CHAPITRE XXI
SOMMAIRE. — La dévotion du bon Père envers la très Sainte Vierge. — Son bréviaire, sa croix d’oblation, son chapelet, ses images de prédilection. — Moins heureux que Job. — Sa foi en la vertu de l'eau bénite. — Procession du 15 août à Témiskamingue.
Après Jésus au Très-Saint Sacrement, la très sainte Vierge avait une place importante dans la dévotion du bon Père. — « Quelle bonne chance, disait-il, d’avoir Marie pour Mère! Ah! j'espère bien, moi misérable pécheur, être sauvé par l’intercession de :ette bonne Mère! » On se souvient que, dans les mille dangers où il dut exposer sa vie pour courir après la brebis égarée, il ne l’invoquait jamais en vain. Que de fois il ressentit l'efficacité de la protection de la divine Mère, quand il l’appelait au secours de ses Indiens infidèles, de ses néophytes chancelants, ou affligés par la souffrance, ou accablés sous le poids du malheur !... Survenait-il une fête, un office de la bonne Mère : « Demain, disait-1il avec un visible contentement, c’est encore une fête de Notre Bonne Mère! » Le chapelet était son fidèle compagnon : il charmait ses promenades, calmait ses douleurs, bannissait l'ennui de sa cellule et de son grabat.
Que dire de son bréviaire? Avec son chapelet c’é-
tait sa prière quotidienne. Jamais il ne l’a omis, même pendant ses travaux de missionnaire ou ses longs et pénibles voyages. Durant sa dernière maladie, plusieurs fois on lui fit observer que, faible comme il était, il n’était pas tenu à le dire. Ceux qui le soignaient cherchaïent parfois à cacher son bréviaire, mais jamais le cher malade ne consentit à en omettre, un soul jour, la récitation. Et tant que son doigt débile a pu en tourner les feuillets sacrés, son bréviaire a été dans ses mains. Ilest mort entre son bréviaire et son chapelet.
Sa croix d’oblation lui était très chère. Elle lui rappelait Celui qui s’est offert pour nous volontairement à la mort ; Oblatus est quia ipse voluit. I la baïsait souvent cet religieusement. Un jour, il la perdit en remontant un rapide ; il n’eut de repos que lorsqu'il l’eut retrouvée, et, se jetant à genoux, 1l la pressa sur son cœur et l’arrosa de ses larmes.
Parmi les quelques images qui ornaient sa cellule et ravivaient sa piété, on remarquait celle qui représente Jésus-Christ lié à la colonne et flagellé par des soldats. Elle était loin d’être neuve et même belle, mais elle lui était chère, car elle lui donnait du courage. Il aimait d'y jeter les yeux ; et ce regard amoureux lui faisait oublier ses plus vives douleurs, pour nes’occuper que de celles de son divin Modèle. Quand il perdait de vue son image, il en éprouvait un réel chagrin.
nis, même es longs et ladie, plume il était, soignaient ), mais jamettre, un oigt débile bréviaire a réviaire et
e. Elle lui s volontaipoluit. 1] la , 1l la perrepos que genoux, il larmes.
t sa cellule > qui repré- Ilé par des ême belle, ait du couce regard s douleurs, in Modèle.
prouvait un
Une autre image de sa prédilection, c'était l’image de saint Benoît Labre, ce rude imitateur de Jésus pauvre, le Jésus souffrant, moqué et bafoué. Si ses frères voyaient en lui un miroir fidèle du bienheureux mendiant, il contemplait, lui, dans Benoît Labre, son plus illustre modèle après Jésus. Toutefois sa cellule était sous le -patronage du Bon Larron, car son humilité le faisait se considérer comme plus digne de lui être comparé. Il en possédait une vie édifiante et quelques reliques dont il faisait grand cas. A le voir réciter l'office du Bon Larron, l’on aurait cru qu'il savourait d'avance, lui aussi, l'espérance du pardon. | |
Ainsi entouré d'objets religieux, qui semblaient l'exhorter à la patience, à l'espoir, le Père Laverlochère supporta avec une admirable résignation le double martyre de l’âme et du corps. Nous disons de l'âme, car, selon l'expression du R. P. Mourier, il a connu l’humiliation et l’opprobre. Qu’était-ce que cet opprobre ? Nous en laissons le secret à sa tombe. On sait la valeur du jugement des hommes. Après tout, l’homme n'est que ce qu'il est devant Dieu. Quant à son corps, le Père Laverlochère ne fut à la fin qu’une plaie. Moins heureux que Job, le pauvre malade ne pouvait plus se panser lui-même, et sa douleur s’augmentait à la pensée de la peine qu’il croyait causer à ses frères, chargés de cette difficile besogne. Dans cet état, il s’écriait parfois : « Pauvre
carcasse que je suis!!! » Un jour, après un de ces soins humiliants dont il était l’objet, quelqu'un s’avisa de lui demander une bénédiction : — « Moi, misérable pécheur, vous bénir! Non, non. » Puis, comme on insistait : « Dieu vous bénisse! » dit-il.
