‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme] (volume 2)Chapitre 23 sur 55 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Mort de M. Lafrance., — 1867, Confédération canadienne, — Anglais et Français, — Travaux de construction, — Le Père Robert, — N ouveaux professeurs, — Charte du collège. — Subvention. — Construction d’une

annexe, — Incendie miraculeusement arrêté, — Chapelle à saint Joseph. —

Versification, — Concours homérique. — Missions à desservir, — Sainte- Anne-des-Beaumont, Sauvages de l'Acadie, — Leurs vertus, — Leur conversion, — Leur amitié séculaire pour les Acadicns.-— Anecdote,

La quatrième année du collège, deuxième du cours latin, vit entrer huit élèves aux éléments ; tandis que les latinistes de l’année précédente montaient en méthode et versification.

Tous ces enfants avaient fait au collège même leur cours préparatoire obligé ; car pour être admis à l'étude du latin, il fallait et il faut encore, justifier d’une somme assez considérable de connaissances rudimentaires du français et de l'anglais, ainsi que d'instruction commerciale. Ces préliminaires exigés des élèves équivalaient à l'école d'agriculture et de métiers de Mgr de Laval, où les déshérités de vocations ecclésiastiques allaient, au sortir de leurs classes latines, apprendre à gagner leur vie.

Dans l'intérêt des parents, tous assez voisins de la pauvreté, le P. Lefebvre fit plus. Il abrégea de deux ans, — sans nuire à son efficacité ordinaire, — le cours latin d'usage, en condensant en une seule année les éléments et la Syntaxe, aussi bien que la méthode et la versification. Cela faisait moins de vers latins, mais deux ans de gagnés, tant pour les parents que pour les élèves.

Cette même année (1867) vit mourir l’homme fort que Dieu avait marqué pour préparer le salut de la nationalité acadienne, M. Lafrance. Il fut trouvé dans son lit, le matin du 26 novem-

bre, foudroyé par une attaque d'apoplexie. Il avait cinquante quatre ans à peine.

M. Lafrance était un homme à part, qui semblait parfois

différent des autres hommes. On le voyait marcher, songeur, f comme enveloppé de rêves, et tout à fait étranger aux choses qui l’entouraient. P Son ascendant sur ses semblables était merveilleux. Su e paroisse le vénérait ; ses confrères et ses supérieurs ecclésins- (Q tiques le craignaïient. Qu'il fût venu en Acadie avec une mis- s sion d’en haut, tout le monde le sentait, Il y avait quelque chose d’écrit sur son front, d’imprimé au fond de son étrange h prunelle. Un poète x dit de Napoléon 1°": c st Rien d’humain ne battit sous son épaisse armure. k Rien d’humain ne put jamais détourner ce prêtre du but fixe q qu'il semblait avoir distinctement aperçu dans une mysté- ni rieuse et claire vision. C’est pour lui qu'Horace à écrit son l’ J'ustum et tenacem Bropositi virum. Dans la Judée antique F il eût passé pour un prophète, et Achab eût été par lui repris ge de ses iniquités. ec Doux avec les humbles et les faibles, 1l était terrible avec ceux qui entravaient la mission qu'il portait au milieu de son lu cœur. Son âme était à l’action l’âme de Jeanne d'Arc devant cl Orléans, trempée comme de l’airain antique. cl Sa paroisse lui attribuait plusieurs miracles, ! et aujourd’hui la encore les anciens racontent, au coin du feu, le soir, à leurs le enfants, des prédictions de lui qu’ils tiennent pour des prophé- qi ties. Le P. Lefebvre disait à M. l'abbé Casgrain, qui le rap- ti porte dans un de ses ouvrages: ‘“ Les Acadiens n'ont pas eu pl de meilleur ami que M. le curé Lafrance.” né Ses restes mortels furent enterrés à Memramcook, dans le caveau de l’église paroissiale, au milieu d’un concours immense lu de tout le peuple. ge Série da 1—Ces miracles, tous de la nature de guérisons désespérées, sont, vraisemblablement, attribuables à ses connaissances de la médecine qu’il avait étudiée pé

quatre ans à Québec. Il n’exerça jamais, suivant en cela la stricte discipline de l'Eglise, excepté dans certains cas de pauvreté et de détresse extrêmes,

Page 1