Giroir est le même nom que Girouard
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tion des prix du collège de Saint-Louis, au Nouveau-Brunswick. Il était venu, comme il l'avait fait plusieurs fois pour Menramcook, s'assurer par lui-même des progrès du collège de M. l'abbé Richard, et prodigner ses encouragements au une fondateur.
Les exercices de fin d'année, mi-partie en langue anglaise et mi-partie en ]ngue française, eurent un grand succès. L'établissement paraissait solidement assis. Mais à la fin de la séance, Mgr l'évêque de Chathan, présent aux exercices, le condamna pour des raisons qu'i. est préférable de ne pas répéter ici, quoiqu’elles fussent alors publiquement alléguées, M. Giroir, après un plaidoyer aussi habile que touchant en faveur du collège et de son fondateur, voyant la partie perdue, s'en retourna, le désespoir dans l'âme, à sa cure de Havre-à- Boucher, où il mourut peu de temps après. Il n'avait pas encore soixante ans.
Deux hommes très dissemblables par le caractère et le tempérament, mais marqués l’un et l'autre du sceau que Dieu imprime à ceux qu'il prédestine à ses œuvres de prédilection, ont attaché leur nom à la fondation du collège Saint- Joseph de Memramcook : ce sont M. Lafrance et le P. Lefebvre. Hommes d'action l’un et l’autre : Je premier, devant qui se dressaient des obstacles apparemment insurmontables, se lança de l’avant avec toute l'ardeur de ceux qui ouvrent des sentiers infranchis : le second tempéra constamment sa forte énergie par une diplomatie douce et une patience inaltérable. Tous deux furent d’une grande sainteté de vie.
Leurs rôles changés, il auraient nécessairement échoué l’un et l’autre, ne pouvant séparément accomplir l'œuvre qui est la résultante de leurs efforts et de leurs vies combinés.
Cela semble peu de chose la fondation d’un petit collège eu milieu des populations françaises de l'Acadie. Il y a des projets d’ajÿparence infime dont la réalisation demande autant de prudence et de vertu que la fondation d’un empire. Les préjugés sont quelquefois plus difficiles à vaincre qu'une armée rangée en batuille ; et il est aussi malaisé de changer le courant des idées reçues en haut lieu que le cours de l'Euphrate,
Pour ma part je découvre autant de génie dans Lacordaire rétablissant en France, après 1830, malgré l'opinion, ses frères de Saint-Dominique et de l’inquisition, que dans Napoléon ramenant, après Leipsick, dans sa prodigieuse campagne de France, ses troupes sous les murs de Paris, en dépit des alliés.
Nul autre qu'un homme suscité de Dieu, tantæ molis erat, n’eût entrepris la fondation d’un collège français en Acadie, en 1854; nul autre qu'un homme soutenu tout particulièrement de Dieu n'eût été capable de reprendre une telle œuvre, dix ans plus tard, et de la conduire à bonne fin.
François-Xavier-Stanislas-de-Kostka Hyanveux, dit Lafrance, était, dans lu plus rigoureuse acception du mot, un de ces précurseurs dont saint Jean-Baptiste est resté le prototype.
Il s’estimait indigne de dénouer les cordons de la chaussure de ceux qui vinrent après lui régénérer l’Acadie par l’éducation ; mais il n’eût pas hésité à dénoncer à Hérode lui-même ses injustices, dût sa tête rouler dans le plateau d'argent d'Hérodiade.
Il avait fait à Québec, son lieu natal, quatre ans d'étude de la médecine, quand, frappé dans un ami, puis dans sa famille, et atteint lui-même, “ parce que la main de Dieu l'avait touché,” il ouvrit les yeux à une grande lumière intérieure qui lui faisait voir une nouvelle voie à suivre. Sans hésitation aucune, les quatre années d’études médicales furent sacrifiées, et on le vit entrer au séminaire de Québec, où il prit la soutane, en 1838, et recut bientôt la tonsure
La même lumière reparut, et, sans plus d'hésitation que la première fois, il quitta le séminaire et s’embarqua sur un voilier pour l'île du Prince-Edouard, où Mgr MecEachern venait de fonder un collèse, à Saint-André. C’est à ce dernier endroit qu'il fit sa théologie, trois ans durant, tout: en enseignant le français et un peu de latin.
