‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme] (volume 2)Chapitre 20 sur 55 · CETTE · texte numérisé non relu

CETTE

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1—-Ouvrage couronné par l’Académie française.

2—Grande station du chemin de fer Intercolonial, à seize milles de Memramcook,

A son urrivée à Memramcook, le P. Lefebvre avait trouvé M. Lafrance dans les dispositions d'esprit où dut être le bon vieillard Siméon recevant duns ses bras le salut d'Israël.

Il était fou de bonheur. Il demandait à Dieu de le faire mourir. Lui d'ordinaire si grave et d'aspect si austère, était devenu comme un enfant, Il allait avoir, il avait son ‘“ séminaire.” Ses chers Acadiens pourraient, comme ceux des autres nationalités, recevoir quelque instruction. Ils pourraient à l'avenir se suffire à eux-mêmes. Ils auraient des hommes appartenant aux professions libérales à mettre à leur tête. Ils auraient des médecins pour soigner leurs mulades, pour appeler l'assistance de l'Eglise dans les cas urgents, pour mettre au monde les héritiers des confesseurs de lu foi. Ils auraient des avocats pour se faire rendre justice et se protéger contre les Des Barres et tous ceux qui continuaient à leur ravir leurs propriétés. Ils auraient des écoles françaises, où leurs enfants iraient apprendre à lire et à prier dans la langue pour laquelle étaient morts leurs aïeux. Ils auraient surtout des prêtres de leur nationalité. Cette pensée le faisait fléchir comme sous le poids trop lourd d’un grand bonheur : et il se retirait alors devant Dieu pour pleurer sa joie.

Le P. Lefebvre était-arrivé unu-mardi. Le dimanche suivant, M. Lafrance monta en chaire et présenta le célébrant à la paroisse. Il fut touchant, il fut éloquent. Lui, qui préchait bien, n’avait jamais si bien parlé. Chacun retenait sa respiration pour ne perdre aucune de ses syllabes, et on était saisi comme à l'approche de quelque grand événement.

Se dépouillant alors de ses vêtements sacerdotaux, le P. Lefebvre monta à son tour en chaire.

On avait déjà remarqué son grand air de dévotion à l'autel. On fut frappé de sa grâce à traverser le sanctuaire. Il parla environ vingt minutes. L'attente qu'avait fait naître le discours de M. Lafrance fut dépassée. De grands orateurs avaient prêché à Memramcook ; les vieillards avaient entendu MM. Couture et Gauvreau. D’un commun accord ils déclarèrent que le plus grand était le P. Lefebvre, non pas dans leur cœur, — M. Lafrance y tenait toujours la première place, —

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mais dans leur admiration, A son premier sermon il avait pris d'assaut toute la paroisse.

M. Lufrance avait, en même temps, fait ses adieux à ses chers paroissiens de Memramcook, qu'il desservait depuis plus de douze ans. Mgr Sweeney, selon l'arrangement qui avait été fait, cédait la paroisse, avec les missions qui en dépendaient, au nouvel arrivé: à M. Lafrance, il donnait la mission ! de Barachois.

Quoique Barachois fût une cure désirable, — Mgr Sweeney l'avait lui-même desservie avant d’être évêque, — et ln meilleure probablement que l'ordinaire eût alors à sa disposition, ce n'en était pas moins l'exil pour le vieux missionnaire de Memramcook, pauvre, brisé par la lutte et d'une santé toute délabrée, Depuis longtemps il tombait d'épilepsie,

Il partit pour sa nouvelle mission, la semaine même qui suivit l’arrivée du P. Lefebvre, sans un murmure, sans une larme donnée à ses paroissiens qui ne voulaient pas le laisser partir, mais la mort dans l'âme. Il n confessé dans la suite, Comme une grande faiblesse dont il s'humiliait devant Dieu et les hommes, que, nonobstant l'abandon qu'il avait fait de sa paroisse pour assurer le succès de son œuvre d'éducation, il espérait toujours mourir à Memramcook, soit au presbytère soit dans une cellule ignorée du collège; qu’il ne croyait pas que l'évêque le prendrait nu mot. Mais il avouait, en même temps, que son évêque avait agi avec lui en toute loyauté, et

qu'ayant fait à la communauté de Sainte-Croix, à cause de ses avances À lui, certaines promesses, ces promesses devenaient des devoirs à remplir.

Oh! qu’elle est forte la vertu des saints qui s’accuse comme d’un crime d’une larme mal essuyée, d’un sanglot mal étoutfé, à la perte de tout ce qui les rattache à la vie! C’est que pour être parfait il ne suffit pas de faire le sacrifice de tout et de soi-même ; il faut encore sacrifier avec joie et amour.

