PROCESSION ET REPOSOIR SUR LE BORD D'UNE FORÊT
colline voisine, pour aller réciter son bréviaire à l'ombre des grands arbres qui la couronnent.
« Rien n'est plus beau, rien n’est plus charmant, plus parfait dans les détails et dans l’ensemble, que le panorama qui, du haut de cette colline, se déroule sous le regard enchanté. L’atimosphère est limpide, lumineuse. On aperçoit, d’un côté, dans un lointain éclatant, jusqu’à l'extrémité même du lac, tout le détail des rivages, les futaies, où l'ombre et la lumière se combattent, des pointes et des baies, qui se suedent en se diminuant graduellement, mais sans rien perdre de la netteté ct de la grâce de leurs formes ; et, de l’autre, la ravissante baie qui se développe comme une urne gigantesque en face de la Mission, et dont l’eau est si profonde, qu'à quelques pas seulement de la rive, on pourrait mouiller les navires réunis des plus grandes marines du monde.
« C’est sur cette colline que sc faitchaque année, le [5 août, la grande procession religieuse des Indiens. « Qui n’a pas été témoin de cette solennité n'a pas ne idée complète du sentiment et de la piété naïve e ces enfants de la nature. Le 15 août est leur fête eux, le jour où les Indiens, dans toute l'Amérique lu Nord, s’assemblent pour remplir leur devoir revieux, à quelque mission qu'ils appartiennent, et
celle des Pères du Témiskamingue s’étend jusqu'au voisinage de la baie d'Hudson !
« Dès le point du jour, ils arrivent ici en foule dans leurs canots, avec leurs femmes et leurs enfants, déjà attifés de leurs costumes pittoresques et multicolores, et se répandent de tous côtés, envahissantla Mission, s’abordant, se questionnant. se demandant mille choses, mais sans tumulte, sans bruit, avec une étrange tempérance de mouvements, — car l’Indien est sobre de gestes et de paroles, — pendant que tout autour d’eux court ce murmure d’allégresse qui semble chanter dans l'air, que sur la plage arriven incessamment de nouveaux canots, que le va-e vient ne cesse pas et que les apprêts les plus cha toyants, les plus pompeux, se font pour l'unique € touchante cérémonie.
« Et ce ne sont pas seulement les Indiens qui son venus, mais encore les colons des endroits les plu reculés, des voyageurs, quelquefois asscz nombreux en sorte que ce rivage, la veille encore si tranquill et si désert, se voit inondé aujourd’hui par une foul bariolée, revêtue de tous les costumes et présentar les aspects les plus divers et les plus bizarres.
« La petite cloche de la chapelle fait entendre s carillon grêle. La foule entière, recueillie, muette s’avance comme une longue vague vers l’humll sanctuaire que l’on aperçoit à cent pas en arrière { monastère, et que l’on a entouré et décoré de to
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ce que la piété ingénue et les modiques ressources d’un pareil lieu peuvent offrir pour un jour de grande solennité. Les sons de l’harmonium, que presse un frère convers, envahissent et font trembler la voûte du fragile édifice, pendant que des centaines de voix répondent à la voix du prêtre qui vient d’entonner la grand’ messe.
« Tous n’ont pu trouver place dans l’étroit intéricur, mais tous sont présents d'esprit à l’autel et tous peuvent entendre les deux sermons, qui sont préchés, l’un en algonquin pour les sauvages, et l’autre en français pour les colons. Puis, la messe finie, l’assistance s’ébranle ; chacun prend rang pour la procession qui va commencer aussitôt, bannières déployées, sur un chemin jonché de fleurs, les petites filles en tête suivies par les femmes, celles-ci par les garçons; et les hommes, venant en dernier lieu, précèdent l’évêque, qui porte le Saint Sacrement sous un dais soutenu par quatre porteurs. On gravit lentement le large sentier ouvert par les Oblats sur le flanc de la colline, et que borde, d’un côté, une haie touffue d’érables, et, de l’autre, une ceinture d'énormes rochers roulés, assujétis et retenus les uns à côté des autres par un prodige de travail, d’audace et de persévérance.
« Parvenue au sommet de la colline, la procession fait halte, et se groupe autour d'un massif de verdure où l’on a dressé un oratoire, chargé, comme la
chapelle, d’ornements aux couleurs les plus vives et les plus éclatantes, afin de mieux saisir l'imagination grossière des Indiens. Un immense chant, poussé par cinq cents poitrines, va frapper les échos sonores qui s’éveillent et se poursuivent les uns les autres jusqu'à leurs plus lointaines retraites. Pas une voix qui ne se fasse entendre ; pas une âme humaine qui ne soit là attentive. L'évêèque, debout sur les marches de l'oratoire, se tourne vers la foule. [l élève les bras audessus de sa tête, dessine dans les cieux avec l’ostensoir le signe rédempteur et prononce la bénédicüion divine, à laquelle répond le « Laudate Dominum » entonné par les fidèles. Puis les derniers actes de la cérémonie s’accomplissent, la foule murmure un dernier chant en redescendant la colline, et bientôt on la voit se répandre de nouveau sur la plage, ‘dans la maison des Pères et dans les wigwams, mais celte fois bruyante, animée, transportée d'enthousiasme et songeant déjà aux longs récits que chacun fera de retour aux foyers lointains. »
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