CHAPITRE CINQUIÈME
Conmencements difficiles de la communauté de Sainte-Croix. — Le P. Lefebvre vicaire à Sainte-Rose, -— Catéchiste à Saint-Laurent Aumonier à Saint-Aimé, — Ses missions dans le diocèse de Saint-Hyacinthe. — Grand succès d’éloquence à Sorel, -- M. Chapleau. — Les Sorellois le veulent pour curé, — Mgr Sweeney entreprend d'instailer une communauté de religieux à Memramcook, — Le P, Lefebvre choisi pour y fonder le collège Saint- Joseph.
La congrégation de Sainte-Croix, soit qu'elle se retirât de plein gré de la cure de Saint-Eustache, soit que l’évêque de
Montréal la lui reprit, en rappela, en 1860, le P, Gastineau et
le P, Lefebvre.
C'était dans les commencements du collège Saint-Laurent : la communauté était pauvre ; les sujets étaient peu nombreux, et, comme ils apportaient de France quelques idées nouvelles qui navaient pas cours alors au Canada, l'idée, notamment, de fonder un collège qui ne fût pas uniquement un petit sémimaire et dans lequel ceux qui ne se destinaient pas à la vie religieuse, à l’état ecclésiastique, où aux trois inévitables professions d'avocat, de notaire ou de médecin, trouveraient à se former utilement, de graves difficultés étaient survenues.
Le P. Lefebvre, qui avait connu par lui-même le strugyle for Life avant d'entrer à Saint-Kustache, abonda tout naturellemnent dans les idées nouvelles. Celles-ci, sans aller à l'encontre des cours classiques, consistaient à donner à la portion Bique, c'est-à-dire aux trois quarts au moins de ceux qui Sortent des collèges, un bon cours commercial qui leur permit de faire leur chemin, de gagner leur vie dans le monde.
} Pour toutes ces raisons et peut-être pour d’autres encore, Saint-Laurent fut, pendant quelques années, tenu en suspi-
@ion. Afin de ne pas augmenter les causes de grief, le conseil
des Pères ne Jugea pas prudent d'y rappeler le P. Lefebvre 4 de lui confier une classe, Au reste, il n'avait pas, ainsi qu nous l'avons vu, suivi de cours classique : et, quoique les profes. seurs de nos collèges ne soient pas astreints à un apprentis sage pédagogique, le cours classique préalable leur est dan tous les cas tenu pour une absolue nécessité.
Le P. Lefebvre fut envoyé à Sainte-Rose, dans le comté (| Laval, en qualité de vicaire de l'abbé Brunet. Il demeura peu plus de huit mois dans cette paroisse intéressante, mai dépourvue de poésie.
Le poste de vicaire convenait parfaitement à son ambition il s'estimait heureux d'occuper la plus humble place dans] maison du Seigneur, persuade qu'il ne méritait pas mieux qu d'être de fait le serviteur des serviteurs de Dieu. Avec le r David il se serait gloritié d'être le fils d'une servante, filon neue tue.
Tant d’'humilité ne trompait personne à Sainte-Rose. Le talents et vertus du brillérent bientôt du vif éclat, et il ne tarda gœuere à prendre dans toute la parois un ascendant extraordinaire. Sa réputation, il est vrai, l'avaï précédé, Sainte-Rose n'étant éloignée que de deux à tro lieues de Saint-Eustache.
Je tremblais de trouver effacée, même chez les ancien la mémoire de leur vicuire de près de quarante ans passé et c'est avec hésitation que je me présentai chez M. J. Lecler vénérable vieillard, ancien négociant de l'endroit, que ;
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savais avoir été son ami intime.
“ Ah, mon Dieu ! vous avez connu le P. Lefebvre ? s'écria-t: en apprenant l'objet de ma visite. Et c'est vrai qu'il « mort? Tenez, pas plus turd que la semaine dernière, nous par lions, M. le curé Aubin, quelques paroïissiens et moi, € grands prédicateurs qui sont passés pur Sainte-Rose, et not n'en avons pas trouvé, pas un seul, qui fût légal du P.L febvre. Il nous à prêché un mois de Marie comme il n'en jamais été prêché depuis dans la paroisse. Si vous sav comme nous l'avons regretté ! Toute la paroisse l’aimait, et1
voulait pas le voir partir. Moi je le regrette encore.”