M. Lafrancé parti, le P. Lefebvre restait seul, sans res-

1—Les paroisses de tous les diocèses des provinces maritimes sont, à proprement parler, des missions, aucune n'étant canoniquement organisée,

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sources, sans expérience, dans un pays étranger, avec une tâche immense devant lui. Il fit d'abord une revue minutieuse de ses possessions et de ses moyens. Depuis Agamemnon qui fit devant Troie le dénombrement des troupes de toute ln Grèce coalisée, jusqu'à Robinson Crusoé qui s'assura tout d'uburd de ses provisions et des ressources de son île, l’histoire et In fiction font procéder leurs héros de la même manière... “ Une maison en bois de quarante-huit pieds sur trente, ayant deux étages! outre les mansurdes, et une allonge de vingt-quatre pieds sur vingt, également à deux étages. Cette maison en très mauvais état. Aussi quelques vieilles bâtisses dispersées ça et là sur la propriété et qui étaient “sensées” en être les dépendances. La propriété elle-même dans un état d'abandon complet, et ln terre devenue une commune où chacun envoyait paître ses animaux.”

Ce qui précède est extrait d'un rapport détaillé que fit, en 1870, le P. Lefebvre au général de sa congrégation, et dans lequel il raconte les commencements de son collège.

“Après avoir minutieusement examiné toutes choses, continue-t-il, je me mis immédiatement à l'œuvre. Le plus emburrassant était de savoir par où commencer, car tout était à créer. L'excellent M. Lafrance, en quittant Memramcook pour se rendre à sa nouvelle mission du Barachois, mit à ma

disposition quelques meubles, et me fit présent d’un cheval : et”

d'une excellente vache laitière.”

Voilà donc énumérées les ressources matérielles de celui que la Providence envoyait régénérer un peuple par l’éducation : ‘tout était à créer.”

1--Le rez-de-chaussée, au Canada et en Acadie, compte pour un étage.

2—Ce cheval a sa légende mexicaine. Un jour de grande chaleur, on le trouva dans l’église, vidant à sa soif le grand bénitier. La paroisse s’en émut; mais comme c'était le cheval du curé, présent d’un autre curé, les plus scandalisés crièrent en vain: ‘‘Haro !” la bôte fut épargnée. Par les hommes, oui, mais non par le destin chargé de punir ces sortes de forfaits. Le P. Lefebvre, afin de l’éloigner des environs de l’église, l’échangea contre le cheval de l’un de ses paroïssiené, ei crut par là satisfaire aux divinités vengeresses. Nil inulium! Un dimane, e, au sortir de la gr'and'messe, son nouveau propriétaire le trouva pendu à 5 "bre auquel il l'avait attaché, et la conscience: publique fut soulagée.

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Du côté des hommes, de la congrégation de Sainte-Croix, de Mgr Sweeney, de M, Lafrance, il n'avait, matériellement, plus rien à attendre, Alluit-il pour cela perdre courage et jeter le manche après la cognée ! Non pas, tant qu'il n'aurait point épuisé l'assistance de Celui qui transporte les montagnes à la prière de ceux qui ont de ln foi pour un grain de sénevé,.

“Dans ces pénibles circonstances, ajoute-t-il, je consacrai tout particulièrement l'œuvre de cette difficile fondation au bienheureux saint Joseph, le priant d'en être le protecteur et de présider à son développement. Heureuse pensée !”

Cette pensée sera le talisinan céleste qui assurera le succès

de l'œuvre,

Suivons-le pas à pas dans sa difficile et triomphante carrière : chaque fois que les moyens humains seront impuissants à dégager son œuvre, à la sauver du cataclysme imminent, et ces occasions se présenteront, hélas ! plus d’une fois, il tournera ses regards du côté de la montagne d’où le salut peut seul lui venir, et c’est saint Joseph qui le lui apportera,

Un incident qui se rattache au premier jour de son arrivée, et dont le héros lui-même ne souffla Jamais mot dans la suite, mérite d'être ici rapporté, parce qu'il confirme ce que nous avons dit des proportions que sa renommée d'orateur avait prises au Canada. Le Jeune homme qui servit sa première messe, à Memramcook, lui parut intelligent et fort au fait.

Ne seriez-vous pas, lui dit-il, l’un de ceux que M. Lafrance a fait instruire au collège Sainte-Anne-de-La-Pocatière ?

— Oui, mon Père, et mon nom est X....