Il rencontra là parmi les élèves et se lia d'amitié avec un jeune émigré irlandais du nom de John Sweeney. Rencontre toute fortuite ; amitié bien naturelle entre deux jeunes hommes enthousiastes, demandant à la vie la réalisation de l'idéal qu'ils
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portaient dans leurs cœurs. Le jeune Sweeney, sur l'esprit duquel M. Lafrance avait pris de l’ascendant, devint dans la suite évêque de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Il se souviendra alors de son professeur de français, se rappellera les projets ébauchés ensemble pour l'avancement de leurs conationaux par l'éducation, et, comme il est généreux autant que juste, il entrera sans peine dans ses vues et favorisera ses efforts.
Avant de devenir curé de Memramcook, M. Laufrance avait été quelque temps vicaire à Rustico et à Saint-Jean, puis neuf ans, curé du bas du comté de Gloucester, avec résidence à Tracudie. Dès le premier jour de son ministère, il s'était oCcupé activement d'éducation, Il avait ouvert une école française à Rustico; il en construisit une autre à Tracadie, et quand il fut transféré à la cure de Memramceook, le 18 janvier 1852, son premier soin (Memramcook étant une populeuse et prospère paroisse) fut d'y fonder un “ petit séminaire.” C’est le nom emphatique qu’il donna à une grande école paroissiale. la plus considérable qui eût été établie en Acadie, depuis que de Monts, deux cent quarante-huit ans auparavant,avait jeté les premières fondations de Port-Royal. Il mit son séminaire sous la vocable de saint Thomas, patron de la paroisse, et en confia la direction à son frère, Charles-Edouard, homme suffisamment instruit et très excellent professeur.
Le directeur eut deux assistants, Mile Oregan d'abord, et, plus tard, M. Juste Haché. Pour un “ séminaire,” l’organisation manquait d’orthodoxie, cela saute aux yeux; mais cela montre aussi la profondeur des vues et l’habileté de M. Lafrance,
C'est bien un collège, ou séminaire, comme ces écoles secondaires sont généralement appelées dans le Bas-Canada, qu'il veut ; une institution qui puisse fournir des prêtres acadiens, des religieux, des hommes appartenant aux professions libérales. Il donne hardiment le nom de séminaire à cet embryon, se réservant, avec l’aide de Dieu, d'en assurer dans ln suite le développement et la maturité. Ainsi baptisé, l'éta-
blissement ne manquera pas de porter un jour fièrement le nom prédestiné.
Muis il n’était pas commode à cette date, 1854, — Mor Connolly étant évêque de la province, — de fonder un “séminaire ” dans une paroisse acadienne où le français fût enseigné. Le nom de Mlle Oregan, Irlandaise et ne parlant que l'anglais, aplanissait comme par enchantement les premières difficultés ; on ne fonde pas un séminaire avec une femme, ni une institution trop française dans ces conditions-là. Bref, tout ce qu'il en paraissait pour le public et pour l’évêque, c'était, malgré la sonorité du nom, une école de paroisse, une espèce de
grammar school. Pour l'œil prophétique du fondateur, c'était
véritablement un séminaire, au jour marqué de Dieu.
Tous ses revenus personnels, les dons de quelques amis généreux, ainsi qu'un subside annuel de la Législature, furent affectés à défrayer le séminaire et à le doter. Après quelques années, le domaine attenant à l'établissement consistait en une propriété de trois cent soixante arpents de terre, payés près de neuf mille dollars. Tout était prêt à Memrammcook, mais l'heure n'était pas arrivée. Dans son impatience, il résolut, à défaut d'une congrégation enseignante qu'il ne pouvait obtenir, de demander les frères de la Doctrine chrétienne. Les Frères, non plus, ne vinrent pas. Il dut aussi abandonner le projet de construire une académie pour les filles, un futur couvent; car on se doute bien que l’arrangement du séminaire, avec Mile Oregan dans le personnel enseignant, n'était que provisoire. L'entreprise rencontrait en tous lieux une hostilité fatale, et lui-même était menacé.