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Ainsi que je l'avais fait à Saint-Eustache, j'exaaninai attentivement son écriture, couvrant une vingtaine de pages des registres de la paroisse. N'il faut ajouter foi à li: prétendue science des graphologues, quelque chose de grave se passa à cette époque de sa vie qui l'affecta profondément, et peut-être laissa son empreinte sur son caractère. Son écriture, pendant Jes premiers mois qui suivirent son arrivée, est ferme, massive méme: la plume s'appesantit sur chaque lettre. C’est la main d'un écolier, où tout au moins d'un jeune homme. En IN61, elle devient subitement nerveuse et prend un caractère distinctement personnel. Ce n’est pas encore tout à fait l'écriture fine et presque symétrique qu'il adopta définitivement cet tonserva Jusqu'à sa mort, mais c'en est la transition bien Carancterisee,
Jusqu'au 2 de mai, il signe tout simplement C. Lefebvre, Ptre. À partir de cette date, il ajoute à son nom $S. S. C., Sal- Yatoriste Sainte-Croix.
Le mois de Marie qu'il prêcha à Sainte-Rose eut, en eftet, du retentissement, trop mêine, selon les apparences. Au mois Suivant, il reçut son congé et fut rappelé à Saint-Laurent. Le départ fut si précipité que l'abbé Brunet, vieillard rhumatisant, dut, pendant un temps assez long, se passer tout à fait de vicaire.
| Les classes, à Saint-Laurent, s'ouvrent en septembre. C'était pour le P. Lefebvre deux longs mois de disponibilité. I les émploya à la lecture, surtout de livres religieux. Il avait peu de goût pour les sciences, n'ayant jamais appris à les aimer. Mais la vie des saints, les ouvrages contemplatifs, fascinaient Soi: ame aimante et assoiffée d'idéal. Il dans lécture d’une belle vie, comme un anachorète, pour prier, dans là profondeur d’un désert.
S'isolait la
“La reprise de l’année scolaire le trouva à la disposiion de ss supérieurs, attendant l’obédience. On lui donna Île caté-
sue à faire. Le catéchisme, c'est la doctrine de Jésus-Christ ns sa simplicité touchante ; c’est la théologie dépouillée de subtilités. Celui qui sait bien son catéchisme est plus
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grand docteur qu'Arnauld, a l'intuition des vérités que Socrate et Sénèque n'ont pu qu'entrevoir.
Le P. Lefebvre se fit donc catéchiste des enfants de Saint. Laurent, comme il se serait fait, si on le lui avait prescrit évangélisateur des bouddhistes du Thibet, où prédicateur à Notre-Dame de Montréal. Tous les jeudis et les dimanches soir, les écoliers se réunissaient dans la grande salle du college pour prendre leur leçon de catéchisme. Bientôt les professeurs et toute la communauté voulurent y assister. La paroisse, à son tour, demanda d'y être admise. Bref, il s'était fait autour de la lecon de catéchisme un grand éclat, en certain lien presque un scandale. [n'était bruit que de ce cours de religion, comme sil se fût agi d’un événement considérable Aujourd'hui encore on désigne, — au moins c'est ainsi que j'en ai appris les détails, — le catéchisme du P. Lefebvre sous le non de “grand cours.” Cela ne pouvait durer.
Vers le même temps les Pères de Sainte-Croix avaient ouvert une académie commerciale à Saint-Aïmé, dans le dio. cèse de Saint-Hyacinthe. Le P. Lefebvre y fut envové, nor
pos, Comme on pourrait le supposer, en qualité de supérieur ni méme de professeur, mais comme aumônier de l'établisse. ment ! et vicaire du curé. Celui-ci, M. l'abbé Julien LeBlanc grand ami de l'éducation et esprit d'élite, ne tarda pas à déco vrir tout ce qu'il y avait de vertus solides et d’extraordinaire talents dans le jeune aumônier, et il n'hésita pas, comm on dit, à le lancer. Il avait été frappé surtout de «a dons naturels d'éloquence. Au lieu d'accepter pour lui-mêm l'honneur d'accompagner Mer Larocque dans sa tourné épiscopale, il recommanda à sa place le P. Canille Lefebvr Comme saint Antoine de Padoue, lorsque son supérieur craionant de compromettre la grande réputation des prédi cateurs de son ordre en les faisant prêcher sans préparatin devant l'évêque de Forli, le fit venir de la cuisine d monastère, où on l'occupait à laver la vaisselle, et lui enjoisn de prêcher le sermon de circonstance ; ainsi le P. Lefebrr