— Très bien; je m'en doutais. Si vous n'êtes pas autrement ‘ occupé, vous viendrez, après mon action de grâces, m'aider à défaire mes malles,

Dans l'une de celles-ci, peu nombreuses et médiocrement garnies, il y avait des livres. Ce fut le lot du jeune homme de les ranger sur les rayons d'une bibliothèque improvisée, Parmi les livres se trouvaient quelques manuscrits. Le jeune X. était tout yeux pour regarder. Tant de volumes l’éblouissaient; les manuscrits, surtout, surexcitaient sa curiosité de

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jeune humaniste. Le P, Lefebvre s’en aperçut, l'ayant surpris déchiffrant l'en-tête d’un cahier.

—- Tu voudrais savoir ce que c’est, petit curieux, lui dit-il : eh bien! lis-le, pour ta pénitence. C’est mon discours de Ia Saint-Jean-Baptiste, que je devais prononcer à Montréai, quand j'ai reçu l'ordre de venir au Nouveau-Brunswick. J'en sais plus de la moitié par cœur. Aussi hien, nous serons les deux seuls à connaître ce chef-d'œuvre.

Et il se mit à rire, me dis, it monsieur X. lui-iaêine, de qui je tiens cet épisode, de ce bon rire que nous avons si souvent entendu et que moi j'entendais pour la première fois. Je lus et relus ce discours, ajouta mon ami. Depuis, j'ai lu Lacordaire, Monsabré, M. Colin, un peu Cicéron et Demosthène (ce dernier dans les traductions), et jamais à la lecture discours ne m'a tant impressionné que celui-là. Pour moi c'était véritablement un chef-d'œuvre. Pour le P. Lefebvre c'était quelque chose de bon à faire flamber. C’est ce qu'il en fit effectivement, séance tenante, !

Montréal, riche et grande ville, aime les beaux-arts, les lettres et l'éloquence, quoique un peu à la manière américaine, por imitation exotique. Elle a son église Notre-Dame tout comire Paris, et aussi, hélas ! la réduction, disons le raccourci, du grand Saint-Pierre de Rome, cet immortel chef-d'œuvre de Bramante et de Michel-Ange. Les carêmes de Notre-Dame de Montréal sont, en sourdine, ceux de Notre-Dame de Paris : mais la grande occasion pour les orateurs, c’est la célébration de ia fête nationale des Canadiens, la Saint-Jean-Baptiste. Parmi les prédicateurs, les plus renommés seuls sont conviés à

1—1I1 n’y avait heureusement pas de feu dans l’âtre, car le ‘“ chef-d'œuvre ” ae brûle pas ; quelqu'un le sauva des flammes. Le R,. PF. L'abbé vient de me le passer à ma grande joie. C’est leseul document écrit de la main du P. Lefebvre que nous possédions, avec la Petite Chronique de son collège et quelques lettres. T1 pourrait s’intituler: Ce que les Canadiens- Français doivent à l’ Eglise cathotique. J’en extrais deux pensées qui donnent le diapason du discours: ‘ Le souvenir de la mère patrie devint moins amer à ces nobles cœurs (ies premiers colons) quand ils virent revivre sur cette terre qui s’appellera désormais Nouvelle-France, l'esprit national et les traditions religieuses de la France de làbas ”’; et de la péroraison : ‘ ‘Serrons de plus en plus nos rangs au pied des autels, et n'oublions jamais que le jour où, infidèles à nos serments, nous trahirons notre foi, nous cesserons d’existér comme nation.’

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faire le sermon du jour dans la vaste église paroissiale des Sulpiciens. Il était, à cette époque, inouï, — la chose ne s’est pas renouvelée depuis, — qu'on y appelât un simple catéchiste, lequel, dans les dignités hiérarchiques, n’était arrivé qu'au grade de vicaire, et encore de vicaire suppléant,

Sans l’indiscrétion de son aide-déballeur, il est probable que nul parmi nous n'aurait jamais rien su de cet incident si glorieux pour le fondateur de notre premier collège national.

Il avait été convenu entre l'évêque de Saint-Jean et la congrégation de Sainte-Croix que les classes s’ouvriraient à l'automne, au nouveau collège de Memramcook. Or, le P. Lefehvre était seul pou: tout préparer, tout organiser, tout créer, comme il l'écrit lui-même, sans argent, avec une grande paroisse et trois missions à desservir, et sans un vicaire pour l'aider dans ses fonctions curiales. Il était tout simplement absurde de placer un homme dans des conditions pareilles. Autant vaudrait, à la guerre, envoyer un piquet d’éclaireurs à la conquête d’une province, Pour comble d’infor une, — quelque malheur iraprévu vient presque toujours s'ajouter aux situations désespérées, — un accident de voiture le mit, peu de temps après son arrivée, à deux doigts de la mort.

