire improvisée en pleine solitude, et deviendraient une puissante compagnie servant
teurs. Enfin, éussi à COnsvait recevoir issements et
otre nouvelle r tout meuble chons sur le eminée, sans hérèse visitait ainement rien
ements furent faire présager âte et par des c désert, l’im-
en peu d anamingue. Perormations qui la province, et ermettre à cet > se métamorentre de colo:
Personne n’eül >, Pian, Lebret ête d’une civi:
pleine solitude, pagnie servan
de ralliement, de guide et d'exemple à toute une population nouvelle, qui s’avance à pas de géant et s'établit dans l’ouest pour y former une forteresse inexpugnable de notre nationalité. »
A cette époque, les Oblats possédaient quelques arpents de terre et deux maisons, Cela formait la Mission. L'ancienne chapelle, hitie en 1846 par les PP. Laverlochère et Clément, et sise près du fort de la Compagnie, servait encore de lieu de réunion et de prière pour les concours des sauvages. Mais en temps ordinaire, le service religieux se faisait dans une salle de la. maison des Missionnaires, pouvant contenir quatre-vingts personnes.
En 1866-67, la Mission s'enrichit de trois sœurs grises, venues de la communauté d'Ottawa. Ces trois religieuses s’appelaient sœur Raizenne, la supérieure, sœur Vincent et sœur Saint-Antoine. Les Pères avaient eu soin de construire, pour les recevoir, un hôpital à côté de leur habitation. Non seulement les Sœurs soignaient les malades à l’hôpital, mais encore les visitaient dans leurs wigwams, assistaient les pauvres, faisaient la classe aux petits garçons et aux petes filles, accomplissant ainsi des œuvres admirables.
Dieu seul connaît tout ce qui en a coûté de labeur et de fatigue à ces vaillants pionniers de l'Evangile.
Après s'être faits entrepreneurs, bâtisseurs, tailleurs de pierre, maçons, menuisiers, ils labouraient, ensomençaient, moissonnaient, engrangeaient les récoltes. Si, après la moisson, leurs greniers n’étaient pas pleins, ils étaient heureux du moins d’avoir les choses essentielles à leur substance, et d’être tout juste à l’abri des surprises de la disette. Inutile de remarquer que le rude travail des mains n’empiétait nullement sur le non moins rude ministère des âmes.
Peu à peu, sous la bienfaisante rosée des bénédictions du bon Dieu, la Mission s'agrandit, et, en 1868, lorsque le P. Laverlochère y arriva, elle avait un certain air de prospérité. Le bon Père y trouva quatre de ses confrères qui l’accueillirent avec vénération, comme un vétéran que la croix a touché et mis hors de combat, mais qui allait se sanctifier sous leurs yeux et les édifier par sa patience et sa résignation, Dans l'impossibilité de se faire désormais, comme Jésus-Christ, son divin modèle, le propagateur de la vérité par l’apost , le P. Laverlochère se résigna à vivre de la vie intérieure, concentrant tous ses efforts sur la réforme et l'immolation de son âme.
urs, tailleurs raient, enscient les réers n'étaient s d’avoir les t d’être tout , Inutile de s n'empiétait re des âmes.
sée des bénéagrandit, et, y arriva, elle e bon Père y eillirent avec roix a touché se sanctifier ience et sa rére désormais, , le propaga- Laverlochère », concentrant olation de son
Cette vie surnaturelle qu’il avait puisée dans sa Congrégation, et dont il avait tracé les voies à tant de pauvres Indiens, il allait la pratiquer dans les moindres détails. Comme nous n’écrivons pas une vie, mais esquissons une simple silhouette, nous tracerons à grands traits, d’après les quelques renseiynements qui nous ont été fournis, la physionomie intérieure de notre pieux Missionnaire, durant les seize dernières années de son existence,
Sa foi était vive, comme celle des âmes simples. C'est guidé par elle qu’il opéra tant de bien, n'ayant en vue que la gloire de Dieu et le salut des âmes. C'est par esprit de foi qu’il se disait « l’humble Missionnaire de Jésus-Christ. » Il aimait à se rappeler sa
devise Evangelizare pauperibus misit me ; et cette
foi en sa mission était un des ressorts de son zèle. Que la foi ait inspiré son apostolat, les huit années qu’il a consacrées à l’évangélisation des pauvres Indiens en sont une preuve évidente. Sous le même souffle de foi, son zèle n’a pas cessé, pendant sa longue infirmité, d’être toujours plus grand que ses forces. Il désirait de tout son cœur être employé aux missions. Pour le contenter, son supérieur l’envoya deux fois visiter les malades à vingt et à vingt-cinq lieues. Ce furent deux rayons de bonheur pour son âme. Maisil fallut lui interdire de pareils excès. Seule la rencontre de quelques-uns de ses vieux sauvages d'autrefois avait pu lui faire oublier la fatigue de quatre
port ges par des chemins impraticables. Si on avait voulu l'écouter, on l'aurait envoyé bien souvent à pareilles fêtes ; mais. il aurait fallu se constituer son bourreau.
Par esprit de foi il voyait dans son Supérieur le sacrement de l'autorité de Dieu. Son respect et son amour pour lui ne se démentirent jamais. Pendant treize ou quatorze ans, il a chanté la messe à son tour et au tour de son Supérieur, pour que celui-ci ne se fatiguât point. « Moi, disait-il, je puis le faire sans inconvénient ; vous, vous avez besoin de déjeuner pour soutenir vos forces. » Presque jamais on ne l’entendait critiquer son Supérieur ! Si parfois il lui arrivait de laisser échapper une parole, il s’arrêtait bien vite, et s’écriait : « Ah ! les pauvres Supérieurs font bien comme ils peuvent, et pas toujours comme ils veulent ! » Dans bien des circonstances, en l’absence du Supérieur et en sa qualité de premier assesseur, il aurait trouvé à redire au travail des frères convers ; mais 1l suffisait de lui dire : « Mon Père, le R. P. Supérieur m'a dit de faire ainsi » ; il ne disait plus mot. Quand son Supérieur le taquinait sous forme de joyeuseté : « Oh! si vous n’étiez pas Supérieur ! » disaitil gentiment,
Quand il était abattu par la souffrance, son Supérieur quelquefois, pour le distraire, lui demandait un service. Il paraissait aussitôt oublier ses douleurs pour faire plaisir à son supérieur. « Eh bien, lui