Sa pauvreté égalait son humilité. Ses vêtements les, plus neufs dataient de quinze ans. A l’exemple de saint François d'Assise, dont il portait le cordon sous sa soutane en guise de ceinture, il ne laissa rien après sa mort, pas même sa photographie.
Sa cellule, à l'instar de sa personne, respirait le dénüment. On y voyait, pour tout mobilier, un bénitier qu'il voulait toujours plein d’eau bénite, parce qu'il en faisait un fréquent usage, un vieux fauteuil de bois et une table branlante.
Sa foi en la vertu de l’eau bénite était très vive, il s’en aspergeait et en aspergeait souvent sa cellule. Il n'en voulait être privé nulle part, et quand il voyait un bénitier vide soit à la chapelle, soit ailleurs, il avait hâte de le remplir. C'était faire la chasse auxk démons. Par le même esprit de foi, il ne cédait ik personne le soin de bénir les graines nouvelles, auxk jours de saint Marc et des Rogations.
L’ornementation de l’église, des cérémonies bien faites, des chants bien exécutés lui tenaient au cœur. Une belle procession le ravissait aux anges. Quand l: Mission des Oblats fut transportée de l’autre côté d lac Témiskamingue, vis-à-vis le fort de l’Hono
ès un de ces Iqu’un s’avisa « Moi, misé- Puis, comme -1l.
Ses vêtements | l'exemple de ait le cordon ne laissa rien phie.
e, respirait le bilier, un béni- 1 bénite, parce vieux fauteuil
ait très vive, il ent sa cellule.
quand il voyait soit ailleurs, il
» Ja chasse auxP il ne cédait à nouvelles, auxk
érémonies bien naient au cœur.
anges. Quand k:
l’autre côté d ort de l’Hona
rable Compagnie, dans un site délicieux, il aimait à voir se dérouler sur la colline et sur les bords du lac celle du 15 août, qui se faisait avec une grande solennité. Il en pleurait de bonheur.
Ce ne sera peut-être pas une digression inutile de placer ici le récit descriptif de cette procession, tel que nous le lisons dans « L’Outaouais Supérieur. » Ce récit donnera une idée et de l'enthousiasme religieux des Indi:n3, à cette époque de la vie du Père Laverlochère, et de la position vraiment pittoresque de la Mission des Oblats sur le grand lac Témiskamingue. |
« Sur les bords d’une étroite et courte passe que forment les eaux du Témiskamingue en se rétrécissant en aval de la baie des Pères, s'élève une maison dont la modeste structure en bois peint, les dépendances et l'entourage respirent le calme profond et la iranquillité pieuse d’un asile ou d’un cloître isolé.
« Cette maison, c’est la Mission des Oblats, qui, pendant de longues années et jusqu'à hier encore, a été, avec le poste de la Compagnie de la baie d'Hudson situé en face, de l’autre côté de la passe, la seule habitation de {at le pays de Témiskamingue.
« En face de la Mission, le lac, s'évasant tout à coup de nouveau, s'ouvre en une large baie d'unovale
si parfait, d’un dessin si harmonieux qu’on dirait une coupe creusée et arrondie avec une précaution minutieuse par la main du temps.
« Un silence, un recueillement, qui semble imposés par quelque divinité invisible, règnent sur toute la nature environnante, au sein des bois assoupis, sur la croupe onduleuse des coteaux, et jusque dans le balancement attentif et retenu du lac.
« Partout, au loin, la plage est muette, baignée par les flots d'azur qui $’appellent et se suivent les uns les autres comme des caresses, et par les flots d’or du soleil éclatant au milieu d’un ciel sans nuages.
« Ça et là, à moitié cachée dans les buissons cu émergeant de quelque ravine à peine dessinée,
apparaît une cabane d’Indien, avec son {511 d’écorce et sa cheminée fumante.
« Les cabanes sont au nombre d'une vingtaine, et renferment la population sauvage que les Oblats ont évangélisée et arrêtée auprès d'eux. De temps en temps, des enfants demi-nus courent sur le rivage, en jouant et s’ébattant ensemble ; des squaws, enveloppées dans leurs couvertes, s’acheminent vers la Mission pour y chercher quelque conseil ou quelque secours ; un canot débouche brusquement de la passe et vient s'attacher au petit chevalet en billots et en planches qui sert de quai, ou bien l’on voit quelqu'un des Pères se promener lentement dans le petit jardin attenant à la Mission, ou monter, recueilli, la
\ diraitune tion minu-
Lara
mble impo-
ft sur toute pu Qu |
s assOupis, jusque dans
baignée par rent les uns es flots d'or s nuages.
buissons cu a dessinée, {au d’écorce
ingtaine, et 8 Oblats ont Je temps en ir le rivage, juaws, Cnvenent vers la Lou quelque it de la passe billots et en oit quelqu'un s le petit jarrecueilli, la