Il s’en allait à Shédiae, village distant d'à peu près vingt milles du collège, où il avait rencontré des amis dévoués. lorsque son cheval, le chevai de M. Lafrance, prit le mors aux dents, et, renversant la voiture, le lança contre les pierres du chemin. Des paysans qui passaient le trouvèrent sans

connaissance, le visage couvert de sang et deux côtes enfoncées, Ils le ramenèrent au collège plus moït que vif. Il avait à peine repris ses sens, qu'on vint le chercher, à course de cheval, pour un malade de chez les Pierre-à-Michel Un malade, un mourant l’appelait à son chevet! Il voulut se lever pour lui porter le viatique des âmes, Le médecin ?, qui

I—-Subdivision de la paroisse de Memramcook, à quatre milles du collège.

2-Le Dr Wilson, de Dorchester, à huit milles du collège. 11 était le sent médecin qu’employassent alors les Acadiens, à 40 milles à la ronde. Ce n’est pas qu’il fûtun prodige de science, Ses confrères, — cet art est sans pitié, —

achevait justement de lui remettre la fracture des deux côtes, et qui se trouvait encore là, le lui défendit positivement.

— Bon, dit-il, je valais peu de chose, voici que je ne vaux plus rien du tout. Puis, se ravisant :

— Votre malade a-t-elle auprès d’elle (c'était une jeune fille) un médecin ?

Sur la réponse négative qu'il en reçut :

—Elle est encore plus heureuse que moi, ajouta-t-il en regardant malicieusement le docteur Wilson ; elle peut faire ses volontés, elle. Essayez de me l'emmener ici. Je pourrai l’administrer, ou, tout au moins, la confesser de mon lit. Le bon Dieu, qui ne demande aux hommes que leur bonne volonté, fera le reste.

Le bon Dieu voulut qu'elle mourût sans les consolations de l'Eglise, son état de faiblesse étant extrême.

Cet incident frappa douloureusement le P. Lefebvre. Ses paroïissiens allaient-ils mourir ainsi sans le secours de la religion ? Lui, qui avait charge d'’âmes, pouvait-il laisser les siens comparaître devant le tribunal suprême, sans les paroles de l’absolution qui font trouver grâce, sans le pain qui fortifie, sans l’huile de suave odeur dont les invités de l'Epoux doivent être parfumés pour entrer dans la salle du festin ? I1 dicta une dépêche pour le P. Rézé, alors supérieur provincial de l’ordre, le suppliant de lui envoyer, sans faute et sans retard, un prêtre et des assistants ; et, aussitôt qu’il fut en état d'écrire, il lui exposa en termes brûlants la situation où il se trouvait placé, et renouvela ses instances.

Cet accident de voiture hâta, assura peut-être, l'ouverture du collège au temps fixé. Le provincial dépêcha sur-le-champ deux “sujets,” le R. P. Bazoge !, qui arriva à Memramcook le

prétendaient même qu’il n’était pas tout à fait en règle avec la Faculté. Mais Îl rachetait ce léger inconvénient en guérissant souvent ses malades, Il possédait une autre excellente qualité: ses clients de la paroisse de Memramcook le payaient.. quand ils en sentaient le besoin. En dehors de la paroisse de Dorchester (Memramcook), ses visites étaient de vingt-cinq dollars chacune. 11 est un des très rares Anglais qui fussent alors bien disposés envers les Acadiens, ou, tout au moins, exempts de préjugés vis-à-vis d'eux.

1—Jean Bazoge, né à Coulombiers, canton de Beaumont-sur-Sarthe, le 22 septembre 1831, et mort subitement à Memramcook, dans la nuit du 27 mai 1896.

3 septembre, et le R, P. O'Brien, qui s'arrêta en route, à Saint-Jean, juste le temps d'y être ordonné prêtre. Ils avaient été précédés de quelques semaines par deux Frères de la communauté, le F. Dieudonné et le F. Alphonse (Bélair), venus pour tenir les classes,

Vers le même temps, le 8 septembre, arrivèrent de France deux autres membres de la congrégation, le R. P. Robert! et le F. Elzéar. Le premier tenait du général de l’ordre, au Mans, une obédience de directeur d’une école de réforme, et le second devait lui servir d'assistant.

À la suite de négociations qu'il est inutile de rapporter ici, l’un et l’autre furent attachés au personnel du collège, et le projet de fonder une maison de réforme à Memramcook n'eut pas de suite.

1—François-Antoine Robert, né à Saïnt-Flour, en Bretagne, en 1822, et mort curé de Petit-Rocher, dans le diocèse de Chatham, au Nouveau-Brunswick, le- 24 septembre 1888,

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