L'œuvre de sa vie allait-elle échouer ? Le rêve de sauver l’'Acadie française par l'éducation allait-il s’effacer comme s’efface un rêve ordinaire ? Moins heureux que Moïse, allaitil mourir sans même avoir entrevu la terre de promission s'estompant dans l'horizon bleu ? De certaines propositions lui étaient faites ; il ne tenait qu'à lui d’asseoir son établissement sur des bases solides ; mais on y mettait des conditions qu'il ne pouvait accepter. C'était pour sauver des abandonnés que Dieu l'avait appelé en Acudie ; il le sentait ;
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il le disait ; il le savait. Son séminaire serait un séminaire français, ou ne serait pas. Sint ut sunt, aut non sint. Par séminaire français il n’entendait pas, eb personne parmi ses successeurs n'a jamais entendu, depuis, l’exelusion des nationalités étrangères, même protestantes. Ces procédés n’entrent pas dans les traditions françaises. Il voulait un établissement pour les Acadiens, d’abord, et où la langue française n’occuperait pas une position inférieure ni subordonnée; rien davantage. Mais cela, il le voulait positivement.
Il s'ensuivit des résistances et des luttes où le curé eut encore nécessairement le dessous. Rien n'allait plus ; le dé- Couragement commençait à se mettre de ln partie, et, pour comble d'épreuve, une grave maladie qui le mit à deux doigts du tombeuu, l'obligea à fermer les portes du séminaire. L'œuvre était avortée, le but de sa vie manqué : il ne lui restait plus qu'à mourir,
C'est lorsque tout semble perdu que, l'intervention de la Providence se manifestant, tout est sauvé. Des événements considérables survinrent, en ce temps-là, en Acadie. Mgr Connolly fut désigné pour remplacer Mor Walsh au siège archi. épiscopal d'Halifax, et M gr Sweeney lui succéda, à l’autornne de 1860. M. Lafrance, se souvenant alors de son élève, de son ami du collège Saint-André, devenu son évêque, tenta auprès de lui un suprême effort, Il possédait les titres de toutes les propriétes du séminaire de Memramcook, titres dont il n'avait jamais voulu consentir à faire la cession à Mgr Connolly qui les réclamait, se réservant de les transférer lui-même à l'ordre religieux qui viendrait se charger de son établissement. Mgr Sweeney suivit sur ce point la politique de son prédécesseur, avec les mêmes exigences. M. Lafrance refusa encore ; mais bientôt, à la suite d’un engagement formel, sur parole donnée, il consentit à se départir des propriétés du séminaire en faveur de l’évêque, celui-ci se chargeant d’y placer une communauté religieuse enseignante, et de lui transférer intégralement les trois cent soixante arpents de *: rrain, aussitôt qu'elle serait prête à en prendre possession.
Il lui remit de plus la cure de sa grande et belle paroisse de
Memramcook et de ses trois missions, Petitcodiac, Irishtown et Scoudouc, pour être offerte au supérieur à venir.
Vieux et malade, il se dépouiilait volontairement de ce qu’il possédait, heureux d’être jeté au rebut, si, par l'abandon de tous ses biens, il pouvait obtenir ce qui constituait le but de sa mission terrestre : un collège pour ses chers Acadiens.
Mgr Sweeney fut touché de tant de magnanimité ; il consi- ‘léra avec émotion ce prêtre qui faisait ce qu'ont fait les saints et de la même manière simple et héroïgne. L'acte de cession ‘lu séminaire Saint-Thomas et des trois cent soixante urpents «le terre y attenant fut passé, à Saint-Jean, le 2 juillet 1863
et M. Lafrance, heureux comme un avare qui aurait trouvé
un trésor, comme un conquérant qui aurait pris une province,
s’en revint, dépouillé de tout, à Memramcook, et attendit, Dieu était avec Jui, il n’en doutait plus.